Coronavirus : Il faut être « extrêmement sévère avec ceux qui contreviendraient » au confinement, juge Estrosi

Le maire de Nice Christian Estrosi a publié une photo de lui en compagnie de sa femme, Laura Tenoudji-Estrosi, et de leurs enfants alors qu’ils se trouvent confinés à leur domicile — Instagram Christian Estrosi

  • Le maire de Nice, testé positif au coronavirus, gère la crise depuis son domicile.
  • Christian Estrosi a annoncé « la mutualisation des forces de police nationale et municipale pour être extrêmement sévères à l’égard de ceux qui contreviendraient aux instructions données » dans le cadre du confinement.

Le premier tour des élections municipales a peine passé, le diagnostic est tombé pour le maire sortant (LR) de Nice. Lundi, Christian Estrosi a annoncé qu’il avait été testé positif au nouveau coronavirus après l’apparition de « premiers symptômes ».

Depuis, l’élu est confiné à domicile et travaille à « la gestion de la crise » avec ses équipes en visioconférence. De nouvelles mesures ont été prises dans la ville alors que l’exécutif a annoncé lundi soir des mesures de restrictions de la circulation pour lutter contre la propagation du virus. Par téléphone, l’élu fait le point sur la situation avec 20 Minutes.

Tout d’abord, comment vous sentez-vous ?

Je ressens une grosse fatigue. Quelques courbatures comme une grosse grippe. Je ne savais plus ce que ça faisait parce que je me fais vacciner depuis 25 ans mais, ça m’a permis un petit rappel. Ça ne m’empêche pas de travailler dans des conditions nouvelles, mais comme tout le monde. Je vois que le préfet [des Alpes-Maritimes] reste chez lui, mes principaux collaborateurs aussi. J’ai 6.000 personnels de la ville et de la métropole [sur 12.000 au total] non prioritaires à qui j’ai demandé de rester chez eux.

D’autres cas ont-ils été détectés dans votre entourage ?

Mon épouse [la chroniqueuse de Télématin Laura Tenoudji-Estrosi] avait les mêmes symptômes. On nous a dépistés tous les deux. Et nous étions tous les deux positifs. Elle est comme moi en assez bonne forme. Autour de moi, sur la vingtaine de personnes avec qui j’ai travaillé de manière étroite ces derniers jours, deux commençaient à ressentir les mêmes symptômes ce [mardi] matin. Ils sont, comme tout le monde, confinés.

Comment vont se dérouler vos journées ?

On fait de la gestion toute la journée par visioconférence. On n’arrête pas. Je tiens une douzaine de réunions dans la journée. Puis téléphone, téléphone, téléphone. Voilà, je suis cloué à la maison mais je suis tout, minute par minute. Ça ne change rien.

Vous êtes également président du conseil d’administration du CHU de Nice. Quelle est la situation actuelle de l’épidémie dans la zone ?

Je suis assez inquiet sur les jours à venir. Jusqu’à présent, on était une région qui était plutôt épargnée mais ça commence à monter. Et on sait que dans les 48 heures, ça va monter très très fort. A ce jour, nous sommes à 96 cas identifiés dans les Alpes-Maritimes. Le CHU a déprogrammé 50 % de ses interventions chirurgicales non urgentes pour pouvoir équiper les blocs opératoires en appareils respiratoires et faire face à un afflux possible. Le CHU n’est pas dans le rouge pour le moment. Nous nous sommes en plus réparti la charge avec d’autres établissements dans le département, à Cannes, à Menton et dans d’autres plus petites structures. Et puis, les gens, comme moi, sont de plus en plus, pour beaucoup, pris en charge en ambulatoire, à domicile.

Le confinement décidé lundi soir doit-il durer plus de quinze jours ?

Il faut déjà que ces mesures soient respectées à la lettre. C’est une affaire sérieuse. Je dis à tout le monde ‘inquiétez-vous’. J’ai vu trop de scènes dans les supermarchés, dans les marchés, de gens totalement inconscients. Le seul moyen d’enrayer rapidement l’épidémie, c’est de respecter les barrières. Il ne faut croiser personne. L’objectif, c’est d’arriver à un déclin d’ici trois semaines et c’est réalisable. C’est tout l’enjeu de la gestion, que je trouve assez solide, décrétée par le président de la République.

Comment seront réalisés les contrôles à Nice ?

Avec le préfet, nous avons décidé de mutualiser les forces de police nationale et municipale pour être extrêmement sévères à l’égard de ceux qui contreviendraient aux instructions données. A partir de demain [mardi] matin, ils patrouilleront ensemble et se répartiront les zones identifiées à risque. Nous avons également eu une scène de pillage cette nuit [de lundi à mardi] dans un supermarché des Moulins [un quartier de l’ouest de la ville]. Il faut s’attendre de ce genre de problèmes d’ordre sécuritaire. Il n’y a pas seulement la discipline, il y a aussi les risques de certains comportements violents qui voudraient profiter d’une supposée démobilisation des forces de l’ordre.

Vous avez décidé de baisser la fréquentation des transports en commun…

Les transports voient baisser leur fréquentation. On est déjà à 30 % de moins. On réduit la voilure de 25 %, mais nous nous adapterons encore pour que les gens comprennent qu’on ne les utilise que quand c’est indispensable. Et mon but, c’est également de préserver mes agents, mes conducteurs. Parallèlement, on a rendu le stationnement en voirie totalement gratuit pour faciliter notamment l’intervention des soignants en ville.

Vous allez également lancer sur le site de la ville un annuaire des commerces qui peuvent livrer des denrées alimentaires à domicile…

Nous sommes en train d’en faire un inventaire pour le mettre en ligne dans les prochaines heures. Une quarantaine d’enseignes serait concernée au total. Moins les gens auront besoin de s’alimenter en se déplaçant et mieux c’est. Et, en même temps, pour un certain nombre de commerces qui auraient pu mettre la clé sous la porte, la solution de la livraison permet de soutenir un certain niveau de chiffre d’affaires.

Justement, comment travaillez-vous déjà sur l’après-crise, sur la relance de l’économie locale ?

On en discute avec les chambres de commerce et des métiers et les fédérations de commerce et de l’hôtellerie. Dans les prochains jours, je vais mettre en place un fonds de solidarité via le CCAS pour les commerçants et artisans indépendants et les petites activités qui n’ont pas de fond de caisse. J’ai demandé au gouvernement l’autorisation de faire un dégrèvement municipal et métropolitain. Il y aura aussi une exonération des droits de voirie pour les restaurants jusqu’au mois de juin et j’ai suspendu le versement de la taxe de séjour pour les hôtels jusqu’au début de l’été.

La décision de reporter le second tour des municipales était-elle la bonne ?

On aurait même pu reporter le premier tour. Ça m’aurait paru plus raisonnable. Il n’était dans tous les cas pas concevable de maintenir le second tour dans le cadre d’un confinement quasi généralisé. Reste à déterminer la date de ce report. Celle du 21 juin semble la plus avancée, certains parlent aussi du 14.

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