Coronavirus : Le plasma thérapeutique, une piste prometteuse pour les patients atteints du Covid-19

Illustration de don de plasma. — Pixabay

  • Un essai clinique français a débuté mardi, pour voir si le transfert de plasma de patients guéris du coronavirus peut aider ceux en début de maladie.
  • Concrètement, 200 anciens malades sont contactés pour donner leur plasma lors d’une collecte de l’Etablissement français du sang, plasma qui sera injecté à 30 patients mardi prochain. Le but : voir si ce plasma thérapeutique leur évite de présenter des formes graves de la maladie.
  • Si cet essai clinique, dont on devrait avoir des résultats d’ici à deux semaines, est positif, ce plasma thérapeutique pourrait être une des solutions pour traiter les cas les plus graves.

Dans la myriade d’essais cliniques qui se sont lancés ces dernières semaines, il en est un qui dénote par son originalité. Il ne s’agit pas ici de proposer aux patients atteints du nouveau coronavirus un médicament, ou  de tester les réponses immunitaires du corps, mais de s’appuyer sur les anticorps d’un malade pour aider un autre patient à mieux lutter contre cette pathologie.

Comment ? En transférant le plasma d’un patient guéri à un malade au début de sa pathologie. 20 Minutes vous en dit davantage sur cet essai clinique français.

Pourquoi le plasma ?

Le plasma est la partie liquide du sang qui transporte notamment les anticorps, ces protéines qui détectent et neutralisent les agents pathogènes. « Ce plasma va conférer une immunité passive au malade à qui on transfère ces poches de sang, résume Karine Lacombe, chef du Service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP), qui dirige cet essai clinique. Ce don de plasma va renforcer ses défenses immunitaires et lui permettre de combattre plus efficacement le virus. »

Une initiative innovante ? Oui pour le coronavirus, mais ce principe est connu depuis des siècles. « C’est le même principe que le vaccin : on vous injecte une petite molécule du virus, ce qui permet à votre système immunitaire de le reconnaître, vos cellules la gardent en mémoire, souligne Frédéric Altare, directeur de recherche à l’ Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et immunologiste. Quand vous rencontrez ce virus à nouveau, vos cellules vont aller l’attaquer rapidement. » Or, on sait qu’il faut environ une semaine pour que le corps sécrète ces anticorps anti-Covid-19. Ce transfert de plasma permet donc de gagner du temps…

C’est en tout cas l’hypothèse que cet essai doit vérifier. « Il y a eu une étude chez les chimpanzés qui a montré que ça marchait très bien, et une étude chinoise sur des patients atteints de coronavirus intubés, précise l’infectiologue. Mais avec seulement cinq cas et sans « groupe contrôle » [des patients qui ne reçoivent pas ce plasma]… Pour être sûr que l’amélioration est bien due au plasma, nous aurons pour cet essai un groupe de 30 patients avec plasma et un autre de 30 patients qui recevront une prise en charge standard. »

Comment l’essai clinique va-t-il se dérouler ?

Mardi 7 avril, le seul essai clinique français sur ce sujet, baptisé COVIPLASM, a été lancé, piloté par l’Inserm, l’Etablissement français du sang (EFS) et l’ Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Concrètement, 200 patients guéris (c’est-à-dire sans symptômes depuis quatorze jours), dans trois régions (Ile-de-France, Grand Est, Bourgogne Franche-Comté), vont être contactés par l’EFS pour les inviter à donner leur plasma. Objectif : récolter 600 unités de 200 ml de plasma.

Dès mardi prochain, 30 patients, malades depuis cinq ou six jours, recevront ce plasma riche en anticorps lors de deux transferts, à 24 ou 48 heures d’écart, dans plusieurs hôpitaux de l’AP-HP. « Cet essai français se focalise sur des patients en début de maladie avec un profil qui nous fait craindre une forme sévère, c’est-à-dire des sujets âgés ou avec d’autres pathologies », détaille Cathy Bliem, directrice générale adjointe de l’EFS.

