Coronavirus : La vie rêvée des confinés dans la cour de leur immeuble

Paris. Benjamin et Izan jouent au football dans la cour de leur immeuble pendant le confinement dû au coronavirus. — M. GANGLER

  • La France déplore désormais plus de 3.000 morts dus au coronavirus. A l’hôpital, 5.000 personnes se trouvent actuellement en réanimation.
  • Pour éviter que l’épidémie ne se propage encore plus rapidement, les Français ont l’ordre de rester confinés chez eux depuis le 17 mars.
  • En Ile-de-France, notamment, c’est pour certains l’occasion de profiter de la cour de leur immeuble afin de respirer sans trop de risques sanitaires.

Sophie a commencé par aménager un parcours dans son appartement de 35 m². Et à sortir sa calculette : « Au total : 33 pas. Je faisais 20 tours, trois fois par jour. Soit environ deux kilomètres. Mais ce n’était pas suffisant… », confesse cette ancienne chasseuse de têtes spécialisée dans le secteur du tourisme. Confinée dans ce logement d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) en attendant de pouvoir regagner sa résidence principale à Orléans (Loiret), elle a alors eu l’idée d’investir la cour de son immeuble. Cet espace sombre et humide qu’elle ne traverse habituellement que le matin et le soir. Une dalle au sol irrégulier frappé de pavés moussus et glissants.

« Chez moi, je n’avais même pas une plante à laquelle donner de l’eau. Alors qu’en bas, il y a un joli érable sous lequel on peut s’installer… » Ni une, ni deux, Sophie a donc donné rendez-vous à sa voisine. Et à 16 h 30, à bonne distance sanitaire l’une de l’autre, elles ont pris le thé sous le vieil arbre. Suffisamment longtemps pour décider d’installer deux chaises en permanence. Et de jeter sur un bout de papier les premières lignes d’un mot qui trône désormais dans le hall d’entrée. « Ces temps de confinement changent nos habitudes et ceci nous offre l’opportunité de voir les choses sous un autre angle (…) Pas besoin d’attestation pour respirer un bol d’air printanier ! », assure-t-il.

Issy-les-Moulineaux, le 31 mars. Deux chaises ont été placées à distance sanitaire dans la cour d'un immeuble pendant le confinement. Issy-les-Moulineaux, le 31 mars. Deux chaises ont été placées à distance sanitaire dans la cour d’un immeuble pendant le confinement. – V. VANTIGHEM

Les premiers pas de Martin, la promenade pour son papa

Sophie n’est pas la seule Francilienne à avoir eu cette idée. C’est l’un des effets inattendus du coronavirus : une nouvelle vie s’offre désormais aux cours d’immeuble. Depuis quelques jours, celle de Jean-Sébastien, un avocat installé dans le 17e arrondissement, accueille les premiers pas de son fils Martin, âgé d’un peu plus d’un an. « Il y a des plantes grimpantes. Pour lui, c’est comme la forêt vierge, se marre son papa. Même pour moi, c’est la promenade de la journée ! »

Avec toutes les précautions d’usage toutefois. Jean-Sébastien a utilisé la boucle WhatsApp de la copropriété pour mettre en place un roulement, avant de se rendre compte que de nombreux voisins avaient en réalité fui Paris. « Au final, on est deux familles à utiliser la cour. On ne se croise pas. » Et quand il descend, l’avocat enfile systématiquement des gants pour ouvrir les portes à son fils.

On redécouvre le plaisir de discuter et le bruit des oiseaux

Les enfants de Maud, eux, sont un peu plus âgés. C’est sans doute pour cela qu’elle a d’abord opté pour l’option promenade autour du pâté de maison, attestation à la main. « On a fait une heure de trottinette. Mais à leur âge (7 et 11 ans), ils touchent à tout et mettent les mains à la bouche. Ce n’est pas possible… » Depuis, Benjamin et Izan se défoulent donc dans le « jardin » de la copropriété. « C’est le bonheur, lâche le plus jeune. On joue au foot et au tennis. Et on observe les insectes… »

Au début, leur mère, réalisatrice de documentaires, les a bien mis en garde contre le bruit qui résonne entre les façades. Mais au fil des jours, elle a été surprise de voir, au contraire, les fenêtres s’ouvrir quand les enfants s’égaillaient dans la pelouse. « Il y a un Monsieur veuf, et une dame à qui je ne parlais pas, détaille-t-elle. Ils passent une tête. Et à bonne distance, on discute chaque jour 15 ou 20 minutes. Ça fait du bien… »

Logique, pour Annaïck Le Bouëdec, chercheur en Sciences de l’information et de la communication. « Dans le quotidien sans confinement, on est très pressés et on se tourne vers une consommation efficace de la conversation. » Maintenant que le temps s’offre à nous, on se rend compte que discuter peut-être une activité sympathique. Écouter aussi, si l’on en croit Sophie. En allant bouquiner dans la cour, elle a été surprise, lors de sa dernière visite, d’être dérangée par… le piaillement des oiseaux.

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