Coronavirus : Et si les premiers cas étaient apparus en France bien avant qu’on ne le pense ?

Lisses (Essonne), le 23 mars 2020. Un biologiste manipule un échantillon de coronavirus dans un laboratoire. — FRANCK FIFE / AFP

  • En France, le premier cas « officiel » de coronavirus remonte au 24 janvier 2020. Il s’agissait d’un homme de retour d’un voyage à Wuhan en Chine.
  • Mais certains médecins mettent en doute ces informations et assurent avoir identifié des patients plus anciens. Le professeur Yves Cohen annonce en avoir découvert un datant du 27 décembre.
  • Ces travaux pourraient permettre d’avancer dans la connaissance de ce coronavirus et surtout dans la façon dont l’épidémie s’est propagée.

Ce n’est pas qu’ils manquent de travail… Et pourtant, plusieurs médecins français consacrent actuellement un peu de leur temps à reprendre les dossiers de patients qu’ils ont eus à soigner au tout début de l’hiver. Et même à vérifier les tests biologiques réalisés à l’époque dans le but de découvrir si les premiers malades infectés au coronavirus n’étaient pas sur le sol français bien plus tôt qu’on ne le pense.

Officiellement, la France a enregistré ses trois premiers cas le 24 janvier. Officiellement toujours, le premier patient décédé – un touriste Chinois âgé de 80 ans – remonte au 15 février. « On a parlé de lui comme du « patient zéro ». Mais en fait, avec le recul, c’était sans doute le patient cinq ou sept… », témoigne aujourd’hui Philippe Pinilo, le médecin qui l’a soigné à Crépy-en-Valois (Oise).

Après avoir regardé dans le rétroviseur de son cabinet, le praticien a acquis la certitude d’avoir en réalité fait face à son premier cas quelques jours auparavant. « Une femme âgée de 40 ans, employée par une compagnie aérienne, atteint par un syndrome viral inhabituel, décrit-il. Son mari m’a expliqué qu’elle avait été malade comme jamais… Aujourd’hui, je suis sûr de moi. »

Des soupçons sur l’étal de poissons d’un supermarché

Hôtesse de l’air. Militaire. Pasteur. Voire agent secret. Plusieurs enquêtes françaises ont tenté d’identifier ce fameux « patient zéro ». Avec toutes les réserves nécessaires. Et sans aucune certitude. Chef du service de réanimation de l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le professeur Yves Cohen a remonté encore un peu plus le temps en annonçant, dimanche soir, qu’il avait identifié un cas datant du 27 décembre.

« On a repris les tests PCR réalisés sur les patients qui avaient des pneumonies en décembre et en janvier. Sur 24 patients, nous en avons eu un qui était positif au Covid-19 le 27 décembre », a indiqué le professeur sur BFMTV. Comme dans le film Contagion, il a ensuite mené l’enquête pour savoir comment ce patient – aujourd’hui en bonne santé – avait pu être infecté.

« Il a été malade quinze jours et il a contaminé ses deux enfants mais pas sa femme qui travaille dans un supermarché, à l’étal des poissons. Nous nous sommes demandé s’il n’y avait pas un rapport avec les poissons d’origine chinoise, mais elle ne travaille que sur des produits français… » Explication possible : elle aurait été contaminée par « des gens d’origine chinoise » travaillant sur le stand de sushis d’à côté. Asymptomatique, elle aurait ensuite contaminé son époux sans s’en rendre compte, suppose Yves Cohen…

Les bronchites qui duraient deux semaines…

Pas vraiment une surprise pour Franck. Connu sur Twitter sous le pseudonyme « Le Doc », ce médecin rappelle les travaux de chercheurs italiens et chinois qui pensent, eux aussi, que le virus est apparu dans leurs pays respectifs avant qu’on ne le dise officiellement. « Avant d’avoir un ‘cas grave’, il y a forcément des cas moins graves, décrypte-t-il. Pendant très longtemps, on s’est dit que la Chine était loin de nous, alors que le virus était sans doute déjà là… »

Mais ne comptez pas sur lui pour verser dans la théorie du complot ! « Chaque hiver, il nous arrive de soigner des patients grippés qui sont négatifs au test de la grippe. On se dit alors : « C’est un virus. » Sauf que cette année, c’était peut-être le coronavirus… » De quoi inciter tous les médecins à sortir les dossiers d’il y a quelques semaines. « Quand je regarde certains scanners réalisés il y a deux ou trois mois, je me dis aujourd’hui que c’étaient des Covid + », poursuit « Le Doc ». Même sentiment chez Philippe Pinilo. « Je repense forcément à ces patients qui n’arrivaient pas à sortir de leur bronchite et qui souffraient pendant deux semaines… »

Encore faut-il trouver une utilité à toutes ces informations autre que de satisfaire notre curiosité personnelle. « Connaître l’origine permet de comprendre la dissémination du virus. Cela peut remettre en cause notre façon de penser et d’isoler les malades », indique encore Franck. Le professeur Cohen n’en pense pas moins. Il a d’ores et déjà annoncé qu’il publierait ses travaux sur son patient datant du 27 décembre dans l’International Journal of Antimicrobial Agents dès cette semaine. Et invité tous ses collègues virologues à se remettre à l’ouvrage pour faire de même.

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