Coronavirus : Monstres masqués, enfermement, soif de liberté… Le confinement a aussi un impact sur nos rêves

Drôle de rêve non? — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

  • 20 Minutes a lancé un appel pour savoir si la pandémie de coronavirus et le confinement avaient des conséquences sur vos rêves.
  • Tristan-Frédéric Moir, psychanalyste et psychothérapeute, spécialiste du langage des rêves, apporte quelques éléments de réponses.

Nous voilà confinés depuis plus de deux semaines. Les mesures de restriction de mouvements décidées par Emmanuel Macron à la mi-mars pèsent sur notre vie quotidienne. Mais quel impact le confinement a-t-il sur nos nuits ? 20 Minutes vous a lancé un appel pour savoir si la pandémie de coronavirus et l’obligation de quarantaine avaient des conséquences sur vos rêves nocturnes.

« Mes cauchemars sont comiques car les créatures qui y rôdent portent des masques »

« Depuis l’apparition du virus, mes nuits sont hantées. Je vois des personnes que j’ai perdues, famille ou amis et, soudain, le mot coronavirus apparaît. Je me réveille, oppressée, perdue, désorientée», témoigne une lectrice sous le pseudo Fanfare*. Certains personnes retrouvent dans leurs nuits les restrictions liées à l’épidémie ou les nouvelles pratiques sanitaires. « J’ai rêvé que je mettais une claque à une amie qui me faisait la bise, puis je me prenais un coup de revolver à plomb de la part de mon voisin parce que j’étais trop près de lui », s’amuse Girlofnextdoor*, 40 ans.

« J’étais à l’extérieur dans un lieu inconnu, j’avais oublié mon attestation. J’avais peur, je voulais rentrer chez moi mais je ne retrouvais pas le chemin. Je croisais beaucoup trop de gens dehors, je frôlais des enfants en courant, j’étais terrifiée et perdue », ajoute Patricia, 55 ans. Foxtrot*, lui, s’en amuse : « Mes cauchemars sont devenus comiques depuis que les créatures qui y rôdent portent des masques».

L’une des fonctions du rêve est d’intégrer la réalité, rappelle Tristan-Frédéric Moir, psychanalyste et psychothérapeute, spécialiste du langage des rêves. « Le sommeil est un temps de gestion de l’émotion. On est aujourd’hui confrontés à une crise qui nous bouleverse. Le rêve va permettre de banaliser cette actualité dramatique, inédite, et de mieux gérer nos angoisses ».

« Mon subconscient m’a emmenée dans un lieu inconnu, très sombre, je tournais en rond »

Les angoisses liées au confinement sont présentes dans les témoignages reçus. « J’étais avec des amis en colocation, c’était la guerre. On devait se séparer et une bombe explosait à côté de moi, je me précipitais à l’intérieur de ma maison, en me disant que j’étais finalement plus en sécurité à l’intérieur », raconte Pauline.

Plusieurs internautes font état de lieux sombres, d’espaces exigus, sans lumière. Carole, 35, se souvient être assise auprès d’un pilote d’avion. « Soudain, en face de nous, une montagne infranchissable. Je suis prise de panique d’être écrasée. Mais l’avion entre dans une grotte immense, je suis pétrifiée à l’idée que les ailes touchent les parois. Puis j’aperçois une petite ouverture au loin, la sortie, et on en sort finalement vivants. C’est un rêve étrange mais très parlant sur ce que l’on vit aujourd’hui », ajoute-t-elle.

Ambiance similaire pour Françoise, 63 ans : « Mon subconscient m’a emmenée dans un lieu inconnu, très sombre, je ne trouvais pas l’entrée, puis je ne trouvais pas les bornes, je tournais en rond, personne pour me renseigner et m’aider, c’était très anxiogène ». Gaby, 67 ans, se revoit au volant d’une voiture. « Je n’y voyais rien car un carton complètement opaque recouvrait tout le pare-brise. A un feu rouge, un passant me l’a légèrement soulevé laissant passer un peu de lumière. » Garbaa Kalthoum* évoque aussi « un endroit ou tout était noir, avec de la poudre noire au sol. Ce qui se passe actuellement me travaille beaucoup, j’ai peur de la mort ».

« Cette noirceur est liée à la menace de mort qui plane, bien sûr, mais aussi au manque de visibilité sur ce qui nous arrive. Le virus est invisible, on ne le voit pas, on ne sait pas comment se conduire, ni ce qui va se passer dans les semaines à venir », ajoute Tristan-Frédéric Moir.

« Quand on rêve que l’on vole, c’est qu’on essaye d’échapper à la peur quotidienne »

D’autres personnes nous révèlent des songes plus joyeux. « Je ne fais aucun cauchemar lié à la sensation d’enfermement. Bien au contraire, je ne cesse de rêver à de grandes étendues verdoyantes, sans délimitation d’espaces, avec des animaux sauvages, et même des licornes… Je rêve que je cours nue, totalement libre de mes mouvements », témoigne Marie, 28 ans. Un cadre similaire pour Ewenn, 25 ans. « J’ai rêvé que je volais sur une sorte de scooter avec mon frère (avec qui je suis brouillé) au-dessus de collines vertes et d’une sorte de parc aquatique ».

L’apéro, les sorties entre amis, sont des thématiques récurrentes. « Mes rêves me semblent plus vivants. Les sorties et soirées me manquent, à tel point que j’ai rêvé d’une soirée où nous organisions un blind test entre amis, et j’avais l’impression de réellement chercher le nom des artistes et des titres des morceaux », confie Philippe, 35 ans.

Tristan-Frédéric Moir y voit des « rêves de compensation » : « Ils apportent la liberté dont on manque dans la réalité. Quand on rêve que l’on vole, c’est qu’on essaye d’échapper à la peur quotidienne. »

Le spécialiste nous donne ensuite un conseil pour cette période de confinement prolongée. « Ceux qui ont du temps supplémentaire peuvent en profiter en notant leurs rêves. Dans la grande majorité, les rêves révèlent de vieilles angoissent. Le virus peut être une personne toxique dans notre entourage, car le cerveau fonctionne par analogie, dit-il. Il est intéressant de se pencher sur le contenu de nos rêves car ils disent toujours quelque chose de nous-mêmes ».

*Certains internautes ont témoigné sous pseudo.

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