Coronavirus : La Chine a-t-elle minimisé le nombre de décès ?

Des employés de pompes funèbres se désinfectent le 30 janvier à Wuhan après s’être occupés d’une victime du Covid-19. — /AP/SIPA

  • Lundi 30 mars, les autorités chinoises dénombraient 3.305 décès liés au Covid-19.
  • Ce bilan officiel est remis en cause par des photos et des témoignages venus de Wuhan, le point de départ de la pandémie.
  • Si des éléments interrogent sur la fiabilité de ce bilan, la Chine doit s’engager dans un travail statistique plus poussé, qu’elle ne semble pas prête à faire pour l’instant, souligne un chercheur auprès de 20 Minutes.

Premier pays frappé par l’épidémie de Covid-19, la Chine connaît une baisse du nombre d’infections. Lundi 30 mars, le bilan officiel transmis par la Commission nationale pour la santé de Chine s’élevait à 3.305 décès et 81.158 cas confirmés de coronavirus depuis le début de l’épidémie.

Ce bilan a-t-il été sous-estimé ? Le 27 mars, le magazine économique Caixin publie une photo montrant des urnes funéraires entreposées. Le magazine précise que « certains funérariums à Wuhan [point de départ de la pandémie] commencent à autoriser les gens à venir récupérer les cendres de membres de leur famille qui sont morts après la mise en quarantaine. »

Un article publié par Radio Free Asia le même jour a jeté un nouveau doute sur ces chiffres. RFA, financée par une agence fédérale américaine, rapporte des calculs d’internautes chinois, qui estiment que 42.000 urnes funéraires pourraient être rendues aux familles entre le 23 mars et le 5 avril, jour d’une fête dédiée aux morts en Chine. Une autre estimation, basée sur les capacités de crémation des funérariums, fournit le chiffre de 46.800 morts.

Officiellement, la Chine rejette ces questionnements. « Nous n’avons pas sous-estimé [le nombre de décès] », a lancé l’ambassadeur de la République populaire sur l’antenne de BFM TV lundi. « D’après les statistiques de la municipalité de Wuhan, en 2019, on a compté 51.200 décès sur toute l’année, soit à peu près 4.000 par mois en moyenne, a développé Lu Shaye. Comme en hiver, il fait très froid, il y aura plus de décès que la moyenne, peut-être 5.000 par mois. Ce sont des décès normaux. » Les chiffres de la municipalité de Wuhan sont légèrement différents de ceux donnés par l’ambassadeur : les autorités locales avaient enregistré 56.007 incinérations au cours de l’année 2019.

Les funérariums ont connu « une suractivité »

Ces photos d’urnes ou de files d’attente devant les funérariums ne sont pas suffisantes pour établir un calcul de la surmortalité, analyse pour 20 Minutes Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique : « Ces images ne veulent pas dire grand-chose [en elles-mêmes]. Les funérariums ont été fermés à Wuhan depuis le 23 janvier jusqu’à aujourd’hui. Ils les rouvrent car, dans quelques jours, la Chine célèbre la fête des morts [le 5 avril]. Il est très important pour les familles de se rendre au cimetière. Il est donc tout à fait normal qu’il y ait de longues queues. » D’autant, ajoute-t-il, que ces photos « ne montrent pas que des gens qui vont récupérer des cendres de personnes mortes du Covid-19. » A Wuhan, les autorités ont cependant  émis des restrictions au sujet de l’observation de rites pendant cette fête.

Toutefois, les funérariums de Wuhan « ont connu une suractivité » pendant deux mois, souligne le spécialiste, qui explique que des nouvelles réglementations ont été mises en place pour les funérariums de la ville fin janvier : « la crémation est devenue gratuite, les procédures ont été accélérées. En février, des équipes d’autres provinces sont venues en renfort. » A cette suractivité, se pose une autre interrogation : tous les décès ont-ils été décomptés dès le début de l’épidémie ? « Des médecins chinois ont dit que des décès en janvier, avec des symptômes proches du Covid-19, n’ont pas été comptabilisés. Il a fallu attendre le 20 janvier pour qu’il y ait des mesures fortes. Ce délai a favorisé la propagation de l’épidémie. »

Nécessité d’un travail statistique

Les 3.305 décès correspondent à un décompte en temps réel. Pour obtenir des statistiques fiables sur le nombre de morts du Covid-19, il ne faut pas s’attacher à ce décompte, mais effectuer un travail statistique sur le long terme, souligne le chercheur. « Il faut comparer les statistiques de décès en temps normal avec les statistiques pendant l’épidémie et coupler celles-ci avec les symptômes associés au décès. » Cela permettra ainsi d’avoir une approche plus fine de la surmortalité engendrée par l’épidémie. Ce type de calculs avait été fait après la canicule qui avait frappée la France en 2003.

La Chine ne donne pas, pour le moment, de signes montrant qu’elle va s’engager dans ce travail statistique. « Si la Chine est transparente, il faut qu’elle s’engage dans ce travail post-crise », appuie le chercheur.

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