Coronavirus : « Les discours délirants explosent »… Les sectes s’adaptent et surfent sur la crise

Pendant le confinement, les mouvements sectaires concentrent leurs efforts sur Internet. Illustration. — Daina Le Lardic / Isopix / Sipa

  • Les périodes de crise sont traditionnellement favorables au développement des discours sectaires.
  • Les sectes ont adapté leur fonctionnement au confinement dû au coronavirus, et ciblent Internet encore plus qu’en temps normal.
  • La Miviludes détaille leurs stratégies pour conquérir de nouveaux adeptes, souvent fragilisés par l’isolement.

D’ordinaire, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) reçoit entre 200 et 250 signalements par mois. Mars se situe dans la fourchette basse, malgré l’épidémie de coronavirus. « Nous avons reçu 35 signalements directement en lien avec la crise sanitaire », précise la Miviludes, interrogée par 20 Minutes.

Le chiffre brut n’est pas considérable, alors que les périodes anxiogènes se révèlent traditionnellement favorables aux vendeurs de solutions clés en main. Mais la vérité est ailleurs que dans ce constat. Plus exactement, sur Internet.

« On fait de la veille et on constate que les discours délirants explosent, explique l’organisme gouvernemental. Des gens profitent de cette période, où certaines personnes, parfois déjà vulnérables, se retrouvent isolées et donc encore plus fragilisées. Cela aura des conséquences dans quelques mois. » Une sorte de « deuxième vague », en fait.

Une grande faculté d’adaptation

La Miviludes ne rencontre pas (encore ?) forcément de nouveaux venus dans le monde de la manipulation mentale. « Tous les mouvements que l’on connaît déjà et qui sont inquiétants ont un discours sur le coronavirus. Ils se servent de cette crise pour conforter leurs théories, quitte à les réadapter un peu. Leur discours c’est : « on vous l’avait bien dit ! » »

Faute de pouvoir rencontrer physiquement leurs cibles, pour cause de confinement, les sectes s’adaptent. Certains mouvements prosélytes n’écument plus les marchés et ont remisé pour un temps le porte-à-porte. Ils font désormais du démarchage téléphonique ou du boîtage, façon campagne électorale.*

Autre initiative opportuniste : de soi-disant thérapeutes proposent leurs services pour une préparation physique ou un soutien psychologique.

Méthodes de respiration, jeûne pour les (trop) jeunes…

« On avait déjà vu cela après les attentats du 13 novembre 2015, auprès de personnes traumatisées, reprend la Miviludes. On voit apparaître des offres de médecine alternative, du travail sur la respiration, étant donné que le Covid-19 se manifeste par des troubles respiratoires. Par ailleurs, comme il apparaît que le diabète et le surpoids sont des facteurs aggravants, des mouvements vendent des méthodes de jeûne, avec des stages qui coûtent très cher. Le souci, c’est qu’ils préconisent même de faire jeûner de jeunes enfants, ce qui est très problématique. »

Des pseudoscientifiques affirment par ailleurs que les bains froids peuvent permettre de résister au coronavirus. Et les notions de méditation ou de développement personnel sont par ailleurs assez vastes pour dissimuler parfois des démarches peu avouables. Autre thème en vogue : la « punition divine » sur fond d’apocalypse imminente, « par des prédicateurs ou des religieux dans toutes les obédiences ».

« Il est trop tôt pour dire si ces stratégies d’adaptation auront un impact large, concède la Miviludes. Mais il est hélas quasi certain que l’augmentation de l’angoisse et de l’isolement ou la déstabilisation provoquée par une situation inédite créent un terreau favorable aux discours complotistes et aux dérives sectaires. »

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