Coronavirus : « Les crises d’angoisse devenaient tellement invivables qu’à un moment, je ne voulais plus vivre »

«Ma tête et moi» : Le boom des crises d’angoisse chez les jeunes anxieux — 20 Minutes

La boule au ventre, les muscles qui se tétanisent, la parole empêchée. Cette montée d’angoisse, Axelle, 18 ans, la ressent régulièrement depuis le début de son adolescence. La Bretonne souffre d’anxiété généralisée. Avec l’arrivée du coronavirus, ses crises se sont amplifiées. « Quand Emmanuel Macron a dit qu’on était reconfiné (le 28 octobre), j’ai fondu en larmes et je suis partie en crise. » Pour éviter la bouffée d’angoisse, la jeune femme a besoin de tout prévoir. Alors quand elle a compris qu’elle ne pourrait savoir ce qui allait se passer dans les prochains mois, son anxiété est revenue de plus belle.

Comme elle, de nombreux jeunes sont victimes de crises d’angoisse depuis l’arrivée du Covid-19. Si ces crises peuvent être liées à un tas de pathologies (phobie, TOC, stress post-traumatique), celles causées par l’anxiété se sont multipliées en cette période anxiogène. Selon une étude de l’IFOP parue le 12 novembre, l’annonce du reconfinement (ou du couvre-feu, selon la zone géographique) a accru le nombre de personnes victimes d’anxiété de 27 %. Peur de mourir, isolement social, surexposition aux chaînes d’info en continu, peur de contaminer ses proches, les raisons d’angoisser sont aussi nombreuses que les types de crises variés. Et pour les personnes concernées, la vie est d’autant plus compliquée.

L’impression d’être en train de mourir

Chez Romane, lycéenne de 16 ans, l’isolement lié au confinement a engendré une anxiété généralisée. Trois jours après sa rentrée en classe de première, elle fait une crise d’angoisse en plein cours d’anglais. « Mes mains tremblaient. Je pleurais. J’avais l’impression d’être en train de mourir. Je suis sortie de la classe et j’ai appelé ma mère. Ça m’a traumatisée. »

Si les crises d’angoisse ont augmenté chez certaines personnes qui en faisaient déjà avant la pandémie, elles sont apparues chez d’autres. Elles ont commencé chez Camille, infirmière de 25 ans, au début du second confinement. « Mon cœur battait si fort que je pensais qu’il allait s’arrêter de battre. J’avais des crampes au ventre qui m’obligeaient à rester prostrée. J’étais incapable de rester debout. » En 25 ans, elle n’avait fait que deux crises d’angoisse dans sa vie. Lors du second confinement, elle pouvait en faire jusqu’à quatre par jour.

Un cercle vicieux d’angoisse

Des symptômes que Charlie, étudiant de 24 ans, a lui aussi ressenti dès le premier confinement. « Ma mâchoire se crispait tellement que je n’arrivais plus à m’alimenter. Ma bouche rejetait tout aliment, comme si j’allais m’étouffer. » Un soir, dans son lit, il est pris d’une violente crise. Son copain se réveille et tente de le calmer. « Mais dans mon corps je me sentais partir. J’ai failli faire un malaise sous ma douche juste après. »

Son anxiété montant, la peur de se rendre aux urgences l’envahit car le jeune homme a l’impression que s’il s’y rend, il n’en ressortira pas. Plus l’anxiété monte, plus ce type de pensées terrifiantes s’installe dans son cerveau et plus l’angoisse ressurgit, créant un cercle vicieux. Il en va de même des difficultés respiratoires, symptomatiques de la crise d’angoisse mais aussi du Covid-19, et donc sources de stress.

Différencier l’anxiété pathologique et non pathologique

Le psychiatre Nicolas Neveux tient à rappeler qu’une anxiété, si elle est adaptée, est logique, voire nécessaire. « Dans n’importe quelle situation où l’esprit a l’impression qu’il peut y avoir un danger, il va nous avertir en créant de l’anxiété. C’est un signal d’alarme. » Un danger de mort, une angoisse sur le futur, une peur pour un proche, une situation d’imprévu, tous ces éléments peuvent conduire à une augmentation de la fréquence cardiaque.

Ce n’est que dans certains cas qu’elle s’avère problématique. « Le côté pathologique de l’anxiété n’est pas lié à l’intensité de la crise ou à son côté désagréable mais au caractère adapté aux signaux réels. » Par exemple, faire une crise d’angoisse à la suite d’une agression est rationnel. Mais rester tétanisé, sentir sa gorge se nouer et ressentir des tremblements dans tout le corps car on a raté son bus l’est moins.

La nécessité d’un diagnostic

Axelle fait partie de cette seconde catégorie. Elle souffre d’un trouble anxieux généralisé dû à un stress post-traumatique. Ses bouffées d’angoisse sont très compliquées à gérer car elles peuvent survenir à n’importe quel moment. « Les crises devenaient tellement invivables qu’à un moment, je ne voulais plus vivre. Je me disais que si ma vie en était rythmée, elle ne servait à rien. » De janvier à novembre 2020, la Bretonne effectue trois séjours à l’hôpital en raison de sa dépression liée à son anxiété. De son côté, Camille prend des anxiolytiques pour la première fois de sa vie. Chacune fait moins de crises depuis.

Pour Nicolas Neveux, le plus important est de consulter un médecin en cas d’angoisses récurrentes. « Derrière une angoisse, il faut poser un diagnostic, car elle peut être due à un tas de choses. »

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Cet article et la vidéo qui l’accompagne constituent le premier numéro du nouveau programme de 20 Minutes, intitulé « Ma tête et moi », consacré à la santé mentale des jeunes. Le but : comprendre certaines pathologies grâce aux témoignages de jeunes concernés et tenter de trouver des solutions pour aller mieux.

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