Coronavirus : Le confinement miné par les errements de com’ et la bombe Buzyn

Edouard Philippe — obin Letellier/SIPA

  • Le chef de l’Etat a pris des mesures inédites dans l’histoire récente de la France en annonçant notamment une restriction sévère des déplacements de la population pour lutter contre l’épidémie du coronavirus.
  • Cette décision historique a été entachée par une polémique sur la communication du gouvernement.
  • L’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a également fragilisé l’exécutif en affirmant avoir prévenu dès janvier Édouard Philippe et Emmanuel Macron de l’impossible tenue des municipales à cause de l’épidémie.

« Nous sommes en guerre. » Ce lundi soir, Emmanuel Macron a martelé ce message à plusieurs reprises. Le chef de l’Etat a pris des mesures inédites dans l’histoire récente de la France en annonçant notamment une restriction sévère des déplacements de la population pour lutter contre l’épidémie du coronavirus.

Après plusieurs jours de temporisation et le maintien du premier tour des municipales, le président de la République a finalement décidé de prendre exemple sur l’Italie et l’Espagne, les deux pays européens actuellement les plus touchés par la pandémie, comme le demandaient certains scientifiques. Mais cette décision historique de confinement a été entachée par une communication parfois hésitante et une « bombe » lâchée ce mardi par l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Polémiques autour du confinement

Dans son allocution lundi soir, le président n’a pas utilisé le terme de confinement, suscitant la critique de certains opposants. Marine Le Pen a ainsi dénoncé sur BFMTV des instructions pas « suffisamment claires pour que chacun comprenne qu’il s’agit de confinement ». La présidente du RN a remis le couvert ce mardi, demandant au gouvernement de se conformer aux recommandations du Conseil scientifique d’un confinement « strict » de la population. Même topo pour Olivier Faure, le patron du PS : « Il faut poser les mots. Nous devons passer à un confinement à l’italienne. Nous ne pouvons plus perdre de temps, annoncer des mesures graduelles toutes les 24 heures. »

Contrairement au chef de l’Etat, les ministres n’ont pas hésité, eux, à utiliser le mot de « confinement ». Christophe Castaner a d’ailleurs tenté de durcir le ton, ce mardi midi, insistant sur le fait que la France avait bien pris « des mesures de confinement strictes, les plus strictes d’Europe ». Le ministre de l’Intérieur a également rappelé que les Français ne respectant pas les consignes s’exposeraient à des amendes. « Nous nous tenons prêts à sanctionner. »

Mais dans le même temps, Sibeth Ndiaye semblait temporiser. « Nous devons laisser du temps aux Français pour s’habituer à cette nouvelle donne, je ne peux pas vous dire à la minute près quand on commencera à mettre des amendes effectives », répondait la porte-parole du gouvernement.

« Le gouvernement a la volonté d’être ferme et rassurant, mais il navigue à vue avec les informations des scientifiques. Il y a eu des errements depuis jeudi, car la situation évolue vite et l’exécutif prend au dernier moment ses décisions », remarque Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bourgogne Franche-Comté. « Dans la communication de crise, il y a aussi probablement une volonté de ne pas plonger les Français dans la psychose. »

La bombe lâchée par Agnès Buzyn

En pleine crise sanitaire, l’exécutif se serait bien passé d’une polémique. Elle est arrivée avec fracas ce mardi après les déclarations d’Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé, au Monde. « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu […] Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade ».

Surtout, la candidate La République en marche à la mairie de Paris dit avoir alerté l’exécutif dès janvier sur le danger du virus : « Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. »

Si, quelques heures plus tard, Agnès Buzyn a regretté l’emploi du terme « mascarade », assurant qu’il « concernait le fait de débuter des discussions de fusions de listes électorales dans le contexte » de coronavirus, ses déclarations ont entraîné de nombreuses critiques de l’opposition. Des « aveux consternants » pour Jean-Luc Mélenchon. Le patron des insoumis a mis la pression sur le gouvernement. « A-t-elle su et prévenu trois mois avant ? Et dans ce cas, pourquoi rien n’a-t-il été fait ? » Le député LFI a appelé la mission d’information décidée mardi matin en conférence des présidents à l’Assemblée nationale de « se saisir de ces aveux ».

Le vice-président du Rassemblement national Jordan Bardella a évoqué « une bombe » sur Twitter : « Agnès Buzyn admet donc que le gouvernement savait que l’épidémie allait être gravissime, et qu’il a tenté de faire comme si de rien n’était ? ! Il faudra qu’ils rendent des comptes ! »

Interrogée sur ces propos à l’issue du conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a botté en touche, en saluant « l’engagement » d’Agnès Buzyn dans « la gestion de cette crise ». Édouard Philippe, invité ce mardi soir au 20 h de France 2, devrait répondre à son ancienne ministre.

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