Coronavirus : L’exécutif va-t-il franchir sa « ligne rouge » en fermant les écoles ?

Jean-Michel Blanquer et Emmanuel Macron. — Jacques Witt/SIPA
  • Depuis mai 2020, l’exécutif maintient sa stratégie de ne pas refermer les écoles.
  • Face à la forte hausse des entrées en réanimation et des cas de coronavirus, médecins et opposition mettent la pression sur le gouvernement pour faire évoluer cette doctrine.
  • La décision pourrait être tranchée ce mercredi en Conseil de Défense, alors qu’au sein du gouvernement, les avis divergent.

Un totem en danger ? Face à une nouvelle poussée de coronavirus, la pression s’accentue sur l’exécutif. L’opposition multiplie les critiques contre la gestion sanitaire du gouvernement et d’Emmanuel Macron, l’appelant à « assumer » son échec. Le chef de l’Etat maintient pour le moment sa stratégie de restrictions graduées et territorialisées, refusant les appels pressants de nombreux soignants à reconfiner.

Mais face au nouveau pic de malades en réanimation – 4.974 lundi soir, plus que lors de la seconde vague –, le président de la République pourrait prendre la parole ces prochains jours. Pour annoncer la fermeture des écoles ? Cette ligne rouge, tenue par l’exécutif depuis mai dernier, fait aujourd’hui débat.

La pression de l’opposition

« Nous sommes le pays d’Europe qui a le moins longtemps fermé ses écoles », se félicitait encore il y a quelques jours un proche du chef de l’Etat. Depuis la sortie du premier confinement, en mai 2020, le maintien des établissements scolaires ouverts est un mantra du gouvernement. Mais pour tenter d’enrayer la progression du virus, l’exécutif a fait évoluer vendredi les règles en vigueur pour les 19 départements concernés par les nouvelles restrictions : désormais, un seul cas de Covid-19 suffira pour entraîner la fermeture d’une classe, contre trois jusqu’alors. Une mesure jugée insuffisante pour une partie de l’opposition.

Dimanche, Marine Le Pen a ainsi estimé que le gouvernement ne pouvait plus « faire autrement » que de fermer les écoles, « plutôt que d’attendre que les classes ferment les unes après les autres ». Le patron des insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a pour sa part accusé Jean-Michel Blanquer d’être « coupable de non-assistance à personnes en danger à l’école », promettant au ministre de l’Education nationale la « cour de justice de la République », alors qu’un collectif d’enseignants a déposé plainte contre lui ce mardi pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Une ligne rouge franchie ?

A la veille d’un nouveau Conseil de défense, mercredi, la pression s’accroît donc sur Emmanuel Macron. Mais le chef de l’Etat ira-t-il jusqu’à remettre en cause l’ouverture des écoles, un principe maintenu depuis près d’un an et mis régulièrement en avant dans la majorité ? « La fermeture complète des écoles ne saurait être un tabou, mais elle doit demeurer un dernier recours et une mesure limitée au maximum dans le temps », a-t-il insisté dimanche dans le JDD, relayé par le secrétaire d’Etat Adrien Taquet le lendemain dans 20 Minutes.

« Le maintien des écoles ouvertes n’est pas un totem. C’est un choix mûrement réfléchi qui tire les leçons du premier confinement et des conséquences catastrophiques sur les enfants », confirme le député et porte-parole de LREM Roland Lescure, qui ajoute toutefois : « Mais c’est vrai qu’il y a un changement avec le variant anglais, qui frappe davantage les jeunes, plus vite et plus fort. »

« Au sein du gouvernement, la ligne rouge n’est pas placée au même endroit pour tout le monde »

Devant des cadres de LREM, lundi soir, Jean-Michel Blanquer est resté sur sa position, assurant que « l’école n’est pas le lieu social principal des contaminations », malgré la pression de certains médecins pour fermer les classes. « Il n’est pas arc-bouté sur sa décision, mais il trouve que l’école fait l’objet d’une focalisation médiatique injustifiée », précise Lescure, qui participait à la réunion. Le ministre tentera donc, face aux autres ministres, de convaincre le président de la République de maintenir les établissements ouverts lors du Conseil de défense.

« Blanquer est farouchement contre la fermeture des écoles et critique les positions alarmistes de certains médecins. Mais au sein du gouvernement, la ligne rouge n’est pas placée au même endroit pour tout le monde. Ce n’est pas forcément la position du Premier ministre », résume une députée de la majorité. C’est donc au chef de l’Etat que reviendra la décision finale. A Paris, les chiffres sont en tout cas à la hausse : le nombre de classes fermées dans les écoles, collèges et lycées, a quasiment doublé lundi soir par rapport à la veille, passant de 246 à 473, selon la mairie.

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