Coronavirus : « On va faire un bon repas »… Fin de quarantaine pour les rapatriés de Wuhan à Carry-le-Rouet

Des rapatriés de Carry-le-Rouet retrouvent leurs proches après plusieurs jours de quarantaine — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

  • Une centaine de ressortissants français quitte ce vendredi le centre de vacances de Carry-le-Rouet où ils étaient placés en quarantaine.
  • Ces Français vivaient en effet dans la région de Wuhan, épicentre de l’épidémie de coronavirus.
  • Désormais, ils ont pu retrouver leurs proches, en France, sans savoir toutefois quand ils pourront retourner en Chine.

De notre envoyée spéciale à Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône),

Un petit blondinet s’éloigne de ses parents pour sauter dans les bras de Sylviane et Etienne, tout sourire, sur le parking de la plage du Rouet, avant de s’installer dans le siège auto. La présence de ses grands-parents était une surprise pour le garçonnet de quatre ans. Une scène a priori banale mais qui ne l’est pas forcément pour cette famille, qui a fui l’épidémie de coronavirus en Chine. Le fils, la belle-fille et le petit-fils d’Etienne et Sylviane font partie de la centaine de ressortissants français de Wuhan qui retrouve enfin leur liberté, après quatorze jours de quarantaine dans un centre de vacances de Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône. Les retrouvailles se font sous l’œil des nombreux journalistes qui encerclent le véhicule, en partance pour Nîmes où Etienne et Sylviane vivent.

Leur fils vit dans la région de Wuhan depuis un an pour des raisons professionnelles. Il a fui l’épidémie de coronavirus qui sévit dans le pays, et peut enfin retrouver les siens, pour le plus grand plaisir d’Etienne et Sylviane, qui n’ont pas vu ce petit monde depuis le mois d’août dernier.

« On va amener le petit faire du poney »

« On est super content, confie Etienne. Les conditions d’accueil étaient super. C’était le Club Med ! On va faire un bon repas et amener le petit faire du poney ! » Et de regretter toutefois les doutes suscités par l’arrivée de ses rapatriés, et notamment les critiques émises par les élus locaux. « Le maire de Carry a eu peur pour ses oursinades, alors que bon, mon fils est cadre chez Renault, ce n’est pas un mauvais garçon ! »

Dans l’attente du petit véhicule de la Croix-Rouge qui achemine sa femme du centre de vacances vers le parking, Eric peine à contenir son émotion et son impatience. Sa compagne, originaire de Wuhan, est partie fêter le Nouvel an chinois avec sa famille, au tout début de l’épidémie. Joanne s’est rapidement retrouvée coincée en Chine, dans l’appartement de sa mère. Elle a alors pris le premier avion pour la France, il y a quinze jours, avant d’être elle aussi placée en quarantaine, à quelques kilomètres de son conjoint qui vit à Salon-de-Provence. Sa belle lui a demandé, en cette première journée hors du centre de vacances, et jour des amoureux, de pouvoir aller avec lui « se promener librement dans les montagnes. » « On ne s’est pas vu depuis un mois et demi, mais la Saint-Valentin, avec elle, c’est tous les jours », sourit-il. Au moment de se retrouver, le couple fond en larmes.

« Retourner à une vie normale »

Patrick (le prénom a été échangé) étreint « sa petite fille jolie » qu’il avait hâte d’embrasser. Avec sa femme, il est venu expressément de Villefranche-sur-Saône chercher la jeune étudiante, qui a interrompu son stage sur place. « Ça fait du bien », glisse-t-il en l’étreignant dans un grand sourire sous sa chapka. La famille repart dans le Rhône, où la jeune fille va désormais vivre. Tout au long de la matinée, au gré des voyages de la camionnette de la Croix-Rouge, les scènes de retrouvailles se multiplient, avec elles les embrassades, les regards émus et les mines réjouies, le plus souvent à l’écart des journalistes.

Les rapatriés de Wuhan aspirent en effet à retrouver un quotidien banal, comme l’explique Charles, l’un d’entre eux. Sur le parking, le jeune homme retrouve un ami, et rêve d’un « plateau de fruits de mer » entre copains pour fêter la fin de cette quarantaine. « On est tous très heureux de sortir, de retourner à une vie normale sans cette barrière physique du centre de Carry-le-Rouet », explique-t-il. Le jeune Calédonien, en couple avec une Chinoise de Wuhan qui a fait le choix de rester auprès des siens malgré la situation, sera hébergé quelques jours chez son ami, à Frontignan.

« On espère tous pouvoir se revoir »

Vincent, un autre rapatrié, retrouve son père avec enthousiasme. « C’est bien, on est rentré à la maison, sourit-il en chargeant sa grosse valise dans le coffre de la voiture familiale. On s’est bien occupé de nous. On a vraiment eu une bonne expérience de la quarantaine. Ça aurait pu être beaucoup moins agréable. »

Au fil de ces quinze jours, des liens se sont tissés dans ce microcosme qu’était devenu le centre de vacances de Carry-le-Rouet. A travers les vitres de leurs véhicules, certains se saluent sur le parking, avant de définitivement se séparer. D’autres tiennent à remercier encore le personnel de la Croix-Rouge présent, dont certains semblent affectés par ces départs. Pour leur dernière soirée, les rapatriés ont ainsi improvisé une chanson, sur l’air d’Aline, de Christophe, à destination des équipes de la Croix-Rouge qui ont pris soin d’eux tout au long du séjour, pour leur crier, non pas qu’ils reviennent, mais leurs remerciements. « C’était un moment très émouvant », confie Marc Zyltmann, qui coordonnait les opérations pour la Croix-Rouge

« On espère tous pouvoir se revoir au prochain Nouvel an chinois, abonde Charles. On espère que beaucoup d’entre nous se reverront pour trinquer sur cette revanche de la vie. Il n’y a pas de raison qu’on ne retourne pas en Chine. » Reste à savoir quand : une question à laquelle aucun ne pouvait répondre ce vendredi à Carry-le-Rouet.

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