Coronavirus : Pourquoi interdire les joggings en journée ?

Un runner à Paris — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

  • Les activités sportives individuelles seront interdites entre 10h et 19h à Paris dès mercredi.
  • La décision a été prise pour des questions d’aménagement de l’espace public.
  • Si la mesure ne devrait pas changer grand-chose au quotidien des joggeurs habitués, elle pourrait bien décourager les coureurs occasionnels.

Ça ne vaut pas celui du général de Gaulle, mais l’appel du gouvernement à durcir le confinement afin d’éviter tout relâchement – s’il n’a pas déjà eu lieu – a été compris par Anne Hidalgo et suivi d’une mise en application immédiate. La mairie de Paris et le préfet de police ont ainsi annoncé l’interdiction de toute activité sportive individuelle à Paris entre 10h et 19h à partir de mercredi. Comprenez : interdiction de courir sur cette plage horaire, terminus, tous les voyageurs sont invités à ranger leurs chaussures de running et leur ensemble Kalenji en attendant le prochain créneau légal.

Il ne s’agit pas ici de punir pour punir mais de mettre fin au télescopage entre les gens qui vont au boulot ou fond des courses de première nécessité et ceux qui courent, nous dit-on en haut lieu. « Plus on limitera le nombre de personnes au même moment dans la rue, plus on aura un impact sur le fait que les personnes ne se croisent pas et ne se contaminent pas. » Un raisonnement d’autant plus recevable l’arrivée en puissance du printemps a considérablement fait gonfler la densité sur les trottoirs parisiens. Mais pourquoi ne pas interdire dans ce cas, comme on a pu le lire sur les réseaux, les balades à plusieurs ? « Dans Paris, les gens sont dans des petits appartements avec des enfants en bas âge. On ne veut pas non plus scandaliser les Parisiens avec ce genre de mesures ».

Santé physique, santé mentale

Les runners sacrifiés sur l’autel de l’intérêt général et la santé mentale des petits parisiens, donc. Assez ironique, quand on sait que nombre de coureurs, le font précisément pour ne pas sombrer dans la folie. « Pour nous qui habitons dans des petites surfaces, note Romain, runner parisien aguerri, c’est la seule échappatoire. La seule sortie autorisée. Au final, j’associe ça plus à une balade qu’à un entraînement. » Olivier Bessy, professeur des universités en sociologie à Pau et spécialiste du phénomène de la course à pied : « On s’aperçoit de la nécessité de se dépenser, d’être moins sédentaire. Dans ce quotidien où on se bouge moins, il se crée une espèce d’obligation à bouger pour ne pas prendre de poids, se sentir bien et éviter les effets néfastes sur la santé physique et mentale. Sachant qu’en préambule, je n’ai jamais vu autant de monde courir dans les rues. »

Une donnée que l’on doit autant à la restriction géographique – le fameux rayon d’un kilomètre – qu’à l’apparition des occasionnels, que l’on remarque assez facilement d’après Guillaume, un autre habitué. « On reconnaît les gens qui ne courent jamais à la tenue notamment : le pull qui sert qu’à sortir les poubelles et le jogging de quand on repeint le salon… Vous voyez le genre. » Le genre à ne pas s’emmerder à courir à des heures pas possibles pour contourner une interdiction de jour, par exemple ? « 19-20 heures, ça empiète sur le repas. Peut-être que les gens ne voudront pas changer leurs habitudes », observe le sociologue.

Réduire le nombre de coureurs occasionnels, but officieux ?

Pour les habitués, la question ne se pose pas. Nos deux runners courent plutôt de nuit, tant par préférence que pour des questions d’emploi du temps pro. C’est à se demander, donc, si cette interdiction de courir n’a pas pour vocation inavouée de décourager les sportifs de circonstance. « Hypothèse féconde », reconnaît Olivier Bessy, mais réfutée par notre source proche des canaux officiels. « Le but c’est pas taper sur telle ou telle catégorie, mais qu’il y ait moins d’interaction sociale, et à Paris c’est plus compliqué qu’ailleurs. On veut juste amener les joggeurs occasionnels à faire les sorties quotidiennes sur des horaires plus raisonnables. »

Dernière question, celle des heures périphériques à celles du créneau d’interdiction. De 8 à 10h et de 19h à 21h, ne risque-t-on pas d’assister à un embouteillage dans les rues de Paris ? « Donc pour éviter que trop de monde ne soit dehors en même temps, on va demander que les sorties quotidiennes, dont le jogging, se fassent sur un créneau plus réduit ? Ça va produire l’effet inverse non ? », s’interrogeait mardi après midi le député de la première circonscription du 93, Eric Coquerel. Réponse : « On s’adaptera ».

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