Coronavirus : Quand le maquillage devient une source de bien être pour les confinées

Une personne en train de se maquiller. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

  • Pendant le confinement, certaines femmes décident de continuer à se maquiller, même si elles ne sortent pas de chez elle.
  • Rituel, repère, contrôle… Le maquillage peut avoir un rôle réconfortant pour certaines personnes lors de périodes difficiles telle que cette crise sanitaire du Covid-19.

Et si l’on maquillait bien plus que ses yeux et son teint quand on est confiné ? Alors que les ventes de cosmétiques ont chuté depuis le début de la crise du Covid-19, et que certaines femmes profitent de cette période pour laisser reposer leur peau, d’autres ont décidé de ne pas ranger fards et pinceaux. Chaque jour ou presque, elles se lèvent, se lavent, se maquillent et s’apprêtent, comme si de rien n’était.

Mais pourquoi faire tant d’effort quand rien nous y oblige ? La période n’est-elle pas plutôt propice au relâchement et à la détox cosmétique ? Ce serait oublier le réconfort et la puissance magique du maquillage.

Comme d’habitude

Si elle ne le fait pas tous les jours, par flemme ou pour reposer sa peau, Constance continue de se maquiller « environ un jour sur deux », même si elle ne sort pas de chez elle. « Ça fait du bien au moral, je me sens « mieux » physiquement. Je suis en télétravail, j’ai pas mal de visioconférences et je me sens plus à l’aise quand je suis maquillée », reconnaît cette Parisienne de 25 ans. Sa routine ? Comme d’habitude : crème hydratante, fond de teint léger, anticernes, terracotta et mascara. Sa crainte ? « Se laisser aller. » « Je suis confinée avec mon amoureux et même s’il n’accorde pas beaucoup d’importance au maquillage, pour moi c’est important », estime-t-elle.

Un sentiment partagé par Anna, qui vit à Rouen. « Je suis confinée avec mon conjoint qui lui est en télétravail avec des visioconf’ régulières, il a donc gardé un rythme de travail et d’habillement normal. Je suis étudiante et je voulais ne pas me « laisser aller », par respect pour lui et pour moi », explique la jeune femme de 27 ans. « Je sais que ça peut être agréable et reposant de lâcher prise pour quelques jours, mais à la longue ça finit par jouer sur mon moral et mon humeur », précise-t-elle. Elle se maquille donc de temps en temps, principalement le teint et les yeux, un maquillage léger, « le même qu’avant ».

Il ne faut pas oublier l’aspect routinier du maquillage, confinement ou non. « Je pense que c’est très important de garder des repères surtout quand tant de choses sont chamboulées, reconnaît Anna. C’est quelque chose sur laquelle on a la possibilité de garder un contrôle. C’est à la fois un plaisir et une discipline personnelle comme faire du sport ou faire attention à son alimentation. » Même son de cloche du côté de Constance : « C’est vrai que j’aime garder les habitudes que j’avais avant le confinement. Réveil à la même heure, petit-déjeuner, douche, maquillage, et j’essaie aussi de m’habiller tous les jours… Après ça m’arrive aussi de sauter l’étape make-up ou de garder un jogging en bas. Mais dans l’ensemble, je porte de l’intérêt à prendre soin de moi, et à cadrer mes journées ».

Sauver les apparences

Et si le maquillage nous offrait l’illusion de maîtriser le quotidien alors que tout se casse la gueule autour de nous ? « Je dirais carrément, sauver les apparences !, analyse Emmanuelle Laurent, *créatrice de la chaîne YouTubePsychanalyse-toi la face, où elle aborde de grands concepts psychanalytiques tout en se maquillant. Il y a tellement un réel cru, une période difficile à vivre, que certaines personnes essayent de sauver les apparences, peut-être pour conjurer un peu l’angoisse… »

« Moi par exemple, je fais pas mal d’apéros Skype et mine de rien il y a aussi un petit côté où on reproduit une forme de semblant social, en y participant un tout petit peu plus maquillée et habillée que d’habitude, ajoute-t-elle. Pour certaines de mes copines qui se maquillent, je pense que ça leur fait du bien aussi, comme si on se retrouvait en soirée et qu’on était un peu apprêtées. »

Poursuivre ce rituel matinal est-il donc un excellent moyen de structurer sa vie de confiné ? Fort heureusement, tout n’est pas si simple. « Certaines personnes arrivent aussi très bien à structurer leur journée en pyjama dans leur canapé ! », nuance avec raison Emmanuelle Laurent. En confinement (et de manière générale), il n’y a ni logique, ni règles : « Tout dépend du contexte, de sa vie personnelle, de sa singularité… Je vais peut-être dire un truc bizarre, mais moi par exemple qui vis seule, je ne sais pas si je ferais autant d’effort si j’étais avec quelqu’un ! Je n’ai personne à qui montrer ce maquillage, je le fais vraiment pour moi. Mais ce serait peut-être différent si j’avais un mec… » Et si au lieu de chercher pourquoi on continue de se maquiller, il fallait en fait se demander pour qui ?

Faire exister

Pendant le confinement, Isabel, une étudiante en économie de 27 ans, continue de se maquiller pour se prendre en photo, ou pour « snapper ». Elle profite de cette période pour « essayer de nouvelles techniques, comme le « cut crease » », ou de nouvelles couleurs de fards. « Des make up qu’en temps normal je n’ai pas le temps de réaliser », précise-t-elle. Si l’on se maquille parfois pour les autres, répondant plus ou moins consciemment à l’injonction d’être jolie, propre et sophistiquée (la panoplie de la féminité dans l’imaginaire collectif), il ne faut pas oublier qu’on peut aussi se maquiller pour soi. Car ça peut être une manière de se voir vivre, quand l’œil de l’autre ne peut plus en témoigner.

« En me maquillant, c’est un peu comme si je faisais exister un regard extérieur qui n’est pas là !, s’amuse Emmanuelle Laurent. Un peu comme le regard qu’on peut poser sur soi-même aussi. En étant seule, si je ne me maquillais pas de temps en temps, j’aurais peut-être peur de tomber dans la caricature de la meuf seule qui se laisse aller… Pour moi il y a peut-être un côté antidépresseur dans cette action ». Comme quoi le maquillage peut-être moins artificiel qu’il n’y paraît.

*Emmanuelle Laurent est également l’auteure de Comme psy comme ça aux éditions Payot.

Société

Coronavirus : « Boule à zéro », « cheveux blancs » ou « style Viking »… Nos lecteurs racontent comment ils se débrouillent sans salons de coiffure

Santé

Coronavirus : « Gloire aux cheveux gras ! » Arrêter le shampoing pendant le confinement, une bonne idée ?

2 partages