Coronavirus : Non, la députée Anne Genetet n’a pas déclaré que les masques étaient inutiles pour « obliger les Français à apprendre à se laver les mains »

Emmanuel Macron avec un masque de protection, lors d’une visite d’usine fabriquant des masques près d’Angers, le 31 mars 2020. — LOIC VENANCE-POOL/SIPA

  • « Si nous avons dit que les masques étaient inutiles, c’était pour obliger les Français à apprendre à se laver les mains ».
  • Cette citation aurait été prononcée par la députée LREM Anne Genetet lors de son passage sur Cnews, selon un post Facebook viral.
  • Si l’élue est bien intervenue sur la chaîne le 31 mars pour évoquer la question des masques de protection face au coronavirus, la citation déforme grossièrement ses propos. 20 Minutes fait le point avec les précisions d’Anne Genetet. 

Alors que le gouvernement d’Edouard Philippe fait l’objet de critiques sur sa communication fluctuante à propos de la nécessité de recourir – ou non – à des masques pour se protéger du coronavirus, une citation attribuée à Anne Genetet, députée LREM des Français de l’étranger, est particulièrement relayée sur les réseaux sociaux.

A en croire un post Facebook du 31 mars partagé plus de 8.000 fois – pour ne citer que lui –, elle aurait ainsi déclaré sur Cnews : « Si nous avons dit que les masques étaient inutiles, c’était pour obliger les Français à apprendre à se laver les mains ».

La fausse citation attribuée à la députée LREM Anne Genetet. La fausse citation attribuée à la députée LREM Anne Genetet. – capture d’écran/Facebook

Or, si Anne Genetet est bien intervenue sur la chaîne d’info en continu le 31 mars pour aborder la question du port des masques de protection, elle n’a pas tenu les propos qui lui sont prêtés – et qui déforment son discours assez grossièrement.

FAKE OFF

Interrogée, lors de son intervention sur Cnews, sur l’affirmation de Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, du 20 mars dernier selon laquelle les masques n’étaient « pas nécessaires pour tout le monde », Anne Genetet expliquait ainsi (à partir de 19’35 sur le replay) : « Il faut se remettre aussi dans la situation de l’époque. […] A qui est-ce qu’on s’adressait à ce moment-là ? On s’adressait aux personnes qui avaient peut-être envie d’aller chercher un masque – les personnels de santé, il n’est pas nécessaire de leur rappeler qui et comment ils doivent s’en servir, pas de problème – mais en population générale, il est important de le repréciser. C’était bien normal de dire que le masque chirurgical protège uniquement si on est malade. »

« C’est important parce que le risque que nous avons, c’est qu’en portant un masque […] comme certains Asiatiques le font – et on l’a vu dans certains pays –, il y a un relâchement de la mesure la plus importante, qui est le lavage des mains. C’est ce lavage des mains qui est fondamental. Et donc le risque que nous prenions à laisser les gens utiliser les masques n’importe comment, c’était de mettre un masque FFP2 – le plus protecteur, qui empêche d’attraper le virus quand il est bien porté –, qu’il soit porté par des gens qui n’en avaient pas forcément besoin », poursuivait-elle.

« Pas de remise en question de l’utilité des masques »

C’est donc cette partie de sa réponse qui a été reprise de manière déformée sur les réseaux sociaux. Contactée par 20 Minutes, Anne Genetet précise : « Il n’y a pas de remise en question de l’utilité des masques, qui est connue : les FFP2 protègent les soignants, et les anti-projections [ou masques chirurgicaux] sont pour les personnes malades ».

Dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube le 23 janvier et consacrée aux précautions à prendre sur l’épidémie (alors essentiellement concentrée en Chine), la députée – qui est aussi médecin – préconisait déjà aux personnes souffrant des symptômes du coronavirus de « porter un masque chirurgical » pour « éviter de contaminer les gens autour de vous ». Tout en précisant que ce masque protégeait « uniquement la personne malade ».

« Il faut bien comprendre qu’il y a eu plusieurs séquences sur les masques, nous n’avons jamais dit qu’ils étaient inutiles mais simplement qu’ils n’étaient pas utiles au début de la situation, quand le virus ne circulait pas en France [en janvier]. Mais dès lors qu’il a commencé à circuler, la question du port des masques s’est posée et, constatant que les stocks n’étaient pas au rendez-vous, il a été décidé de gérer ces derniers pour réserver leur usage aux personnes les plus concernées et éviter des pénuries », ajoute Anne Genetet auprès de 20 Minutes.

La question de la gestion, par le gouvernement, des stocks de masques et de ses recommandations sur leur utilisation, a toutefois connu d’importantes omissions ou changements notables au fil des mois, comme le souligne « Mediapart » dans une enquête parue aujourd’hui dénonçant un « mensonge d’Etat ».

« Un faux sentiment de sécurité » souligné par l’OMS (mais contesté en Asie)

Anne Genetet cite en outre le Japon comme exemple de pays d’Asie où un relâchement des gestes barrière aurait été observé en cas de port d’un masque : « Hier encore, on voyait au Japon des personnes qui portent des masques mais les enlèvent pour manger sous les cerisiers en fleur, exposant leur bouche sans s’être lavé les mains. Et un masque, lorsqu’il est mal porté, peut entraîner une contamination, je n’enlève pas une virgule là-dessus. »

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne elle-même ce risque dans ses préconisations relatives à l’épidémie : « Pour les personnes asymptomatiques [qui peuvent transmettre le virus], le port d’un masque, quel que soit son type, n’est pas recommandé. Porter des masques médicaux quand ils ne sont indiqués peut provoquer […] des problèmes d’approvisionnement tout en donnant lieu à un faux sentiment de sécurité qui peut amener à négliger d’autres mesures barrière essentielles. »

« Un masque médical n’est pas nécessaire pour les personnes non malades, puisque rien ne prouve qu’il les protège. Mais des masques peuvent être portés dans certains pays, conformément aux coutumes locales. Si des masques sont utilisés, il est important de respecter les bonnes pratiques sur la façon de les porter, de les enlever et de les jeter, ainsi que sur le lavage des mains après usage », ajoute l’OMS dans un autre document. Toutefois, ces conseils sont vus de manière très critique dans plusieurs pays d’Asie, où leur usage est répandu en temps normal, ce qui explique que l’appel à ne pas en porter à titre préventif y soit considéré comme une grave erreur, comme le notait Le Monde fin mars.

Le gouvernement préconiserait-il pour autant le port généralisé d’un masque à l’heure actuelle si les stocks ne faisaient pas défaut ? « Aujourd’hui, si on avait des masques accessibles pour tous, les personnes malades ou les personnes potentiellement asymptomatiques […] pourraient en porter, mais ce n’est pas le cas. Il faut donc se montrer raisonnable et réserver leur usage aux personnes les plus exposées : les employés de supermarchés, les policiers, gendarmes… Mais quand la production de masques aura augmenté, la question sera à se poser pour la sortie du confinement », conclut Anne Genetet.

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