Coronavirus : Et si on en finissait avec le couvre-feu ?

Chatelet lors du couvre-feu à 18 heures — CELINE BREGAND/SIPA
  • Le 17 octobre 2020, l’Ile-de-France et huit métropoles françaises entraient en couvre-feu. Six mois jour pour jour plus tard, la France est encore sous couvre-feu.
  • Une mesure peu efficace, impopulaire, voire carrément invivable avec le retour des beaux jours.
  • Faut-il le lever ?

Il y a six mois jour pour jour, le 17 octobre 2020, en raison d’une flambée de coronavirus, un 
couvre-feu débutait en Ile-de-France et dans huit métropoles françaises, entre 21 heures et six heures du matin. Une demi-année est passée, et le couvre-feu est toujours là, désormais entre 19 heures et six heures du matin, après avoir également débuté à 20 heures puis 18 heures.

Mis bout à bout, le couvre-feu représente donc une des plus longues mesures instaurée en France, au point que cette durée questionne : quand sera-t-il levé, lui qui s’éternise tant ? Actuellement, aucun cap n’est fixé, aucun objectif chiffré n’a jamais été donné pour sortir du couvre-feu, et la situation actuelle en France, avec une incidence parmi les plus hautes d’Europe et des hôpitaux toujours saturés n’invite guère à l’optimisme quand à une fin proche.

Une efficacité trop limitée

Pourtant, six mois de couvre-feu plus tard, la mesure aura fait preuve de bien peu d’efficacité pour réellement améliorer la situation sanitaire. Vu comme une alternative moins lourde au confinement, le couvre-feu n’a jamais – ou alors de façon trop épisodique – entraîner de baisse des cas, tout juste a-t-il permis la stabilisation d’un plateau haut. Et avec les beaux jours qui reviennent et le soleil qui s’éternise dans un ciel plus bleu que jamais, le couvre-feu devient de plus en plus impopulaire et invivable. Pour le chercheur en épidémiologie Michaël Rochoy, il est temps d’en finir avec cette mesure : « Le couvre-feu n’a pas vraiment de sens, ce qu’il faut, c’est interdire les moments sans masques. Indirectement, le couvre-feu empêche certains apéros et dîners le soir, mais c’est une mesure trop contraignante vis-à-vis de son efficacité. »

Pour le médecin, il aurait fallu plus de pédagogie et d’explication sur ces fameux moments sans masque au lieu de vouloir les contrer par effet indirect. « Pendant des mois, le couvre-feu n’empêchait pas les repas en entreprise le midi ou les cantines scolaires. On aurait dû cibler les évènements précis au lieu des horaires ». Avec le couvre-feu, fini les marches nocturnes dehors – sans risque de contamination – ou les courses à des horaires plus tardives afin d’éviter les flux de population.

Une mesure contre-productive ?

Le couvre-feu serait même parfois contre-productif en raison de la peur d’avoir une amende : « Les gens restent dormir les uns chez les autres pour ne pas rentrer chez eux et frauder le couvre-feu, ils se voient à l’intérieur pour ne pas être contrôlé par la police… Ce sont des comportements plus à risque que sans couvre-feu », liste Michaël Rochoy. Une entorse au « Dehors en citoyen, dedans avec les miens » plaidé par le gouvernement. Fin février, la police estimait que 10 % des Français fraudaient le couvre-feu, selon le nombre de contrôles des forces de l’ordre.

Si la mesure suscitait l’adhésion à ces débuts, 73 % des Français y étaient favorables à la mi-octobre selon un sondage Harris, elle devient de plus en plus impopulaire : 64 % de la population en avait une opinion négative selon un sondage Odoxa de mars 2021. Et avec les beaux jours et l’été, le couvre-feu semble difficilement tenable. De toute façon, en ne baissant pas un haut plateau à 20.000 cas par jour à l’époque, « cette mesure n’aura fait que retarder un troisième confinement inévitable. Le couvre-feu aura décalé le confinement de février à avril, là où il est plus contraignant et avec une population usée par des mois de mesures non efficaces », enterre le médecin.

Le bon moment, vraiment ?

Après tout ce procès contre le couvre-feu, est-il temps d’enfin s’en débarrasser ? Si la mesure n’a pas un rapport efficacité/contrainte très haut, il est pourtant difficile d’imaginer revenir dessus dans une France qui connaît en moyenne 33.000 nouveaux cas par jour. Hélène Rossinot, médecin en Santé publique, atteste que le moment semble être très mal choisi : « Ce n’est pas le moment de relâcher la moindre mesure, même si on peut émettre des critiques sur le couvre-feu. Si on devait l’enlever, cela serait uniquement pour passer à un vrai confinement ». Or, ce n’est pas la tendance actuelle, qui est au contraire à la réouverture des écoles dès le 26 avril,

De fait, la priorité ne semble pas vraiment être à un débat sur le couvre-feu, entre cette réouverture prochaine des écoles sans protocole renforcé, une campagne de vaccination qui reste poussive, et la perspective de la mi-mai de la réouverture des commerces. « Il faut déjà se concentrer sur les protocoles pour les lieux qui vont rouvrir », plaide Hélène Rossinot.

Alors, resterons-nous en couvre-feu jusqu’à la fin des temps ? Non, ce dernier devrait bien finir par s’arrêter, ou au moins s’écourter de quelques précieuses heures. Déjà, en raison des beaux jours – le couvre-feu était déjà passé de 18 à 19 heures en raison de l’heure d’été. Mais également, en raison du retour des terrasses, ardemment souhaité par Emmanuel Macron pour la mi-mai. Des terrasses ouvertes qui chercheraient un maximum de rentabilité pour reprendre les affaires et rentreraient donc forcément en collision avec un couvre-feu à 19 heures. Michaël Rochoy prophétise : « Si les terrasses rouvrent, le couvre-feu s’arrêtera. Pour de mauvaises raisons, mais il s’arrêtera. » Conclusion d’une mesure éternellement à contretemps.

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