D’autres essais cliniques, menés chez nos voisins européens, s’intéressent à ce plasma thérapeutique. « Un essai en Allemagne teste le plasma convalescent pour les patients très sévères en réanimation. On pourra donc comparer nos résultats, reprend-elle. Pour voir quel schéma thérapeutique est le plus adapté et pour quel patient. Notamment savoir quelle dose de plasma transférer et à quel moment de la maladie. »

Timing et précautions

Cette expérience va connaître deux phases. D’abord, celle de l’essai clinique. Avec une rapidité rare : les autorisations ont été obtenues en quelques jours ; le recrutement a commencé, puisque 15 patients guéris se sont déjà portés volontaires mardi… Et les premiers résultats sont attendus dans quinze jours.

Si l’essai conclut à une efficacité et pas d’effets secondaires, on pourra élargir le protocole à d’autres régions et à un grand nombre de patients. Voilà pourquoi l’EFS propose sur son site aux personnes qui ont été malades (avec ou sans test), guéries depuis quatorze jours et qui souhaitent donner leur plasma, d’envoyer leurs coordonnées pour être contactés par email et participer à cette collecte assez spéciale. A certaines conditions, tout de même : elles doivent répondre à tous les critères classiques des donneurs de sang, mais également avoir fait une forme symptomatique du coronavirus, sans être passé en réanimation.

Evidemment, le but n’est pas de transférer le virus d’un corps à un autre. « Ce plasma est traité : on va rechercher notamment le VIH, le Covid-19, rassure Karine Lacombe. S’il est contaminé, il n’est pas utilisé. Et si jamais il y avait des résidus de virus inconnu, on peut imposer un processus d’inactivation de façon à ce que le plasma soit indemne. » Par ailleurs, les tests sérologiques réalisés sur ce plasma permettront de quantifier les anticorps (utiles pour les patients qui n’ont pas bénéficié d’un test coronavirus) et de vérifier qu’ils sont neutralisants.

« Une voie prometteuse »

Y aura-t-il assez de volontaires ? Pour la première étape, aucun doute. L’EFS et les médecins croulent déjà sous les propositions… Pour l’éventuelle deuxième phase, où il faudra faire appel à la solidarité nationale, les médecins responsables de l’essai ont peu d’inquiétudes. « Le fait de savoir qu’il y a un but précis peut encourager à donner son plasma, avance Karine Lacombe. D’autant plus qu’il s’agit d’anciens malades, parfois des soignants, qui savent combien ils ont souffert. La démarche altruiste peut être plus importante. Je ne pense pas qu’on aura des difficultés à trouver des donneurs. » Même s’il reste des interrogations. « On est en train de travailler pour savoir de combien de plasma on aurait besoin », ajoute Cathy Bliem.

Pourquoi cela pourrait-il révolutionner la prise en charge du Covid-19 ? « C’est une voie thérapeutique prometteuse, assure Karine Lacombe. Mais cela ne va pas remplacer tous les traitements, et cela s’adresse aux patients en réanimation. C’est-à-dire moins de 20 % des patients, mais les plus graves. »

Ce plasma pourrait-il servir à imaginer des médicaments pour lutter contre le Covid-19 ? « Il arrive qu’on extraie du plasma des anticorps pour fabriquer des médicaments dérivés du sang, explique Cathy Bliem. Aujourd’hui, par exemple, on a des donneurs de sang qui ont un plasma riche en anticorps pour lutter contre le tétanos ou l’hépatite B, qui peut être utilisé par des laboratoires pharmaceutiques. Mais dans cet essai clinique, on ne prélève pas pour extraire les anticorps, mais pour utiliser le plasma. »

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Une autre étude de l’EFS pour mesurer le taux d’immunité

Pendant le confinement, le don de sang ne s’arrête pas. En plus de sauver des vies, vous pourriez aider la recherche. En effet, l’EFS va réaliser des études, avec l’Institut Pasteur, sur les dons pour rechercher la présence d’anticorps contre le coronavirus dans un échantillon représentatif des donneurs de sang. Objectif ? Tenter d’avoir une photographie de la propagation du virus en France. « Le taux d’immunité dans la population par région est une information très importante. Si demain, on sait que seulement 20 % des Français ont rencontré le virus, il faudra sans doute continuer le confinement », explique Cathy Bliem, de l’EFS.

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