Coronavirus : Les renards, chevreuils et hérissons profitent du confinement et de l’exode des Parisiens

Autour du Champs-de-Mars durant le confinement. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

  • Depuis le début du confinement décrété dans de nombreux pays en raison de l’épidémie qui secoue le monde, la nature semble reprendre ses droits.
  • En France aussi la vie sauvage semble par petites touches reconquérir l’espace.
    • A Paris, Xavier Japiot, expert naturaliste à la Ville de Paris, évoque une faune et flore qui s’épanouit.

Des coyotes à San Francisco, des dauphins dans le port de Cagliari… Depuis le début du confinement décrété dans de nombreux pays en raison de l’épidémie qui secoue le monde, la nature semble reprendre ses droits à différents endroits du globe, et sous différentes formes. En France aussi la vie sauvage semble par petites touches reconquérir l’espace, avec un loup observé à Courchevel ou encore une activité animale plus importante dans le parc national des Calanques. Paris n’est pas en reste. Et pour cause.

La pollution a considérablement chuté – la qualité de l’air n’a jamais été aussi bonne en Ile-de-France depuis 40 ans – le bruit a considérablement baissé, « un silence inhabituel a envahi l’Île-de-France », note Bruitparif ; et les Parisiens sont cloîtrés chez eux ou ont fui la capitale. Pas moins de 17 % de la population parisienne auraient quitté Paris entre le dimanche 15 et le lundi 16 mars pour rejoindre les maisons de famille, secondaires ou louées pour l’occasion, selon les données de géolocalisation collectées par Orange. Ce qui est certain, c’est que beaucoup vivent mieux sans eux. A commencer par la nature – la faune et la flore – qui reprend ses droits dans les parcs, bois et jardins.

« Ils se réapproprient le territoire laissé vacant par l’homme »

« Les animaux et les végétaux se réapproprient le territoire laissé vacant par l’homme », se réjouit Xavier Japiot, expert naturaliste à la Ville de Paris. A commencer par le végétal : « Les plantes vont profiter de l’absence de gens qui d’habitude tondent, fauchent, piétinent, pour monter en fleurs. Elles vont pouvoir être pollinisées par des insectes et ainsi attirer des oiseaux, puis faire des graines et relancer une nouvelle population végétale. C’est extraordinaire », détaille le spécialiste. Du côté des animaux, aussi le confinement a des effets bénéfiques.

S’il n’y a pas d’afflux massifs d’animaux, ceux qui sont là, vivent mieux : « Ils se reproduisent, et certains sortent en plein jour », note Xavier Japiot. Aussi, l’humain observe et tend davantage l’oreille sur ce monde qui se déroule sous ses fenêtres. Ils semblent même profiter du spectacle de la vie et de la nature : Un événement gratuit qui lui apporte actuellement joie et plaisir. A l’image de la (re) découverte des oiseaux, comme nous l’évoquions au jour 2 du confinement.

« Paris est devenu plus silencieux et on peut entendre beaucoup plus facilement les chants d’oiseaux notamment avant le lever du soleil et en fin d’après-midi. Mais ils n’ont pas bougé », expliquait Emmanuel du Chérimont, membre du conseil territorial de la LPO Ile-de-France. En fait, ce sont simplement les Parisiens qui se sont arrêtés. « Ils étaient déjà là, mais on ne les entendait pas, on ne prenait pas le temps de les écouter. On n’y prêtait plus attention », complétait-il. Des canards ont notamment été aperçus sur le bitume parisien et aussi des poussins sur le périphérique, mais Xavier Japiot, énumère d’autres espèces qui profitent de l’absence humaine.

Renard, chevreuils, grenouilles et hérissons

« On commence à revoir des renards et des fouines dans les parcs et jardins. On les voit même déambuler en plein jour alors que le renard est plutôt un animal nocturne et crépusculaire. Mais en ce moment, comme il n’y pas plus d’humains, il n’y a plus de risques, et il sort plus facilement », assure Xavier Japiot. Près de 1.600 espèces animales sont recensées habituellement dans la capitale : hérissons, fouines ou lapins aiment en effet la vie parisienne. Et le spécialiste précise : « Les chevreuils sortent aussi en plein jour dans les bois car il y a moins d’impacts, moins de promeneurs, de chasseurs, de dérangement ». Il liste d’autres animaux qui profitent de ce temps de confinement, notamment pour se reproduire : Les hérissons, les grenouilles. Enfin, quid du rat ?

« C’est un opportuniste, comme l’humain. C’est une espèce qui profite de nos poubelles, mais nous produisons actuellement un peu moins de déchets, donc la population ne devrait pas profiter de ce moment pour se reproduire davantage », dit-il. Mais le confinement est-il une vraie pause pour la faune sauvage ?

Samuel Challéat, géographe de l’environnement et chercheur invité au laboratoire Géode du CNRS, à Toulouse, tempère tout de même l’idée d’un grand et soudain ré-ensauvagement du monde. « Il ne faut pas s’attendre, par exemple, à ce que les espèces qui avaient fini par quitter les villes y reviennent subitement, prévient-il. Ni que ces quelques semaines de confinement se traduisent par un bond extraordinaire de la vie sauvage, en population ou en diversité des espèces. », expliquait-il à 20 Minutes dans ce papier du service Planète.

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