Coronavirus : Le sport ferme boutique, priez pour lui (et pour nous)

Snif… — GETTY/UEFA / AFP

  • A partir de dimanche soir, il n’y aura plus aucune compétition sportive pendant au moins un mois
  • On ne sait pas trop quoi faire, mais on voulait en parler avec vous. Voilà.

C’est une fin de semaine à mordre dans toutes les petits bonheurs qu’il nous reste. Une poursuite de biathlon, évidemment, même si Johannes Boe la gagne. Une arrivée entre grimpeurs sur les hauteurs de Nice, même si Tibo Pinot doit se faire une blessure de footballeur. Un Galles-Ecosse dans un Millenium plein à craquer, même si ce foutu Grand Chelem nous tendait les bras. Et puis soyons fous, un Augsbourg-Wolfsburg à huis clos dimanche en fin de journée, même si on avait juré de ne jamais regarder la Bundesliga sans le couteau de Jean-Charles Sabattier sous la gorge.

La fin du monde dimanche soir

Après, ce sera la nuit noire. Plus de Ligue 1, plus de C1, plus de championnats nulle part, plus de top 14, plus de NBA, plus de vélo, plus de golf, PLUS RIEN. Même le bridge nous a lâché. Le bridge, les amis. Pour une semaine, pour deux, pour trois, pour toujours. Pour trop longtemps, quoi qu’il en soit.

La dernière fois ? La dernière fois, on ne sait pas. Ah si, la guerre. Et encore pas toute, c’est l’avantage de la perdre tôt. Dire qu’il y a une semaine encore on se rassurait les uns et les autres en se disant qu’au pire du pire du pire, le huis clos, c’était mieux qu’une clôture définitive. A quoi ressemble une vie sans sport ? A quoi va ressembler la vie de ceux qui aiment le sport ?  Enfin pour ceux qui n’ont pas d’enfants à garder…

Une vie dénudée, une vie dénuée de tout. Une vie où consulter l’appli de l’Equipe et de 20 Minutes sport devient vide de sens. Pas la vie comme en été, puisque ça fait longtemps que le calendrier sportif prive nos esprits de grands malades de la moindre échappée, à coups de matchs amicaux, de championnats du monde ou d’Europe, de mercato permanent. Et puis l’été, il reste encore la plage, le rosé, les couchers de soleil du bassin d’Arcachon à se raconter que les Petits Mouchoirs de Canet c’était naze, mais bon regarde on est pas en train de faire la même chose là ? Non, ici on parle de l’homme face à lui-même, ce qui n’est jamais beau à voir. L’homme pour qui Netflix ou OCS ne représentent que des Placebos insipides, d’autant qu’il a déjà maté tout Narcos et la saison 2 de Sex Education.

La douce vie de ceux qui n’aiment pas ça

Il y a quelques jours, on était tombés sur un joli texte d’un confrère espagnol sur le temps perdu par les amoureux du sport. Deux ans d’une vie dans nos âges, sans doute plus dans notre cas, si l’on a l’honnêteté de compter les 1256 fois où une faiblesse passagère nous a conduits à relancer la vidéo « best backhands from Richard Gasquet » ? 1/10, 2/10, 3/10…. deux ans de retard sur ces semblables capables de trouver leur plénitude dans l’ignorance la plus totale qu’au moment même où ils se frottent les mains de découvrir en avant-première cette expo Chagall ou de finir tout Romain Gary, Umtiti casse la démarche de la Belgique.

Deux ans de retard sur cet inconnu du métro qui nous a peut-être piqué la femme de notre vie un mercredi soir, parce que ce Barça-PSG l’indifférait au plus haut point. Mieux encore, il n’en avait pas entendu parler, une prouesse qui n’a jamais cessé de provoquer une forme de jalousie mal assumée chez nous. Comment ces gens font-ils pour supporter la vacuité de l’existence sans aimer le football ?

Pourtant, au pied du mur, la jalousie n’existe plus. Les deux ans de retard non plus. A vrai dire, on serait même prêt à les remettre au pot si on nous assurait que tout ça n’était qu’un cauchemar, et que oui, on pourrait le rédiger ce papier pour dire que Maxwel Cornet est un criminel de guerre​ d’avoir envoyé ce penalty à côté alors que la qualif tendait les bras aux Lyonnais contre la Juve. Nous revient en mémoire une citation lumineuse de l’écrivain sud-américain Eduardo Galeano pour finir. « Comment expliqueriez-vous le bonheur à un enfant ? ». « Je ne lui expliquerais pas, je lui lancerais un ballon pour qu’il joue avec ». De grands enfants privés de bonheur, voilà où nous en sommes.

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