Coronavirus : « Il va y avoir une crise économique et sociale majeure », alertent les professionnels du ski

A la station de Prapoutel en Isère, en janvier 2021. — ALLILI MOURAD/SIPA

  • Les remontées mécaniques ne rouvriront pas le 1er février, a annoncé mercredi le secrétaire d’Etat au Tourisme.
  • Une décision accueillie avec colère et une vive inquiétude dans les stations, où la perspective d’une saison blanche fait craindre une catastrophe économique et sociale.
  • 20 Minutes a interrogé plusieurs acteurs de la montagne, déterminés malgré tout à ne rien lâcher pour « sauver la montagne ».

L’épaisseur du manteau neigeux qui recouvre les massifs rend la décision encore plus amère. Depuis mercredi soir et l’annonce par le gouvernement du maintien de la fermeture des remontées mécaniques, la colère et la frustration ont pris le pas sur l’acceptation encore palpable lors des fêtes de fin d’année. Car, en dépit de mauvais signaux laissant peu de doute sur l’avenir de la saison de ski alpin, à l’instar de l’instauration du couvre-feu généralisé à 18 heures, beaucoup, en montagne, voulaient encore croire à un retour en piste des télésièges et tire-fesses. Vincent Rolland est l’un d’eux.

Lorsque nous l’avons interrogé mercredi, peu avant l’annonce couperet du secrétaire d’Etat au Tourisme, le président de l’Agence Savoie Mont-Blanc, qui représente 112 stations des Alpes, ne s’était pas résigné. « Je me répète. Mais j’y crois encore. Il est possible de rouvrir rapidement les remontées dès lors que le pays n’est pas confiné et que l’activité économique est maintenue dans de multiples secteurs », confiait-il à 20 Minutes, avant de déchanter quelques heures plus tard. Comme tant d’autres professionnels des stations qui réclamaient mercredi encore devant la préfecture de Chambéry l’ouverture des stations pour « sauver la montagne ». Mais sans trop y croire.

Une décision basée « sur des préjugés »

A l’annonce de la non-réouverture le 1er février des télésièges et tire-fesses, le syndicat national des remontées mécaniques et des domaines skiables a vertement réagi. « C’est probablement la décision la moins rationnelle de la pandémie, a-t-il déploré sur son compte Twitter. Le gouvernement n’a pas basé ses décisions sur des éléments rationnels mais sur des préjugés de montagne exubérante et de comportements débridés, loin des réalités. Des clichés qui prouvent un manque de connaissance et de confiance ».

« On risque la disparition du modèle montagne sur des préjugés », a estimé, dans la même veine, le maire de la Plagne Tarentaise, Jean-Luc Boch, président de l’association nationale des maires de stations de montagne, se faisant l’écho « du désarroi » dans lequel cette décision plonge les stations après des mois d’activités réduites. La mesure, justifiée par une nouvelle dégradation des indicateurs de suivi du coronavirus a du mal à passer, et à convaincre, tant les arguments du gouvernement leur semblent éloignés de la réalité du terrain.

« Qu’ils viennent voir comment cela se passe en station, tance Vincent Rolland, également député LR de Savoie et conseiller départemental. Il n’y a aucune cohérence. Les mesures restrictives ne peuvent être comprises que si elles sont justes et équitables au niveau du territoire. Quand on compare un transport par câble à ciel ouvert avec un métro ou un funiculaire bondé à Paris, on se dit que c’est du délire, s’agace-t-il. Il faut tordre le cou à cette contre-vérité qui laisse à penser qu’après le ski, les stations sont des lieux de rassemblements. Avec les restaurants et bars fermés, les gens ne se rassemblent pas. Ils rentrent chez eux ».

La crainte de voir des entreprises fermer en masse

Au-delà de l’amertume et de la grogne, les conséquences de cette saison blanche inquiètent à tous les niveaux. « On a l’impression d’être les sacrifiés du système. Il va y avoir une crise économique et sociale majeure, malgré les dispositifs d’aide », ajoute le coprésident de l’Agence Savoie Mont-Blanc. Un territoire où les pertes liées à la fermeture des remontées sont déjà de 2,5 milliards d’euros sur un chiffre d’affaires annuel lié aux sports d’hiver de six à sept milliards.

A Val d’Isère, où la clientèle est majoritairement étrangère, la déception est forte, forcément. Les vacances de Noël ont attiré des touristes dans le village, mais le taux d’occupation n’a pas dépassé la barre des 20 %. « Le tourisme français est un fleuron dans le monde entier. C’est triste et frustrant. On se sent incompris », confie à 20 Minutes Cécile Ferrando, directrice marketing de la station. Ici comme ailleurs, plusieurs plans ont été élaborés pour permettre l’accueil des skieurs et touristes dans le respect des règles sanitaires.

« Mais à chaque fois, les réglementations changent et on doit tout réadapter, ajoute-t-elle, craignant que beaucoup dans le village ne survivent pas à cette saison noire. De nombreux saisonniers ne travaillent pas. On pense aux restaurateurs, aux hôteliers et aux producteurs qui n’ont plus la possibilité de vendre leurs produits. Des entreprises vont fermer. Il y a des commerces qui venaient de se lancer et qui n’ont pas de chiffre d’affaires de référence pour demander des aides. Cela va être terrible ».

Les stations misent sur d’autres activités pour attirer des touristes

Malgré la détresse, pas question pour autant de se résigner. « On ne lâche rien. Notre domaine est ouvert jusqu’en mai et nous faisons en général de bonnes vacances de Pâques. On ouvrira dès qu’on peut », souligne la directrice de Val d’Isère, où chacun espère encore voir le village se remplir de touristes en février. Avant l’annonce du gouvernement, le taux d’occupation était de 40 % pour les congés d’hiver. Pour convaincre sa clientèle parisienne et rhônalpine de maintenir ses séjours, la station a mis en place de multiples activités de plein air. Du ski de randonnée, de la luge, du e-bike. Les écoles de ski proposent des cours sur les fronts de neige, accessibles sans remontées, le snowpark est ouvert et le parcours aventure, habituellement réservé aux activités estivales, est passé en mode hiver.

L’agence Savoie Mont-Blanc mise aussi sur la marche, la raquette, le ski de fond, de rando et la marche nordique pour convaincre les touristes de conserver leurs réservations. « Le succès émergeant de ces activités constaté depuis quelques saisons, se voit confirmer de manière très significative avec la fermeture actuelle des domaines alpins », indique Christelle Ferrière, directrice marketing de l’Agence Savoie Mont-Blanc, qui y voit pour le public « une nouvelle manière de redécouvrir la montagne ».

A Samoëns, joli village de Haute-Savoie, la station a également concocté de nouvelles offres pour sauver une partie de la saison. Au-delà de son domaine nordique, consacré au ski de fond et à la luge, elle propose depuis cet hiver le Frozen river. A savoir une descente du Giffre en raft, canoë, hydrospeed ou airboard. Comme dans la majorité des stations, des séjours thématiques promotionnels sont également proposés pour venir goûter aux plaisirs de la neige tombée en masse cet hiver. Comme un appel à venir sauver nos montagnes…

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