Coronavirus : Pourquoi les Bourses mondiales s’affolent-elles avec le pétrole ?

Un trader à Wall Street, le 9 mars 2020. — Richard Drew/AP/SIPA

  • Les marchés mondiaux ont subi une forte chute ce lundi.
  • L’effondrement du prix du pétrole et l’épidémie de coronavirus ont provoqué l’angoisse des Bourses.
  • Un ralentissement économique mondial est de plus en plus probable.

Les traders du monde entier se sont réveillés ce lundi avec beaucoup de rouge sur leurs écrans. Que ce soit la Bourse de Hong Kong (- 4 %), celle de Londres (- 7 %), le CAC 40 à Paris (- 8,3%, pire séance depuis 2008) ou encore Francfort (- 7,9%), aucune place financière n’a été épargnée par un plongeon brutal. A tel point qu’à Wall Street (- 6 % pour le Nasdaq), les échanges ont été suspendus durant un quart d’heure à l’ouverture – un « coupe-circuit » destiné à éviter une panique générale qui n’avait jamais été utilisé depuis sa mise en place à New York, en 2013.

En cause, l’épidémie de coronavirus qui continue de se propager et d’inquiéter, mais aussi l’effondrement du marché pétrolier, qui a agi comme un catalyseur. 20 Minutes fait le point sur la situation.

Pourquoi le prix du pétrole a-t-il plongé ?

« L’OPEP [organisation des pays exportateurs de pétrole, dont l’acteur principal est l’Arabie Saoudite] et la Russie (2e producteur mondial d’or noir) se sont réunis la semaine dernière pour évoquer une baisse de la production. Leur but était de maintenir les prix en réponse à la baisse de la demande engendrée par le coronavirus. Mais ils n’ont pas trouvé d’accord », rappelle Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Ostrum Asset Management.

La Russie ayant refusé de réduire sa production, l’Arabie Saoudite a répliqué en ouvrant littéralement les vannes : sa production journalière de pétrole a augmenté d’un million de barils par jour. Elle peut se le permettre, car son pétrole est beaucoup moins cher à produire que dans les autres pays. Une offre surabondante, une demande en berne : il n’en fallait pas plus pour provoquer une descente vertigineuse du prix de l’or noir. En Asie, la chute a atteint 30 % ce lundi, la plus importante baisse depuis la guerre de Golfe en 1991. Sur les marchés européens, la baisse était légèrement moindre (- 20 %).

Pourquoi y a-t-il eu une « contagion » mondiale suite à ce choc ?

« Le pétrole est la matière première la plus suivie, son cours est surveillé comme le lait sur le feu, rappelle Karl Toussaint du Wast, co-fondateur de Netinvestissement. Avant ce lundi, son cours avait déjà baissé à cause des conséquences économiques du coronavirus : les usines à l’arrêt, les avions qui ne volent plus ont entraîné une baisse de la consommation d’or noir ».

Moins de pétrole consommé, c’est une production mondiale qui ralentit et qui crée moins de richesses, d’où l’inquiétude généralisée des marchés, accentuée par la décision de l’Arabie Saoudite de « noyer » le cours du pétrole. « On est dans un rapport de force habituel, l’Arabie Saoudite a souvent eu ce genre de comportement » relève Philippe Waechter. « Ce que fait l’Arabie saoudite pourraient être une tactique de négociation destinée à ramener la Russie à la table, mais il est peu probable que le marché soit optimiste à court terme », analyse la banque d’investissement Berenberg dans une note.

Les prix à la pompe vont-ils baisser ?

Ils baissent déjà depuis la mi-janvier. Selon le site carbu.com, qui agrège notamment les données des stations-service, le litre de sans-plomb 95 (E5) coûte en moyenne 1,466 euro ce lundi, en recul de 4 centimes sur un mois. Même constat pour le litre de gazole (B7), qui coûte 1,375 euro en moyenne (- 4,4 centimes d’euros en un mois).

Avec la baisse actuelle des cours, « on devrait encore avoir un ajustement à la baisse, ce qui améliorera le pouvoir d’achat à court terme » estime Philippe Waechter. Néanmoins, le prix du pétrole brut ne représente qu’une partie du prix d’un litre d’essence (35 à 37 %), le reste étant surtout composé de taxes (57 % du prix), ce qui contribue à amortir les hausses ou les baisses des marchés.

Les marchés peuvent-ils continuer à descendre ?

« Un recul prolongé de la consommation, en plus de fermetures prolongées d’entreprises, attaquerait les bénéfices, conduirait à des suppressions d’emplois et pèserait sur le moral » des acteurs économiques, écrivaient lundi les analystes de Moody’s. Pour Philippe Waechter, il faut s’attendre à plusieurs mois difficiles : « aujourd’hui, chacun se demande à quelle vitesse nous allons avoir une récession globale. L’activité risque de fortement ralentir au deuxième, voire au troisième trimestre 2020 si on ne trouve pas les moyens pour faire face au coronavirus ».

« Pour l’instant, il n’y a pas de signaux positifs, confirme Karl Toussaint du Wast. Il n’y a qu’à voir les dernières déclarations de Bruno Le Maire selon lesquelles l’impact économique du coronavirus sera plus fort que prévu. Mais nous ne sommes pas dans un scénario comme celui de 2008, où l’on avait découvert d’un coup que de nombreux ménages américains étaient insolvables. Une fois que l’on aura jugulé le virus et son expansion, notamment via un vaccin, la machine repartira ».

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