Coronavirus : Mercato estival XXL et trading, comment le marché des transferts va s’adapter à la crise sanitaire

La Fifa souhaite adapter le calendrier aux événements actuels — Walter Bieri/AP/SIPA

C’était mi-mars. Thomas Meunier était, disait-on, sur le point de signer au Borussia Dortmund, que le PSG venait d’éliminer en Ligue des champions. Son contrat parisien devait expirer à la fin du mois de juin, c’était donc un bon moyen d’assurer son avenir avec un coup d’avance. Sauf que deux semaines plus tard, tout ceci n’a plus de sens, le coronavirus a cassé le football. Le mercato n’y échappe pas, même s’il reste toujours un ou deux agents un peu paumés pour continuer de passer des coups de fil aux présidents de club. Thierry Gomez, celui du Mans FC, s’en amuse presque.

« Il doit y avoir des agents qui se trouvent je ne sais où à l’étranger, qui ne doivent pas être au courant de la pandémie mondiale, parce qu’ils nous proposent encore des joueurs. Ils nous demandent quelles sont nos priorités pour la saison prochaine. Mais tout est à l’arrêt. On devait faire une réunion avec nos recruteurs mais on a décidé de l’annuler. » Chez les agents – pas ceux qui vivent dans une grotte, les autres – on n’est guère plus actif même si le téléphone ne s’arrête jamais vraiment de sonner. Yvan Le Mée : « On a suspendu toutes les discussions avec les clubs sur les décisions qui devaient être prises. C’est sur les dix derniers matchs qu’on fixe les choix des joueurs pour la saison à venir ».

Vers un mercato XXL d’août à fin décembre ?

Tout est à l’arrêt, donc, et on ne sait ni comment relancer la machine, ni quand les saisons domestiques et internationales arriveront à leur terme. Il y a fort à parier que celles-ci interviendront après la fin du contrat des joueurs dans le cas de Meunier. La Fifa travaille actuellement sur une réorganisation du football à peu près cohérente et recommande de prolonger exceptionnellement les contrats qui expirent en juin jusqu’aux nouvelles fins de saison. Idem pour la fenêtre des transferts, qu’il va sans doute falloir repousser. Aux dernières nouvelles, un mercato géant du mois d’août au 31 décembre est évoqué. Et tant pis pour l’équité sportive. Yvan Le Mée, agent :

La meilleure solution pour tout relancer, ça serait le libre marché. J’entends beaucoup dire que c’est pas possible, que, pendant les compétitions les joueurs puissent partir. Mais aujourd’hui s’il y a des problèmes économiques [la menace d’une faillite plane sur les clubs] qu’on peut régler par les transferts, il ne faut pas s’en priver. Il va bien falloir sauver les meubles. »

Il va falloir ruser, aussi. La pause forcée du football mondial vide les caisses de clubs parfois en sursis, qui misaient tout sur le dernier versement des droits TV annuels et se retrouvent à poil. La France s’est mise au chômage partiel et l’Espagne est en train de suivre. Manquerait plus que la fin de saison ne se fasse qu’à huis clos pour enfoncer un peu plus les dirigeants des clubs européens, grands ou petits. Tout ceci ne sera en tout cas pas sans conséquence sur le prochain mercato. Thierry Gomez : « il y aura forcément un impact sur le niveau du mercato, tout le monde va devoir faire ses réserves. Là où des clubs pouvaient mettre 15-20 millions sur un joueur, à l’arrivée ceux-là ne pourront peut-être n’en mettre que cinq. »

Un mercato estival basé sur l’échange ?

Yvan Le Mée abonde dans ce sens et va encore plus loin. La crise sanitaire débouchera sur un retour en force des échanges de joueurs entre clubs, à condition que toutes les parties fassent preuve de bonne volonté. « On va voir un mercato d’échanges. On tend vers une stabilisation en termes de prix et en termes de nombre d’opérations. Je vois bien les grands clubs qui ont trois, quatre gros salaires de joueurs sur qui ils comptent moins proposer des échanges. On va rentrer dans une autre démarche, qui n’est pas mauvaise au demeurant. A l’instant T, on ne va pas parler de transferts à 30, 40, 50 millions et encore moins d’envolées à la Neymar​. Tout le monde est bloqué, même le top 5. On entre dans un problème de blocage. Or, si les gros clubs ne peuvent pas faire d’opérations, les petits clubs n’en feront pas non plus. »

La théorie du ruissellement et le mercato mis KO en un coup par le coronavirus, on l’avait pas vu venir. En attendant que la situation s’éclaircisse, les clubs peuvent toujours faire comme Thierry Gomez au Mans et se reposer sur leur plan de base. « On sait quand même grosso modo quels joueurs on veut, parce qu’un recrutement ce n’est pas quelque chose qui se fait entre mai et juin, mais tout au long de l’année. » Et puis en plus, ça tombe bien, en ce moment c’est pas le temps qui manque pour tirer des plans sur la comète.

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