Coronavirus : Masque à l’extérieur, 10 kilomètres, attestation… Faut-il supprimer les mesures impopulaires scientifiquement pour consolider les autres ?

Oui le masque dehors, c’est bien de toi qu’on parle. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • Olivier Véran a (enfin) ouvert la porte à un abandon du masque obligatoire à l’extérieur cet été.
  • Cette mesure, particulièrement impopulaire et sans fondement scientifique, a-t-elle, avec d’autres mesures de ce genre, parasité la communication sanitaire ?
  • Entre mauvaise hiérarchisation, pression sur la population, et infantilisation, retour sur une série de mesures parfois contre-productives.

Ce mardi matin, le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré « espéré sincèrement » que l’obligation du masque en extérieur sera levée cet été. Pour certaines villes comme Paris, cela ferait alors un an que le masque est devenu obligatoire même à l’extérieur, sans doute l’une des mesures les plus impopulaires et les plus contestées de la crise du coronavirus en France, avec l’attestation de déplacement, le couvre-feu, la limite des 10 kilomètres et l’interdiction d’accès aux plages.

Toutes ces mesures citées ont deux similitudes : elles concernent l’extérieur, et elles ne font l’objet d’aucun consensus scientifique. Ainsi, selon une étude de l’Institut Pasteur, seulement 5 % des contaminations au coronavirus se feraient en extérieur. De quoi remettre sérieusement en question l’utilité du masque dehors, voire l’interdiction de sortir de chez soi lors du premier confinement par exemple.

Taper à côté

Le problème de toutes ces mesures aux résultats incertains est qu’à force de les accumuler, elles pourraient saborder les décisions plus efficaces. Michaël Rochoy, médecin généraliste et chercheur en épidémiologie, lance la première salve de critiques : « Il faut simplifier les mesures et les messages, non pas parce que les gens sont cons, mais justement parce qu’ils sont assez intelligents pour comprendre les dispositifs réellement importants et se passer du reste. »

Même constat du côté de Jérôme Marty, président du Syndicat Union Française pour une médecine libre : « On tape trop souvent à côté de la cible. L’épidémie se transmet particulièrement en lieu clos, et la plupart des mesures prises concernent l’extérieur. Cela n’a pas de sens. » Or, après 14 mois de crise sanitaire, la population aurait largement accumulé assez de connaissance pour se rendre compte d’elle-même de l’incohérence de certaines décisions. « Les gens ont en ras-le-bol d’être infantilisé avec des décisions lourdes socialement et sans grande conséquence sur l’épidémie », appuie le docteur. De nombreux pays – comme l’Allemagne ou l’Espagne – obtiennent de bien meilleurs résultats avec des mesures plus souples et moins intrusives.

Les mesures non essentielles

Le trop étant l’ennemi du bien, empiler les mesures ne ferait que diminuer l’adhésion de la population envers celles-ci. Surtout après plus d’un an de confinement, geste barrière, couvre feu, et un moral des Français au plus bas. « Il faut mieux réfléchir au ratio efficacité/acceptabilité de chaque mesure. Qu’est-ce qu’apporte concrètement l’obligation du masque à l’extérieur ? Perdre l’adhésion des Français sur ces mesures contestables, c’est prendre le risque de la perdre aussi sur les mesures plus importantes », soulève Michaël Rochoy. Et si les Français sont assez intelligents pour discerner les mesures les plus efficaces du reste, « il y a la possibilité d’un ras-le-bol général, où d’une mauvaise hiérarchisation », pointe le médecin.

C’est bien le problème de cette accumulation. A force, difficile de distinguer le lard du cochon. D’autant plus que la priorisation n’est pas toujours très claire. Rappelons notamment que le masque a été obligatoire dans les rues de Paris avant de l’être au travail dans des lieux clos. Que toujours au travail, les repas collectifs étaient autorisés pendant le couvre-feu mais qu’il était interdit de marcher dehors après 19 heures. Alors qu’on interdisait l’accès à des plages ou des quais, les messages sur l’importance de l’aération ou sur le danger des aérosols n’ont été par le gouvernement qu’en février et mars 2021. Les capteurs de CO2 dans les écoles ont du attendre fin avril pour être évoqué par l’exécutif. De quoi troubler encore plus un message pourtant simple dans l’absolu.

Refaire simple

Après une quinzaine de mois de recherche sur le coronavirus, on pourrait même le résumer en quelques mots : « Le virus circule principalement dans les lieux clos sans masque, donc éviter ces situations », dicte Michaël Rochoy. Dire ça, c’est suffisant pour comprendre pourquoi les musées ou cinémas peuvent rouvrir mais qu’on ne peut pas manger à l’intérieur, afin de garder le masque, ou pourquoi les terrasses rouvriront dès la mi-mai mais pas l’intérieur des restaurants. Dire ça, c’est surtout faire appel à la science. Toujours selon l’étude de l’Institut Pasteur, 80 % des contaminations se font dans des lieux totalement clos, et 15 % dans des lieux fermés mais avec une fenêtre ouverte. C’est dire l’importance de l’aération.

Quant à l’idée qu’il vaut mieux trop de mesures que risquer de ne pas en avoir assez, Jérôme Marty n’y croit pas trop. Ou en tout cas, plus après quatorze mois, lorsque l’enjeu porte autant sur les mesures que sur l’adhésion qu’elles suscitent : « On pouvait avoir cette philosophie au début, mais maintenant, il faut faire confiance à la population. Les gens qui risquent de faire n’importe quoi avec un allègement des mesures le font déjà, alors autant libérer les autres de mesures plus contraignantes qu’efficaces. » Le docteur en est convaincu, à an de crise + 1, il est temps de se concentrer sur « des mesures où les gens s’y retrouvent, où les gens sont pris pour des adultes ». Loin du masque dehors, et vers plus de fenêtres ouvertes et de masques portés à 100 % en lieu clos.

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