Coronavirus : « Eviter tout contact avec les perturbateurs… » Les consignes transmises aux agents offusquent les syndicats de police

Des policiers à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) le 20 avril 2020 — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

  • Plusieurs villes, principalement en banlieue parisienne, connaissent des tensions depuis l’accident d’un motard samedi soir à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) impliquant la police.
  • La Préfecture de police a donné pour consigne aux agents « d’éviter tout contact avec les perturbateurs » afin « d’éviter d’avoir des fonctionnaires blessées ».
  • Des instructions contestées par les syndicats de policiers qui dénoncent un double discours de la part du ministère de l’Intérieur

Les consignes ont été diffusées ce mardi sur les ondes de la police. « Suite aux phénomènes récents de violences urbaines sur l’ensemble de la région parisienne », la Préfecture de police a demandé aux agents de voie publique « d’éviter tout contact avec les perturbateurs sur les interventions ne présentant pas de risque de danger ou de propagation afin d’éviter d’avoir des fonctionnaires blessés ». « On nous demande de renforcer les contrôles et de verbaliser les contrevenants. Mais certains bénéficieraient d’une forme impunité ! », s’emporte Rocco Contento, secrétaire départemental du syndicat Unité SGP police-FO à Paris, qui s’est offusqué de ces instructions dans un tract.

C’est l’accident d’un motard impliquant la police, samedi soir, à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), qui a mis le feu aux poudres. Depuis, plusieurs quartiers sensibles, essentiellement en banlieue parisienne, connaissent des tensions. Dans la nuit de mercredi à jeudi, 13 personnes ont été interpellées, principalement dans les Hauts-de-Seine, après avoir jeté de projectiles sur les forces de l’ordre. A Gennevilliers, une quinzaine d’engins incendiaires artisanaux ont été découverts tandis qu’à La Garenne-Colombes, des agents ont reçu une bouteille qui, selon nos informations, contenait de l’acide. Dans le Val-de-Marne, le commissariat de Champigny-sur-Marne a été la cible de tirs de mortiers d’artifice.

Double discours

Interrogé ce jeudi sur les violences urbaines enregistrées depuis quelques jours, le ministre de l’Intérieur a estimé que ces « tensions sporadiques » étaient notamment dues à « l’effet de la dureté du confinement ». « Ce sont des petits groupes qui pensent que ce serait ludique d’attaquer les forces de police, de brûler des poubelles. Ce n’est pas ludique, c’est dangereux, à commencer pour eux-mêmes », a expliqué Christophe Castaner  sur BFM TV. « Notre responsabilité, c’est d’y mettre un terme », a-t-il assuré, ajoutant que les forces de l’ordre intervenaient régulièrement dans ces quartiers pour « effectuer des contrôles, y compris du confinement ». « L’ordre républicain doit être présent partout », a martelé le premier flic de France.

« Le ministre de l’Intérieur ne peut pas dire d’un côté que la loi doit s’appliquer partout alors que d’un autre, on demande aux policiers de ne pas aller dans ces quartiers. On ne peut pas dire tout et son contraire », déplore Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police. Selon lui, « c’est la preuve qu’il existe des zones de non droit, où la police ne peut pas aller ». Ce n’est pas la première fois, depuis le début du confinement, que de telles instructions sont données aux policiers. Fin mars, les agents affectés à Nanterre avaient reçu un e-mail leur demandant d’éviter les contrôles dans « les quartiers sensibles comme Pablo Picasso, Petit Nanterre, Zilina ou Vieux Pont ».

« Des messages de prudence »

Contactée par 20 Minutes, la Préfecture de police assure que les fonctionnaires ont « pour instructions d’intervenir en tout lieu de l’agglomération, pour faire respecter le confinement ou pour interpeller les auteurs de toute infraction constatée ». Mais, ajoute-t-elle dans sa réponse, « des messages de prudence, afin de préserver l’intégrité physique des policiers, ainsi que des rappels sur la nécessité d’un usage raisonnable et raisonné de l’armement collectifs sont régulièrement effectués auprès des effectifs de voie publique ».

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