Coronavirus : Non, la BBC n’a pas reconnu que « le VIH est utilisé pour fabriquer le vaccin contre le Covid-19 »

Une affirmation trompeuse. La BBC n’a pas reconnu que « le VIH est utilisé pour fabriquer le vaccin contre le Covid », contrairement à ce qui est affirmé dans un tweet publié le 8 février et relayé plus de 1.800 fois. Une capture d’écran du tweet circule également sur Facebook.

Ce tweet est accompagné d’une courte vidéo, d’une trentaine de secondes, en anglais. L’extrait commence par l’interview d’un homme, qui explique « cela le maintient ensemble et lui permet de rester à 100 % dans cette structure présente à la surface du virus ». Une voix off féminine explique ensuite un processus scientifique : « La forme de la protéine Spike du coronavirus avant que le virus ne rencontre nos cellules est ce qui déclenche la réponse la plus protectrice des anticorps. C’est pourquoi Keith doit fabriquer la protéine Spike en laboratoire, en la verrouillant exactement dans la même forme, en ajoutant une autre protéine qui agit un peu comme une pince. Et cette protéine est un minuscule fragment du VIH. »

FAKE OFF

Il faut rappeler que « tous les vaccins Covid-19 approuvés et disponibles dans le monde entier utilisent des méthodes de fabrication différentes, dont aucune n’inclut des séquences ou des matériaux dérivés du VIH », rappelle auprès de 20 Minutes Keith Chappell, le scientifique australien visible dans cette vidéo.

Que voit-on alors dans cet extrait ? Il provient d’un documentaire de la BBC, intitulé Horizon : The Vaccine, qui a été diffusé en juin 2021. Les équipes de ce documentaire ont suivi pendant plusieurs mois des équipes à travers le monde qui cherchaient des vaccins contre le Covid-19. Parmi ces équipes, des scientifiques australiens de l’université de Queensland. L’homme interrogé dans le documentaire est Keith Chappell, professeur associé à l’université et virologue moléculaire, spécialisé dans la recherche de nouveaux vaccins.

Avec son équipe, il a cherché en 2020 à mettre au point un vaccin contre le Covid-19. Ces scientifiques ont cherché à stabiliser une version hautement purifiée de la protéine Spike du coronavirus en lui adjoignant deux courtes séquences provenant d’une protéine du VIH, la glycoprotéine 41. Pourquoi ce choix ? « Cette présentation plus stable est plus susceptible d’entraîner une réponse immunitaire protectrice », détaille sur le site The Conversation Adam Taylor, chargé de recherche à l’université australienne Griffith. Cette technologie « ne peut pas causer une infection par le VIH », ajoute-t-il. Ni le virus du VIH ni le coronavirus n’étaient présents dans ce candidat vaccin, précise d’ailleurs Keith Chappell.

« Il n’y a aucune possibilité que le vaccin provoque une infection [au VIH] »

Après des essais sur des animaux, les essais de phase un ont commencé sur un groupe de volontaires en juillet 2020. Tous les participants « ont été informés des détails du vaccin, notamment du fait qu’il contenait des séquences peptidiques correspondant à des régions de la protéine gp41 du VIH », rappelle Keith Chappell. L’essai a été évalué par des pairs et publié dans la prestigieuse revue scientifique Lancet Infectious Diseases (maladies infectieuses en français).

En décembre, l’université a annoncé que l’équipe de chercheurs n’allait pas poursuivre les recherches pour ce candidat vaccin, en raison de faux positifs au VIH détectés chez des participants. « Il n’y a aucune possibilité que le vaccin provoque une infection, et les tests de suivi de routine ont confirmé l’absence de virus VIH » chez ces participants, a alors tenu à rassurer l’université.

Comment ces faux positifs ont-ils pu se produire, alors que les participants n’ont pas été infectés par le virus ? En utilisant certaines régions de cette protéine du VIH, « il y a toujours eu une possibilité théorique qu’une fois injectée dans le cadre de la formulation du vaccin, le système immunitaire des gens la reconnaisse comme  » étrangère  » et produise des anticorps contre elle », développe Adam Taylor.

Les recherches ont été arrêtées

L’arrêt des recherches a alors été décidé, le risque étant, si le vaccin était développé à une plus grande échelle sous cette forme, que certaines personnes soient faussement détectées positives au VIH, alors qu’elles ne seraient pas porteuses du virus. « On a considéré que toute interférence avec les tests de dépistage du VIH pouvait contribuer à l’hésitation à l’égard du vaccin et, au moment de la décision, il était clair que d’autres vaccins très efficaces avaient été développés », se remémore Keith Chappell.

L’Agence européenne du médicament a en effet validé le vaccin développé par l’alliance Pfizer/BioNTech le 21 décembre, et, neuf jours plus tard, c’est le vaccin d’AstraZeneca qui était approuvé au Royaume-Uni. Cinq vaccins (ceux de Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca, Johnson & Johnson et Novavax) ont à ce jour reçu le feu vert de la Haute Autorité de santé en France.