Coronavirus : Oui, cette vidéo de livreurs de repas a bien été filmée dans le métro de Milan

Un livreur à Milan, en période de confinement. (illustration) — Nicola Marfisi/AGF/SIPA

  • Une vidéo partagée sur Twitter montre, tout le long d’un quai de métro, de nombreux livreurs de repas à domicile attendre l’arrivée de la rame.
  • La scène aurait été filmée à Milan en fin de soirée, selon sa légende.
  • Elle a bien été tournée dans la capitale économique italienne, comme a pu le vérifier 20 Minutes

A première vue, la séquence de 29 secondes n’avait pas de raison de devenir virale : on semble y distinguer de simples usagers du métro, en train d’attendre l’arrivée de la rame sur le quai.

Mais les voyageurs répartis sur toute la longueur de la station ont une particularité : ils sont tous livreurs de repas, reconnaissables à leur imposant sac de commandes sur le dos et au vélo qu’ils tiennent à la main. De quoi amener le chauffeur de métro qui filme la scène à commenter (en italien) : « Mais ce n’est pas possible ? ! Où est-ce qu’ils vont tous se mettre ? »

A en croire le tweet viral en français partageant la vidéo, visionnée plus de 47.000 fois, celle-ci aurait été filmée dans la capitale économique de l’Italie en plein confinement : « Milan, épicentre de la pandémie de Covid-19. Minuit c’est l’heure où les invisibles deviennent visibles. Le métro désert, à part quelques dizaines de jeunes et de moins jeunes livreurs qui rentrent chez eux. C’est ça, le confinement à deux vitesses. C’est ça, le digital labor. »

FAKE OFF

Avant d’être relayée en France, la scène a beaucoup circulé en Italie au gré de ses reprises par différents internautes. Et notamment à la faveur de son partage par la page Facebook « Deliverance Milano », un collectif rassemblant les « livreurs précaires de repas de Milan », lundi 13 avril, jour de Pâques, le moins meurtrier depuis trois semaines en Italie, avec 431 décès du Covid-19 en 24 heures.

« Milan, une armée de livreurs rentre après une journée de travail. Des centaines de garçons, des milliers, pour la plupart des migrants, qui prennent un train de banlieue chaque jour pour venir travailler en ville, puis rentrent chez eux [en soirée]. Ils viennent principalement de l’arrière-pays milanais, mais aussi des provinces voisines de Bergame, Monza et Brianza, Varese, Sondrio, Lecco », précisait la légende de cette vidéo.

Contacté par 20 Minutes, Angelo, porte-parole du collectif, précise que Deliverance Milano a décidé de la partager après l’avoir vue circuler sur les comptes de différents internautes : « Cette vidéo a été tournée par un conducteur de train à la station Domodossola, à Milan. Nous avons décidé de le publier parce que nous voulions dénoncer les conditions de travail et la situation sociale des livreurs à domicile, qui travaillent souvent sans protection. » Si certains d’entre eux portent des masques, la plupart des hommes visibles sur la vidéo sont en effet dépourvus de toute protection.

Jointe par 20 Minutes, l’Azienda Trasporti Milanesi (ATM), la société en charge des transports publics de la ville, n’avait pas donné suite à nos sollicitations avant la publication de l’article. L’entrée puis la partie d’un quai de la station Domodossola est toutefois bien reconnaissable sur différentes vidéos amateur tournées ces dernières années, comme on peut le voir ci-dessus et ci-dessous.

Un afflux de livreurs à Pâques

A défaut de dater précisément cette vidéo, la recherche inversée d’images sur cette séquence permet de constater que ses premières occurrences sont apparues ces derniers jours, confirmant de fait qu’il ne s’agit pas d’une vieille vidéo sortie de son contexte. Contrairement à ce qu’indique le tweet en français, elle n’a pas été filmée à minuit mais à 22h26 – l’heure étant clairement visible à la vingtième seconde sur l’horloge de la station.

Cette scène a été largement reprise dans les médias italiens, notamment sur la chaîne de télévision locale Milano Pavia TV, qui montrait à cette occasion l’afflux de livreurs de repas dans les rues milanaises lors du week-end de Pâques.

« En pleine quarantaine, de nombreuses personnes choisissent ou sont obligées de commander de la nourriture en livraison. Il nous paraît absurde que les livreurs [des applis de livraison] soient obligés d’apporter de la pizza, des sushis et des hamburgers dans toute la ville en pleine pandémie, avec un faible salaire et sans droits », poursuit Angelo.

Avant de conclure : « De plus, il nous a aussi semblé important de montrer comment les travailleurs migrants subissent avant tout cette forme de chantage, eux qui quittent la ville avec le dernier train pour rejoindre leurs foyers de province. En vérité, cette séquence n’est pas extraordinaire, car elle a lieu presque tous les jours ».

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