Coronavirus : Pourquoi les jeunes vivant en résidence étudiante sont-ils plus fragilisés par la crise sanitaire ?

Une étudiante dans une cité universitaire à Toulouse. — FRED SCHEIBER / 20 MINUTES

  • Sans cours en présentiel depuis la fin octobre, passant leurs journées dans un petit espace, de nombreux jeunes habitant dans une résidence étudiante éprouvent un sentiment de mal-être.
  • Souvent boursiers, ils rencontrent des difficultés financières car ils n’arrivent pas à trouver de job et ne peuvent pas forcément compter sur l’aide de leur famille.
  • Afin de surmonter leurs angoisses, ils peuvent solliciter un psychologue au sein d’un SUMPPS (service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé). Mais il est parfois difficile d’obtenir un rendez-vous.

Un drame qui a marqué la communauté universitaire. Samedi, un étudiant scolarisé en master de droit à Lyon 3 a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant du quatrième étage de sa résidence universitaire de Villeurbanne. « Les raisons de ce geste sont à déterminer. Mais la fermeture des amphis fragilise », a réagi sur Twitter Hervé de Gaudemar, le doyen de la faculté de droit Lyon 3. Seule une minorité d’étudiants ont en effet pu reprendre quelques cours en présentiel à la fac la semaine dernière. Les autres continuent à les suivre à distance, et ce depuis la fin octobre.

Une situation qui pénalise tous les étudiants, mais qui affecte parfois plus fortement ceux qui habitent en résidence universitaire. « Leur mal-être peut s’exprimer de manière plus intense, car ils ne bénéficient pas du soutien de leur famille et se retrouvent d’autant plus isolés. Ils n’ont pas forcément eu le temps de se faire beaucoup d’amis dans la résidence avant le deuxième confinement. Et certains ne sont pas retournés dans leur famille à Noël pour des raisons financières », observe Paul Mayaux, président de la Fage. « Le fait de ne pas réussir à bien suivre les cours en ligne, de préparer des examens dans l’incertitude, de ne plus avoir de vie sociale est encore plus difficile à vivre dans une petite chambre », ajoute Mélanie Lucie, présidente de l’Unef.

« Avec la solitude vient le stress »

Ce sentiment de solitude, Lauriane, qui a répondu à notre appel à témoins, l’éprouve : « Lors du premier confinement, tout était simple avec les gens de ma résidence, on se voyait souvent. Au fur et à mesure, l’ambiance est de plus en plus calme. Avec la solitude vient le stress. Je me questionne plus souvent sur mon avenir et c’est assez triste. Mon école et mes profs font de leur mieux pour nous faire interagir, mais au bout de six mois, on perd toute motivation ». Et c’est encore plus difficile pour Béatrice, étudiante ultramarine : « C’est assez déroutant de ne voir et de ne parler avec personne depuis plusieurs mois et de rester dans un appartement étudiant à longueur de temps. Je ne vois pas les autres étudiants car les parties communes de la résidence sont fermées et que les gens ont sûrement un peu peur en cette période ».

Pour tenter de rompre l’isolement, les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) ont recruté des référents étudiants : « 1.400 étudiants référents sur les 1.600 prévus sont déjà déployés. Ils font du porte-à-porte dans les résidences, animent des groupes Facebook, discutent avec les étudiants, les orientent vers les différentes aides auxquelles ils peuvent prétendre », nous indique Dominique Marchand, présidente du Cnous (qui fédère les Crous). Mais pour Paul Mayaux, le compte n’y est pas : « Les étudiants tuteurs sont au mieux deux par résidence. C’est insuffisant quand elles abritent 500 ou 600 personnes ». Même si les regroupements physiques ne sont plus possibles, les Crous tentent de maintenir des animations à distance « comme des cours de yoga ou de cuisine, des séances de sophrologie… Et des concerts sont parfois donnés au pied de la résidence », énumère Dominique Marchand. Les salles de coworking et les cuisines collectives (quand les étudiants n’ont pas de kitchenette) sont restées ouvertes. Et en 2021, les universités ont prévu la création de 20.000 emplois de tuteurs qui s’ajouteront aux 30.000 existants, afin d’aider les étudiants dans leurs cursus.

« On compte un psychologue pour 30.000 étudiants »

Si les jeunes des résidences étudiantes sont plus fragilisés en cette période, c’est aussi parce qu’ils rencontrent plus souvent des difficultés financières que certains de leurs camarades. « Ils sont souvent boursiers et ne peuvent pas toujours bénéficier du soutien financier de leurs parents. Certes, ils ont reçu une aide exceptionnelle de 200 euros, puis de 150 euros de la part du gouvernement, mais c’est très insuffisant. Car beaucoup d’entre eux n’ont plus de job et les plus précaires accumulent des dettes de loyer », constate Mélanie Luce, qui demande une augmentation des bourses étudiantes et des APL. Le recours aux aides d’urgence proposées par le Crous est aussi plus fréquent : « En octobre, les demandes avaient augmenté de 50 % par rapport à l’année précédente », indique Dominique Marchand.

Afin de surmonter leurs angoisses, les étudiants peuvent solliciter un psychologue au sein d’un SUMPPS (service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé). Mais il est parfois difficile d’obtenir un rendez-vous : « On compte un psychologue pour 30.000 étudiants. Ce n’est pas du tout assez et ils sont débordés. C’est pour cela que nous réclamons des chèques santé qui permettraient aux étudiants de régler une consultation chez le psychologue de leur choix », indique Mélanie Luce. Une insuffisance soulignée aussi par Virginie Dupont, présidente à l’université de Bretagne Sud : « Dans mon université, il y a deux psychologues pour 10.000 étudiants et dans certaines autres, il n’en a aucun. Et les demandes de consultations ont augmenté de 30 % ces derniers mois par rapport à la même période l’an dernier », constate-t-elle. Une pénurie dont semble consciente la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal : « On a décidé de doubler le nombre de psychologues au sein des établissements », a-t-elle déclaré lundi. Une montée en charge qui sera forcément progressive. En attendant, les Crous ont développé les vacations de psychologues. Tout comme la Fage : « Lors de nos 32 points de distribution alimentaire, nous proposons aussi trois consultations gratuites aux étudiants qui le demandent », informe Paul Mayaux. Car le fait de parler de leurs difficultés leur apporte un soulagement. Au moins temporaire…

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