Coronavirus : Pour le déconfinement, l’exécutif mise sur les élus locaux

Edouard Philippe avec François Baroin, président de l’AMF. — VILLARD/SIPA

  • Edouard Philippe a présenté la stratégie de déconfinement du gouvernement mardi à l’Assemblée nationale.
  • Celle-ci sera sera adaptée localement et construite avec les maires et les préfets.
  • Le Premier ministre a évoqué ce mercredi « un partenariat entre élus locaux et acteurs de terrain [pour] piloter finement la maîtrise de la circulation du virus ».

« Protéger les Français sans immobiliser la France ». Edouard Philippe a présenté mardi le plan de l’exécutif pour sortir progressivement du confinement lié au coronavirus à partir du 11 mai. Le gouvernement s’appuiera sur les maires et les préfets pour « adapter localement » sa stratégie de déconfinement. Ce mercredi matin, le Premier ministre a réuni en visioconférence préfets et élus locaux pour élaborer les détails d’une reprise a minima de l’activité éducative, économique et sociale.

« C’est une question d’efficacité. Pour réussir le déconfinement, il faut être au contact du terrain. Et les meilleurs connaisseurs du terrain, ce sont les maires », estime François Patriat, patron des sénateurs La République en marche. « L’exécutif n’a pas la culture de la décentralisation mais, cette fois, il ne peut pas faire autrement. Pour l’opérationnel, il est obligé de s’appuyer sur les élus locaux », ajoute Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et secrétaire national de l’AMF.

« Le pouvoir a fini par comprendre qu’il ne pouvait pas réussir sans nous, sans un partenariat avec les territoires », ajoute Jean-Marie Bockel, sénateur centriste du Haut-Rhin et président de la délégation aux collectivités territoriales au sein de la Haute-Assemblée. « Les services locaux ou municipaux interviennent sur l’hygiène publique, les déchets, les transports. Les élus locaux sont aussi des interlocuteurs avec les citoyens et partenaires du monde économique local. »

Une question de prérogatives

Les maires ont aussi la charge des écoles maternelles et primaires, ainsi que leurs cantines. La décision d’ouvrir ou non ces établissements leur reviendra, a rappelé Edouard Philippe ce mercredi lors de la séance de questions au gouvernement. « Ça n’est pas moi qui peux le dire, ce n’est pas le ministre de l’Éducation nationale, c’est souvent le directeur de l’école, le maire et le représentant local de l’Éducation nationale. »

Mais certains élus s’inquiètent car des questions restent en suspens. « Quelle sera par exemple la disponibilité des agents municipaux ? Ce sont eux qui seront chargés de faire respecter la distanciation sociale pendant les récréations », s’interroge Philippe Laurent.

Des maires ont déjà fait savoir qu’ils ne rouvriront pas tout de suite leurs établissements scolaires. « Je maintiens ma position. Le 11 mai, je garderai les clés de l’école dans ma poche », déclare à l’AFP Henri Fauqué, maire (divers gauche) de Saulce-sur-Rhône, invoquant « les troubles sanitaires générés par la pandémie », « le manque de masques » et le manque de personnels pour faire respecter aux enfants les mesures barrière préconisées.

Une décentralisation à risques

Le choix de cette méthode n’est pas sans risques. « L’exécutif s’en remet beaucoup aux acteurs locaux, or nombre d’entre eux ont pris des décisions sans son aval, parfois contradictoires avec la doctrine gouvernementale, en imposant par exemple le port du masque ou un couvre-feu », souligne le politologue Olivier Rouquan, alors que le second tour des municipales a été reporté et que certains maires sont donc en campagne électorale.

Les maires devront toutefois respecter le cadre fixé par le gouvernement, car le Conseil d’Etat a jugé qu’ils ne peuvent pas prendre d’autres mesures que celles décidées par l’Etat pour lutter contre le Covid-19, sauf « raisons impérieuses liées à des circonstances locales ».

Les élus locaux craignent toutefois des poursuites judiciaires, alors que plusieurs membres du gouvernement en font déjà l’objet pour leur gestion de la crise sanitaire. « Il y a de l’inquiétude chez les maires », constate François Patriat. « Ils veulent bien être soumis à une obligation de moyens, mais pas de résultat. Ils ne veulent pas qu’on leur reproche si quelqu’un a attrapé le Covid dans leur commune. »

Un sénateur centriste a ainsi déposé une proposition de loi visant à renforcer la protection juridique des édiles dans le cadre de la réouverture des écoles. Elle sera examinée le 27 mai. Interrogée sur ce sujet ce mercredi au Sénat, la ministre de la Justice Nicole Belloubet s’est voulue rassurante, évoquant un cadre légal protecteur.

Reste le risque d’une gestion de crise différenciée, et donc, possiblement inégalitaire selon les territoires. « L’égalité est un concept républicain séduisant, mais cela n’existe pas, le virus l’a une fois de plus montré », répond Jean-Marie Bockel. « Tout le monde espère en revanche une équité dans la capacité à faire face aux problèmes divers que nous aurons sur chaque territoire. »

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