Coronavirus : Pourquoi la mise en place des autotests dans les lycées ne coule pas de source ?

Des boîtes d’auto-tests à l’école élémentaire Lepeltier, à La Trinité. — SYSPEO/SIPA
  • Le ministère de l’Education nationale a prévu la distribution de 64 millions d’autotests en mai et en juin, destinés à dépister les personnes qui n’ont pas de symptômes et qui ne sont pas des cas contact.
  • L’élève va pratiquer lui-même son autotest dans l’établissement, sous la surveillance d’un professionnel de santé ou de personnels de l’Education nationale. Mais des syndicats craignent que les effectifs ne soient pas suffisants.
  • Sans compter les problèmes d’emploi du temps que ces séances de dépistage vont poser.

C’est l’une des moyens de lutter contre l’épidémie de coronavirus dans les lycées en cette rentrée de mai : les autotests. Ces prélèvements nasaux à réaliser soi-même, simples d’utilisation et indolores, permettent d’avoir un résultat en 15 à 20 minutes. Leur plus ? Ils visent à dépister les personnes qui n’ont pas de symptômes et qui ne sont pas cas contacts. Ils n’ont d’intérêt que s’ils sont faits régulièrement, par exemple une à deux fois par semaine. En répétant ainsi le prélèvement, on « augmente les chances de détecter le virus au début de la maladie », souligne le ministère de l’ Education nationale.

Jean-Michel Blanquer a prévu la distribution de 64 millions d’autotests dès la semaine dernière aux enseignants du primaire, puis à ceux du secondaire depuis lundi, et enfin aux lycéens volontaires à partir du 10 mai. Les enseignants pourront les effectuer chez eux deux fois par semaine, mais les lycéens volontaires les feront dans leur établissement. En cas de résultat positif, il faudra immédiatement s’isoler et faire un test PCR.

Un problème d’approvisionnement ?

Reste que ces autotests suscitent beaucoup de questions. La communauté éducative s’interroge tout d’abord sur les délais de livraison des établissements. Dans une interview au Journal du dimanche, Jean-Michel Blanquer a indiqué en avoir « déjà diffusé plus de 2 millions pour les 560.000 agents des écoles primaires ». Et que « 60 millions » seraient livrés en mai et en juin. Mais tous les lycées n’ont pas encore été fournis, comme le déclare à 20 Minutes Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN-Unsa (syndicat des directeurs d’établissements) : « Il semblerait que beaucoup de commandes soient encore en Chine. Et dans mon lycée à Marseille, nous n’avons rien reçu. Je pense que les livraisons vont surtout démarrer à partir du 10 mai, ce qui va entraîner un retard dans leur utilisation », indique-t-il. Catherine Nave-Bekhti, secrétaire général du Sgen-CFDT, constate aussi un problème d’approvisionnement : « La semaine dernière, dans certaines écoles, on a distribué des autotests en priorité à des enseignants qui avaient des symptômes, faute d’en avoir suffisamment ».

Pour pouvoir utiliser ces autotests, les lycéens vont devoir apprendre à s’en servir. Et là aussi, des questions se posent, selon elle « Les infirmiers scolaires vont s’en charger, mais à raison d’un pour 1.000 élèves, ils ne pourront pas y arriver seuls ». « Le ministère nous a promis l’aide de 2.700 médiateurs « lutte anti-Covid », mais on ignore où ils seront affectés et quand ils arriveront », poursuit Philippe Vincent.

« Cela va forcément empiéter sur le temps scolaire »

L’organisation des séances de dépistage, à raison d’une par lycéen chaque semaine, interroge aussi. Où auront-elles lieu ? « Il faut trouver des grandes salles qui permettent de consacrer 2 m2 par élève et qui peuvent être bien aérées. Ce n’est pas évident dans tous les établissements », souligne Philippe Vincent. Ces autotests devant être pratiqués par les lycéens sous la surveillance d’un professionnel de santé (médecin, infirmière scolaire, pompier…) ou de personnels de l’Education nationale, la question est aussi de savoir si ces derniers seront assez nombreux. « Difficile d’imaginer qu’un agrégé d’Espagnol se porte volontaire pour participer car il va considérer que ce n’est pas son boulot. Il aurait été préférable que ces autotests soient réalisés par les lycéens chez eux », estime Philippe Vincent. « Il aurait fallu rémunérer les enseignants volontaires pour cette mission », complète Catherine Nave-Bekhti.

Sans compter les problèmes d’emploi du temps que ces séances vont poser : « Cela va prendre au moins une heure pour un groupe, car il faut faire passer les tests et attendre le résultat. Comment allons-nous dégager ce temps, alors que les élèves ne viennent que la moitié du temps scolaire dans leur établissement ? », interroge Philippe Vincent. « Cela va forcément empiéter sur le temps scolaire, alors que les Terminale ont déjà peu de temps de classe en présentiel pour préparer le bac », souligne aussi Catherine Nave-Bekhti. Selon elle, le ministère n’a pas non plus anticipé les conséquences qu’entraînera la détection d’un cas positif : « On devra faire partir séance tenante les élèves de la classe. Mais cela paraît compliqué en zone rurale de faire venir illico un car scolaire ».

Enfin, le timing prévu pour ces autotests fait des sceptiques : « Le temps de les recevoir, d’organiser les séances de dépistages, on risque de n’être opérationnel que les dernières semaines de mai et la première semaine de juin. Car après, les élèves passeront le bac ou seront en vacances. Il risque d’y avoir du gâchis d’autotests », prévient Philippe Vincent.

 

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