Coronavirus : Les vacances d’été, bonne ou mauvaise nouvelle pour l’épidémie ?

Les vacances scolaires d’été ont commencé ce mardi, et concernent plus de 12 millions d’enfants et d’adolescents. Dès ce vendredi, les routes de France s’annoncent bondées de juillettistes partant profiter de la plage ou de la campagne. Si juillet est évidemment marqué par les congés, il est cette année également synonyme de remontée des cas de coronavirus. Pour la première fois depuis plus d’un mois, la France connaît plus de 4.000 nouveaux cas positifs au Covid-19 par jour en moyenne sur la semaine écoulée, alors qu’elle en comptait moins de 1.800 par jour la semaine du 26 juin. Si le taux de croissance se maintient, la France pourrait dépasser les 10.000 cas positifs quotidiens avant la fin du mois.

Face à ce retour de l’épidémie, les vacances vont être scrutées de près. Sont-elles une bonne ou une mauvaise chose sur le front sanitaire, peuvent-elles entraîner une baisse de la croissance des cas ou au contraire comportent-elles un risque d’accélération de l’épidémie ?

Quels sont les potentiels bons points de ces vacances ?

Les vacances scolaires concernent plus de douze millions d’élèves, qui ne vont plus se croiser dans des établissements de centaines de personnes, au port du masque parfois peu ou mal respecté, sans compter les cantines scolaires où le port du masque est évidemment impossible. Même constat pour les salariés, plus souvent en congés pendant la période de juillet-août et de fait moins présents pour les repas en entreprises.

Les repas dans des lieux clos, qu’ils soient à l’école ou au travail, ont souvent été présentés comme le trou dans la raquette des mesures sanitaires, car selon une étude de l’Institut Pasteur, 80 % des contaminations se font dans des lieux clos.  « Avec les vacances, il n’y a plus de brassages des enfants et moins de brassages des salariés, c’est une excellente chose », présente Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

De plus, la remontée des cas et la présence du variant Delta, engendrent une hausse des prises de rendez-vous de primos-injections de vaccin. Par rapport à la semaine dernière, la prise de rendez-vous pour une première dose a augmenté de +40 % ce lundi, +10 % ce mardi, +25 % ce mercredi, + 35 % ce jeudi.

Quels sont les potentiels mauvais points ?

Si le brassage des enfants et au travail va diminuer, ce n’est pas le cas de tous les rassemblements. « Il va y avoir le brassage de la population, entre les pays mais aussi entre les régions », note Mahmoud Zureik. Pas vraiment une bonne nouvelle sanitaire rappelle-t-il puisque cela « favorise la diffusion du virus et de l’épidémie ». Et pas besoin de partir au Portugal ou en Espagne, deux pays que le gouvernement recommande d’éviter à cause de la flambée épidémique, pour participer à ce brassage. Un résident de Paris, ville avec une incidence de 63 cas pour 100.000 habitants – plus haute de la France métropolitaine –, allant séjourner en Haute-Vienne, département avec une incidence de 6, n’est pas moins dangereux qu’un retour de la péninsule ibérique.

Au-delà de cela, il y a tous les rendez-vous festifs offerts par les vacances : les bars, les restaurants, les soirées, les apéros, etc. Autant de moments de possibles contaminations, d’autant plus que la frivolité de l’été et l’alcool aidant, les gestes barrières sont généralement moins respectés. « Ces moments entraînent des contaminations principalement intrafamiliales et intra-amicales. Il est possible d’essayer de limiter ces contaminations à ces cercles-là, en évitant les discothèques, en privilégiant les extérieurs des bars et des restaurants, ce qui est plus simple durant l’été, et en évitant les endroits trop bondés », conseille Mahmoud Zureik.

Que nous ont enseigné les vacances précédentes ?

En général, depuis un an et demi, pendant les vacances, il n’y a pas d’explosion des cas, plutôt une baisse ou une stagnation, dans le pire des cas. « Par contre, après les vacances, on assiste à une résurgence de l’épidémie, les contaminations intrafamilialles et intra-amicales devenant avec le retour en présentiel un brassage intergénérationnel qui touche les populations les plus susceptibles de faire des formes graves », s’inquiète Mahmoud Zureik, même s’il rappelle que la vaccination massive des populations à risque (plus de 80 % des plus de 60 ans ont reçu au moins une première dose) devrait normalement amortir les hospitalisations et les décès.

Pour se focaliser plus spécifiquement sur la période qui nous occupe, l’été 2020 – comme ce début d’été 2021 – a été marqué par une hausse majeure de l’incidence principalement chez les jeunes. Pour le moment en 2021, ce sont les contaminations parmi les tranches d’âge 10-19 ans et 20-29 ans qui remontent le plus. La tranche d’âge 10-19 ans pourrait voir sa hausse stopper par les vacances scolaires comme dit précédemment.

Pour les 20-29 ans, chez lesquels le taux d’incidence est passé de 36,1 la semaine du 21-27 juin à 64,9 la semaine du 28 juin-4 juillet, tant que bars et restaurants resteront ouverts en intérieur, cela devrait continuer d’augmenter. « Ils ont peu de chance de faire des formes graves, ce qui entraîne une décorrélation entre les cas et les hospitalisations », rappelle Mahmoud Zureik. Tout l’enjeu sera d’éviter un brassage intergénérationnel comme en septembre 2020. Si tel est le cas, les vacances 2021 auront été une parfaite réussite.