Coronavirus : Les maladies du foie et troubles liés à l’alcool réduisent l’accès à des soins de qualité

Pour les patients alcooliques ou atteints d’une cirrhose hospitalisés à cause du Covid-19, le risque de mourir était plus important que pour d’autres en 2020, mais cela pourrait venir d’un moins bon accès aux soins, selon une étude française.

Les résultats « suggèrent qu’une limitation des thérapeutiques actives pourrait avoir contribué à la surmortalité des patients souffrant auparavant d’une maladie grave du foie ou de troubles liés à la consommation d’alcool », selon ces travaux présentés cette semaine au congrès international du foie.

Une mesure de l’accès aux soins par catégorie de patients

« C’est, à ma connaissance, la première étude qui fait état d’une forme de sélection des patients en France, en mesurant l’accès aux soins par catégorie de patients », commente son premier auteur, Vincent Mallet, professeur d’hépatologie et d’addictologie à l’Hôpital Cochin de Paris.

Par exemple, le fait d’être fumeur ou ex-fumeur n’est pas associé à un moins bon accès à l’intubation et à la ventilation artificielle, alors que c’est le cas pour les patients avec un trouble de consommation d’alcool. L’étude montre que le fait de souffrir de troubles de la consommation d’alcool ou d’une maladie chronique du foie (cirrhose grave, cancer…) a réduit d’un quart les chances d’être intubé en cas de Covid-19 sévère, selon le Professeur Mallet.

Un problème de stigmatisation

Des études précédentes avaient déjà identifié les malades du foie comme étant à risque de Covid grave. Mais la spécificité de celle-ci est de faire le lien entre leur surmortalité et un moins bon accès aux soins, précédemment constaté dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis. L’étude, qui a seulement pour but de dresser des constats, n’avance pas d’hypothèse pour expliquer ces différences. Mais le Vincent Mallet relève que les problèmes d’alcool vont souvent de pair avec la précarité.

« C’est une étude importante », qui s’appuie sur des « données solides », estime pour sa part Thomas Berg, secrétaire adjoint de l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL), organisatrice de ce congrès virtuel. Selon lui, ces résultats reflètent un phénomène qui existait avant le Covid-19 : les malades du foie tendent souvent à être traités différemment des autres. « Il existe encore un certain niveau de stigmatisation autour de la maladie du foie », car « il y a toujours la perception qu’elle est auto-infligée, liée à la drogue ou à l’alcool », estime-t-il.

Un taux de mortalité supérieur

L’étude porte sur les patients hospitalisés pour Covid-19 en France pendant les deux premières vagues de l’épidémie. L’analyse a porté sur les 259.110 patients adultes atteints de Covid-19 admis à l’hôpital en 2020 d’après la base nationale de données hospitalière (le PMSI) comportant les diagnostics, décès, et interventions comme l’intubation et la ventilation mécanique.

Près de 16.000 avaient un diagnostic de maladie chronique du foie et 10.000 des problèmes d’alcool avant l’hospitalisation. Si on prend l’ensemble des patients, le taux de mortalité à l’hôpital était de 15 %. Mais il montait à 20 % (soit un sur cinq) pour les patients avec une maladie chronique du foie.

Les patients avec une maladie du foie moins sévère n’avaient pas un risque de surmortalité mais avaient un taux de ventilation plus élevé. Au total, plus de 38.200 malades du Covid sont décédés à l’hôpital sur les 65.000 morts de l’épidémie enregistrés en 2020 par les autorités sanitaires.