Coronavirus : Pourquoi la dose de rappel est-elle boudée par les adolescents et leurs parents ?

Ils sont près de 4.180.000 à avoir reçu au moins une dose de vaccin. Et presque 4 millions à avoir un schéma vaccinal complet. Bons élèves, les adolescents de 12 à 17 ans ont largement répondu à l’appel de la vaccination anti-Covid, affichant pour leur tranche d’âge une couverture vaccinale de 80 %, selon les données du ministère de la Santé. Mais pour ce qui est de la dose de rappel, qui leur est ouverte depuis le 24 janvier, ce n’est plus la même histoire. A ce jour, seuls 6 % des adolescents l’ont reçue, selon Santé Publique France.

Des chiffres faibles qui s’expliquent par l’évolution de l’épidémie sous l’effet du variant Omicron, qui a largement diffusé dans cette tranche d’âge et qui a modifié l’intérêt porté à la vaccination anti-Covid par les adolescents et leurs parents.

Pas besoin de rappel pour avoir son pass

Cinémas, salles de sport ou encore restaurants : depuis le 15 janvier, les adultes ont besoin d’un pass vaccinal pour y accéder. Mais les moins de 18 ans et un mois, eux, « ne sont soumis à aucune forme d’obligation puisque le pass vaccinal valable grâce à la dose de rappel ne les concerne pas », indique le Pr Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef du service parasitologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) à Paris.

Ainsi, si la dose de rappel est conseillée par les autorités sanitaires aux adolescents, ceux qui ont entre 16 et 17 ans ne sont pas obligés de la recevoir pour conserver leur pass vaccinal. Le schéma vaccinal complet initial, qui prévoit deux doses ou seulement une en cas de contamination, reste valable. Quant aux « adolescents de 12 à 15 ans, ils ne sont pas soumis au pass vaccinal, rappelle le gouvernement. Dans les lieux où le pass vaccinal est exigé, ils pourront continuer à présenter un « pass sanitaire activités » comprenant un test PCR ou antigénique négatif de moins de 24 heures ».

« Beaucoup d’ados ont été contaminés avant d’être éligibles au rappel »

Et de toute façon, « la circulation virale a été telle avec le variant Omicron que beaucoup d’adolescents l’ont contracté avant d’être éligibles à la dose de rappel, souligne le Pr Piarroux. Donc parmi les ados 12 à 17 ans qui auraient voulu se faire vacciner, beaucoup n’en ont simplement pas eu le temps ». Depuis la rentrée scolaire de janvier, ce variant beaucoup plus contagieux, mais moins virulent que les souches précédentes s’est très largement propagé dans les écoles. Et « avec une ouverture le 24 janvier, peut-être que la campagne de rappel vaccinal a démarré trop tard pour cette tranche d’âge, avance le Dr Sylvie Hubinois, pédiatre et présidente de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA). Plus de la moitié des enfants que j’ai vus en consultation ces dernières semaines avaient le Covid. Forcément, Omicron est venu couper l’herbe sous le pied du vaccin chez les plus jeunes ». En effet, « tout le monde a eu le Covid à la maison il y a deux semaines : nos deux ados de 14 et 16 ans, notre fille de 11 ans, et ma femme et moi », confirme Hamid, père de famille.

Ainsi, à ce jour, un peu plus de 305.000 adolescents seulement ont reçu une dose de rappel. Mais il n’y a pas forcément matière à s’inquiéter de ce faible chiffre. « L’emballement de la vague Omicron a fait que nous n’étions plus en mesure de bloquer la transmission, qui a explosé. Mais on le voit, aujourd’hui, les chiffres des contaminations baissent, on a passé le pic, explique le Pr Piarroux. Le virus a tellement circulé qu’il a du mal à trouver de nouvelles cibles : on est à plus de 11 millions de cas détectés depuis le début de l’année. Mais en réalité, il y en a probablement eu au moins le double, si l’on compte les asymptomatiques et paucisymptomatiques (patients qui ne présentent que très peu de symptômes) qui n’ont pas été diagnostiqués. Aujourd’hui, les ados sont certes faiblement vaccinés en rappel, mais fortement immunisés à la fois par leur schéma vaccinal initial et par l’infection », rassure-t-il.

« Ils n’étaient pas chauds pour la troisième dose et nous non plus »

Alors, entre les contaminations records et un variant moins « méchant », pour nombre de parents et d’adolescents, l’intérêt de la vaccination anti-Covid avant 18 ans s’est un peu estompé. « Beaucoup d’adolescents ne se sentent pas en danger face à Omicron, et les faits vont dans ce sens : sauf cas particulier, ce n’est pas une tranche d’âge à risque de forme grave, ce n’est pas eux qui vont à l’hôpital », relève le Pr Piarroux. « C’est multifactoriel, mais on voit bien qu’il y a un désintérêt et une lassitude par rapport au virus et à la vaccination des plus jeunes : les parents savent que les formes graves sont rares dans cette tranche d’âge, et les adolescents aussi, ils ont le sentiment qu’on les vaccine contre quelque chose qui ne sera pas grave pour eux. Ils se disent aussi qu’ils ont déjà reçu deux doses et que ça suffit », complète le Dr Hubinois.

Quand la vaccination s’est ouverte pour les plus de 12 ans, « mon épouse et moi en avons discuté avec nos deux fils, nous avons considéré que c’était à eux de décider s’ils voulaient ou non être vaccinés. Ils ont choisi de le faire, et ils l’ont fait, raconte Hamid. Ma femme et moi avons reçu notre troisième dose : aux environs de la cinquantaine, l’immunité a davantage besoin d’être stimulée par la vaccination, cela ne nous a pas empêchés d’attraper le Covid, mais on s’est quand même senti plus protégé. En revanche, face à Omicron, on était moins convaincu de l’intérêt de revacciner nos ados. Et quand on en a reparlé, eux, ils n’étaient pas très chauds à l’idée de faire le rappel et à vrai dire, nous non plus, confie-t-il. Et comme il n’est pas obligatoire pour leur pass et que l’épidémie semble toucher à sa fin, on a tous décidé qu’ils en resteraient à deux doses ».

« Aujourd’hui, tout le monde perçoit l’épidémie comme terminée, observe le Pr Piarroux. Pas forcément à raison, mais en réalité, nous n’avons aucune certitude ni dans ce sens, ni dans l’autre. Pour la période de mars à avril, on devrait être à un moment d’accalmie, mais l’évolution de l’immunité face au virus ne nous permet pas de savoir ce qui va se passer dans les prochains mois. On ignore pour l’heure jusqu’à quand les adolescents – et le reste de la population – seront immunisés. Donc on ne peut pas faire de prédictions à long terme sur l’évolution de l’épidémie. La donne changera-t-elle à la rentrée de septembre ? L’épidémie sera-t-elle finie ou redémarrera-t-elle sous l’effet d’un nouveau variant ? On ne le sait pas ».