Coronavirus : Est-on contagieux ou immunisé une fois guéri, et peut-on contracter deux fois le Covid-19 ?

Un laborantin en train de réaliser des analyses sur des tests de dépistage du Coronavirus. — Adrien Max / 20 Minutes

  • En France, le pic de l’épidémie de coronavirus n’a pas encore été franchi et les pouvoirs publics tentent d’augmenter leurs capacités de dépistage pour mieux cartographier la propagation de la maladie sur le territoire.
  • Dans le même temps, certains patients continueraient à excréter du virus une fois guéris, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont encore contagieux. Et nombre d’entre eux seraient aujourd’hui immunisés contre le Covid-19.
  • Cette immunité peut-elle suffire à protéger toute la population ? Face à ces questions, émerge l’hypothèse d’un déconfinement en plusieurs étapes.

Chaque jour, des milliers de nouvelles contaminations à travers la planète. La moitié de l’humanité tenue au confinement pour freiner la propagation du coronavirus. Des dizaines de milliers de victimes. Et heureusement, de nombreux patients qui guérissent. Mais aujourd’hui, alors que la date de la fin du confinement n’est toujours pas connue, puisqu’il pourrait être reconduit, de nombreuses questions demeurent face à un virus sur lequel planchent des milliers de chercheurs dans le monde, pour comprendre ses mécanismes et mettre au point non seulement un traitement pour en guérir, mais aussi un vaccin pour s’en prémunir.

On sait qu’il est particulièrement contagieux, et que chaque personne infectée peut en contaminer trois autres à son tour en moyenne, d’où l’importance de respecter le confinement et d’accomplir les gestes barrières de distanciation sociale et d’hygiène des mains. Mais combien de temps est-on contagieux ? Devient-on ensuite immunisé contre le virus ? Peut-on le contracter à nouveau ? Et quelle évolution l’épidémie suivra-t-elle à la levée du confinement ?

Combien de temps une personne infectée est-elle contagieuse ?

Début mars, la très sérieuse revue scientifique américaine The Lancet publiait une étude sur la contagiosité du Covid-19, établissant qu’il avait une très haute et très longue contagiosité. Ces travaux ont été menés par des médecins chinois qui ont suivi durant plusieurs semaines, en décembre et janvier, 191 patients Covid-19 dans deux hôpitaux de Wuhan, en Chine. Ils ont constaté qu’après la guérison clinique, près d’un tiers des malades continuait à excréter du virus. Les médecins ont constaté chez les patients observés que la durée d’excrétion virale variait de 8 à 37 jours après l’apparition des premiers symptômes. De quoi en déduire qu’ils étaient contagieux plusieurs semaines, même après la guérison ?

« Depuis un mois, notre façon d’appréhender la situation et de réagir a évolué : on ne suit plus l’excrétion virale des patients, tempère le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine) et médecin référent de crise Covid-19. Les tests de dépistage sont très sensibles, on peut trouver des traces d’ARN viral, même de manière transitoire, jusqu’à un mois après la contamination, mais cela ne signifie pas que le virus excrété est encore vivant. Ce n’est donc pas parce que le test est positif que le patient est contaminant. De même, un test PCR – réalisé avec un écouvillon dans le nez – peut être négatif parce que le virus est profondément logé dans les poumons et n’est plus présent dans les voies respiratoires hautes. Ici, le test peut être négatif chez un patient qui est pourtant contagieux ».

C’est pourquoi le Haut comité à la santé publique a clarifié le protocole de prise en charge des patients infectés dans un avis rendu le 16 mars dernier. « Les critères cliniques de levée de ce confinement sont une disparition de la fièvre et d’une éventuelle dyspnée [un essoufflement] à partir du 8e jour après le début des symptômes. Il est également recommandé de porter un masque pendant sept jours après cette guérison en cas de contact avec une personne à risque ». En clair, « on considère que si 8 jours après leur apparition, les symptômes de la maladie disparaissent, alors le patient n’est plus considéré comme contagieux, explique le Dr Davido. Un délai que l’on porte à 10 jours pour les patients immunodéprimés », jugés plus fragiles en raison de leur déficit immunitaire.

