Coronavirus : « Passage en force », « déni de démocratie »… La gronde des députés sur le vote autour du déconfinement

Edouard Philippe tente de lire le titre de notre article. — Jacques Witt/SIPA

  • Edouard Philippe présentera le plan de déconfinement ce mardi à 15 h à l’Assemblée nationale.
  • Malgré les critiques, un vote sera organisé dans la foulée.
  • L’opposition et la majorité dénoncent « un déni de démocratie »

Une Assemblée sous tension. Le gouvernement présente ce mardi au Palais Bourbon son plan de déconfinement. A 15 heures, Edouard Philippe détaillera les pistes pour sortir le pays de la quarantaine à partir du 11 mai, après sept semaines de confinement pour endiguer l’épidémie de coronavirus. Retour à l’école, reprise économique, port du masque et politique de dépistage… Le Premier ministre doit préciser les choix de l’exécutif sur ces sujets controversés, jusqu’au sein de sa propre majorité.

« C’est un passage en force, un vote à la hussarde »

Les modalités même du vote créent la polémique. Le gouvernement s’était certes bien engagé à présenter son plan de déconfinement avant la fin du mois d’avril. Mais samedi soir, l’annonce surprise de Matignon sur les modalités du vote a finalement pris de court les parlementaires. « On va devoir se prononcer sur une déclaration du Premier ministre en quelques minutes, sans débattre du fond, sur un sujet pourtant fondamental. C’est un passage en force, un vote à la hussarde », peste Guillaume Garot, député PS de Mayenne. La question du délai est aussi critiquée à droite. « C’est un déni de démocratie scandaleux ! On devrait pouvoir avoir connaissance du texte au minimum la veille, on ne peut pas voter un tel texte sans avoir eu le temps de l’analyser, d’en discuter », dénonce Pierre-Henri Dumont, député LR du Pas-de-Calais.

A l’unisson, cinq présidents de groupes ont écrit ce lundi au chef du gouvernement pour demander que le vote soit reporté à mercredi. Selon les informations de 20 Minutes, le patron des élus MoDem, allié de la majorité, a lui aussi demandé que le scrutin soit décalé, à la semaine prochaine. Mais l’exécutif n’avait pas donné suite ce lundi soir. « C’était pourtant une demande légitime, pour pouvoir maturer le discours d’Edouard Philippe, je ne comprends pas pourquoi on s’y est opposés… », regrette Sacha Houlié, député LREM de la Vienne.

« C’est en réalité une manière de cacher les oppositions au sein de la majorité »

« L’exécutif ne respecte pas la démocratie parlementaire, ajoute la députée insoumise Mathilde Panot. Ce coup de force est en réalité une manière de cacher les oppositions au sein même de la majorité, notamment sur la question du tracking ». Depuis quelques jours, certains députés LREM s’inquiètent des aspects liberticides du projet de traçage numérique intitulé « Stop Covid ».

Est-ce pour cette raison que le vote de mardi, initialement prévu sur cette seule application, a été remplacé par un débat plus global sur les modalités de sortie du confinement ? « Le gouvernement cherchait une échappatoire. Un texte général lui permet de noyer les propositions qui créent des remous », répond Guillaume Garot.

Pierre-Henri Dumont voit aussi dans le débat de mardi un « pur calcul politicien » : « Si les oppositions votent contre, il dira qu’elles veulent la ruine du pays et sont irresponsables. Au contraire, si elles approuvent son projet, et qu’on fait face à une deuxième vague, la responsabilité du gouvernement sera diluée. » Sur Twitter, Marine Le Pen a dénoncé « un artifice du gouvernement pour tenter de nous faire partager sa responsabilité dans le fiasco de la gestion de cette crise sanitaire ».

« Il faut aller vite, les préfets et les maires ont besoin d’organiser le déconfinement »

Dans la majorité, on assume le bref délai entre la présentation du plan et le du vote. « On a voté le 22 mars l’état d’urgence sanitaire, on a donc accepté de déléguer nos pouvoirs de parlementaires, justifie la députée MoDem des Hauts-de-Seine Isabelle Florennes. Il faut aller vite, les préfets et les maires ont besoin de connaître ce plan pour organiser le déconfinement dans leur territoire. »

Le calendrier est effectivement serré pour l’exécutif. A moins de deux semaines du 11 mai, de nombreuses questions restent en suspens. « Est-ce que les conditions sanitaires seront garanties le 11 mai. Où en sont les masques, les tests ? Que sera-t-il proposé pour aider les maires, aujourd’hui dans le désarroi, sur le retour à l’école ? », s’interroge Guilllaume Garrot. « Au lieu de réunir les conditions pour organiser le déconfinement, Emmanuel Macron a fixé arbitrairement une date et son gouvernement est obligé de courir pour la tenir », analyse Mathilde Panot.

A droite, Pierre-Henri Dumont pointe les « risques d’un déconfinement trop rapide, si on n’a pas suffisamment de masques et de tests pour la population. Ça n’a aucun sens de rouvrir les écoles. D’ailleurs, le conseil scientifique le déconseille, et Emmanuel Macron ne suit pas cet avis ». En dépit des attaques de l’opposition, l’issue du vote semble certaine, grâce au poids de la majorité.

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