Coronavirus : Le jeu ambigu de Trump avec le Dr Fauci, star de sa « task force »

Le Dr Anthony Fauci et Donald Trump à la Maison-Blanche, le 13 avril 2020. — AFP

Il assure que « Tony » fait un travail formidable mais donne des gages à ceux qui l’attaquent : Donald Trump joue un jeu ambigu avec le Dr Anthony Fauci, véritable star de la cellule de crise coronavirus de la Maison-Blanche.

A plusieurs reprises, cet expert de 79 ans reconnu mondialement a dû, en finesse, recadrer le président des Etats-Unis, rectifier le tir après ses propos approximatifs ou erronés sur les vaccins ou traitements à venir contre le Covid-19. Par moments, Donald Trump, qui a souvent manifesté son mépris pour la science, a laissé poindre une forme d’agacement vis-à-vis de cet immunologiste qui met inlassablement en garde contre les dangers d’un déconfinement trop rapide.

Le ton est monté d’un cran ce week-end lorsque le locataire de la Maison-Blanche a retweeté un message contenant la mention #FireFauci, « Virez Fauci » après des propos de ce dernier semblant critiquer la réponse de la Maison-Blanche.

« Je ne vais pas le virer, je pense que c’est un type fantastique »

Or la polémique intervient au moment où le président américain martèle qu’il s’apprête à prendre la décision « la plus importante de (sa) vie » sur une éventuelle réouverture de l’économie. Moins de 24 heures après le « retweet » qui a mis le feu aux poudres, la Maison-Blanche a senti le besoin de clarifier les choses.

Non, le directeur du prestigieux Institut national des maladies infectieuses ne sera pas exclu de la cellule au beau milieu d’une pandémie qui a déjà fait plus de 23.000 morts aux Etats-Unis. « Les spéculations médiatiques sont ridicules », a affirmé Hogan Gidley, porte-parole de la Maison-Blanche. « Je ne vais pas le virer, je pense que c’est un type fantastique », a surenchéri peu après Donald Trump lors d’un point de presse au cours duquel il s’est montré particulièrement agressif vis-à-vis de la presse.

Après avoir diffusé dans la salle de presse de la Maison-Blanche une vidéo ressemblant à un clip de campagne fait d’un enchaînement de propos louangeurs, il a justifié cette surprenante démarche. « A cause des Fake News, j’aime pouvoir rectifier le tir (…) Cela ne me dérange pas d’être critiqué, mais pas quand les gens ont tort ».

Fauci approuvé par 78 % des Américains, contre 46 % pour Trump

La décision de Donald Trump de ne pas modifier la composition de sa « task force » n’est pas véritablement une surprise. Si, depuis trois ans, le tempétueux président, qui revendique un fonctionnement « à l’instinct », n’hésite pas à remercier sans ménagement les conseillers qu’il juge déloyaux, Anthony Fauci apparaît presque indéboulonnable. Au-delà de ses compétences unanimement reconnues, cet homme à la voix rocailleuse et au sourire malicieux n’a rien du chercheur perdu sous la lumière des projecteurs à la sortie de son laboratoire.

Sans rien sacrifier à la rigueur scientifique, celui qui a conseillé six présidents américains sait manœuvrer. Il a du charme, de l’humour, et en joue habilement pour faire passer ses messages. Selon un sondage publié par Quinnipiac University la semaine dernière, il est la personnalité à laquelle les Américains font le plus confiance face à la terrifiante pandémie. Les chiffres sont clairs : 78 % des personnes interrogées approuvent son action, contre 46 % pour Donald Trump.

Revenant sur ses propos sur CNN qui avaient mis le feu aux poudres, le scientifique a assuré avoir mal choisi ses mots. Et assuré que, à chaque fois qu’il avait fait une recommandation formelle au président, celui-ci avait mis en place des mesures. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il avait tenu à faire cette mise au point, il a vivement réagi : « Tout ce que je fais est volontaire, s’il vous plaît, épargnez-moi ces allusions ». Le gouverneur de l’Etat de New York Andrew Cuomo, dont les points de presse quotidien sur la pandémie sont suivis bien au-delà de son Etat, fait, à dessein, régulièrement référence au Dr Fauci. « L’avis des politiques ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est ce que les experts ont à dire », a-t-il martelé lundi en évoquant ses réflexions en cours sur le rythme du déconfinement à venir.

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