Coronavirus : Partage de mixs et « Cloud Rave », la monde de la techno veut continuer à danser

Le visuel des Spiral Tribe, protégé par un masque. — Création : Bab Mars

  • Tous les événements légaux et illégaux de la scène électronique ont été annulés.
  • Clubs fermés, teknival reporté et raves annulées, la résistance « du peuple qui danse » s’organise en ligne.
  • Un cyber-festival techno, intitulé « le C-19 Music festival » débute ce vendredi. Le monde de la techno est certes confiné, mais en musique.

Clubs fermés, teknival reporté et raves annulées… En cette période d’isolement forcé, le monde de la techno résiste et ramène la rave à la maison, à vivre en direct depuis chez soi. Visiblement, « rien n’arrête un peuple qui danse ! »

« Comme pour l’ensemble de la population française, il y a eu dans le monde de la techno une montée progressive de la prise de conscience, explique Samuel Raymond, directeur de Freeform, association de défense et de promotion de la culture free. Au début de l’épidémie, il y avait quelques résistances. Et puis, on a reçu beaucoup d’appels d’organisateurs pour nous demander si c’était dangereux et s’il fallait annuler les événements. Cette prise de conscience s’est faite avant le confinement total, la semaine dernière. »

« Tous les événements programmés en mars et avril ont été annulés. Les organisateurs ont été très ouverts, très enclins à reporter leurs événements, même si pour eux cela représente un aspect financier important », confirme Blandine Raitière, coordinatrice remplaçante du collectif de prévention des risques L’Orange Bleue, qui entretient des liens étroits avec les sounds systems bretons. La coordinatrice assure qu’« aucune rave n’a été organisée sur le territoire breton. » Même son de cloche chez Freeform. « Les gens respectent les consignes qui leur ont été données. Il n’y a pas eu de discussions. »

Le traditionnel Teknival du 1er mai, événement majeur de la scène techno, est devenu « le teknival des musiques interdites » et a été reporté au 21 juin, « sans discussion, ce sera un hommage à Steve Maia Caniço », ce jeune homme mort noyé en Loire le 21 juin dernier à Nantes, explique Samuel Raymond.

« Il va y avoir pas mal de dégâts sur les assos »

Ces annulations ne seront pas sans conséquences sur le monde de la techno et des musiques actuelles. « Il va y avoir pas mal de dégâts sur les assos qui ont investi dans des événements. Les organisateurs sont très à l’écoute des propositions du ministre de la Culture, pour le moment largement insuffisantes, même si on sait qu’il y a actuellement d’autres priorités. Les professionnels vont être soutenus, mais il y a un monde flottant, celui des amateurs, entre l’underground et les professionnels, qui ne va pas rentrer dans les cases », alerte Samuel Raymond.

« Plein de festivals ont été annulés, on attend de savoir ce qui va être annoncé pour le secteur », renchérit Aurore, agent artistique notamment du collectif SP23 (Spiral Tribe), pour ADZ Booking.

En raison de l’épidémie de coronavirus, Freeform a ainsi décidé de reporter la mise en œuvre de son dispositif d’aide la Bulle d’R : « Dès que le plus dur sera passé, on reconfigurera ce dispositif pour soutenir les amateurs », annonce-t-il.

« Ne surtout pas arrêter la musique »

La solidarité entre teufeurs, DJs, artistes, collectifs et autres sound systems se déploie en ligne. « Beaucoup de mes artistes ont envie d’ouvrir des fenêtres et de propager leur musique. Il y a beaucoup d’initiatives. De nombreuses démos sont mises à disposition sur Facebook pour continuer de faire vivre la musique. Le message est de ne surtout pas arrêter la musique et stopper le mouvement », observe Aurore.

A l’instar de Laurent Garnier, qui participe à l’effort de guerre en diffusant gratuitement un mix de 7h sur Soundcloud, de nombreux artistes mettent des mix à disposition des amateurs de musiques électroniques. « Tous ceux qui ont du stock de musique le font. Possession a lancé un podcast quotidien. Chez Freeform, on a mis en ligne tous les mix de l’ Infrabase. Trax aussi fait des choses. Chacun partage sa musique pour que les autres puissent l’écouter », détaille Samuel Raymond.

« Un cyber-festival via internet, intitulé “le C-19 Music festival” »

La rave à la maison est en vogue. En Chine, DJ et producteurs proposent des « cloud rave », des DJ-sets, à vivre en direct depuis chez soi. A Berlin, les clubs ont lancé une plateforme de clubbing virtuelle solidaire. En Italie a été lancé Covid Room, une plateforme façon Boiler Room, destinée aux DJs en quarantaine.

Sur le même principe, le club lyonnais Le Sucre a organisé, sur la plateforme de jeu vidéo Twitch, samedi à 20h, sa première « Internet Rave ». En France est née « l’idée organiser un cyber-festival via internet, intitulé “le C-19 Music festival ” », rapporte Aurore.

« Le monde de la techno est un immense réseau, très solidaire. Ce milieu est dynamique et conscient. Nous espérons que cette crise apporte du positif, comme être plus en accord et respectueux de notre planète », positive Aurore. Cependant, de nombreuses questions restent encore en suspens. « Pour tous les festivals electros qui commencent en juin, il y a une grosse pression. Faut-il préparer l’événement ? Faire sa communication ? C’est dur de se projeter. La grosse inconnue, c’est la reprise », conclut Samuel Raymond. 

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