Est-il possible de contracter le Covid-19 deux fois ?

Çà et là, sont rapportés des cas de patients Covid-19 cliniquement guéris développant de nouveau les symptômes de la maladie. Le Covid-19 peut-il donc se « réveiller » ou peut-on le contracter deux fois ?

« Les cas particuliers de patients infectés, guéris cliniquement et qui développent à nouveau les symptômes, devraient être à nouveau dépistés. Mais a priori, ils ne la développent pas une seconde fois : cela peut être dû à un autre virus saisonnier classique, ou encore être une conséquence d’une forme sévère de coronavirus, qui peut provoquer dans un deuxième temps une surinfection pulmonaire, détaille le Dr Davido. A priori, on ne peut pas attraper deux fois le Covid-19, sauf si on est immunodéprimé ».

Comment être sûr que les patients infectés ne sont plus contagieux ?

La question ne se pose pas totalement pour l’instant, « dans la mesure où tout le monde est confiné et appelé à respecter les gestes barrières et les mesures de distanciation sociale », rappelle l’infectiologue. Mais elle va revenir comme un boomerang au moment de la levée du confinement, dans quelques semaines. Et là, la réponse résidera peut-être dans la stratégie adoptée par Hong Kong : le dépistage massif. « La méthode serait peut-être de faire pratiquer des PCR quantitatives, pour avoir des valeurs absolues sur lesquels se fonder, avance le Dr Davido. Mais à ce jour, on ne pratique pas de PCR de contrôle, notamment en raison du manque de réactif nécessaire pour réaliser les dépistages ».

La prochaine étape sera alors de « disposer en nombre conséquent de tests de dépistage rapide, que l’on pratique d’une simple piqûre au bout du doigt, de la même manière que l’on mesure la glycémie chez les personnes diabétiques, décrit-il. Ce test rapide sanguin permettra de détecter la présence d’anticorps dans le sang, et ainsi voir si on est immunisé ou non contre la maladie ».

Une immunité collective face au coronavirus est-elle possible ?

C’est la « stratégie » sur laquelle le Premier ministre britannique Boris Johnson – aujourd’hui infecté par le Covid-19 – a un temps misé : ne pas mettre en place de mesures de confinement et laisser les royaux sujets contracter le coronavirus en masse afin de développer une immunité collective. Un pari risqué sur lequel il est finalement revenu, adoptant, comme la France et de nombreux autres pays, une mise sous cloche de la population pour casser la chaîne de progression du coronavirus. Mais avant que le confinement ne montre ses effets, l’épidémie progresse. Une progression qui pose la question et soulève l’espoir d’une immunité collective développée dans les prochaines semaines. « Ça, on pourra le savoir quand au moins 60 % de la population aura contracté le virus. Or, tout l’enjeu des mesures de confinement est justement d’éviter une propagation massive de l’épidémie », relève le Dr Benjamin Davido.

Pour l’heure, les tests sanguins pratiqués sur un grand nombre de patients « révèlent la présence d’anticorps, indique le Dr Davido. Mais on sait encore peu de choses sur ce point : si une personne contaminée guérit et développe des anticorps, on ignore aujourd’hui combien de temps dure cette immunité. Un mois, un an, toute la vie ? On n’en a aucune idée. Et cette question de l’immunité va soulever beaucoup d’autres questions sur les conditions de levée du confinement, afin d’éviter la très redoutée deuxième vague du virus. Plutôt qu’une levée générale du confinement, peut-être que la voie d’un confinement dégradé, variable selon différents critères, pourrait être privilégiée ». Une hypothèse confirmée par le gouvernement. « Il est probable que nous ne nous acheminions pas vers un déconfinement général et absolu pour tout le monde, a déclaré mercredi soir le Premier ministre Edouard Philippe, auditionné par la mission d’information de l’Assemblée nationale. Nous avons demandé à plusieurs équipes de travailler sur cette question en étudiant l’opportunité, la faisabilité d’un déconfinement qui serait régionalisé, qui serait sujet à une politique de tests, en fonction, qui sait, de classes d’âge », a-t-il poursuivi. Avant de prévenir : « C’est un combat long, difficile, qui impliquera de mauvaises nouvelles, des déceptions ».

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