Coronavirus en Occitanie : Avec la fermeture de la frontière avec l’Espagne, les ventes de cigarettes explosent côté français

Un bureau de tabac en France (illustration) — Jacques Witt / Sipa/SIPA

  • Dans la région frontalière avec l’Espagne, les achats de tabac ont explosé depuis la mise en place des mesures de confinement et la fermeture des frontières.
  • Les ventes de cigarettes chez les buralistes auraient ainsi connu une hausse 18,3 % à la frontière avec l’Espagne, lors de la première semaine, selon la Seita.
  • « Il y a des clients que je n’avais pas vus depuis trois, quatre ou cinq ans », témoigne un buraliste de Perpignan, à trente minutes environ de la frontière espagnole.

Si vous êtes fumeur (se), et à deux pas de l’Espagne, le confinement mis en place pour lutter contre la pandémie de Covid-19 ont peut-être eu un effet sur votre porte-monnaie : impossible, depuis plusieurs semaines, d’aller se ravitailler en cigarettes en Espagne, où les paquets s’arrachent jusqu’à deux fois moins cher qu’en France.

Dans les Pyrénées-Orientales, un département frontalier, les consommateurs qui ont achevé leurs cartouches vont ainsi se servir, depuis la fermeture de la frontière, au bureau de tabac du coin. Selon la Seita, la Société nationale d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes, « avec la fermeture des frontières, liée à l’épidémie de coronavirus, les ventes de cigarettes augmentent très fortement dans les zones frontalières, démontrant l’ampleur de l’évasion commerciale sur les produits du tabac ».

Des hausses inédites, selon la Seita

Les ventes de cigarettes chez les buralistes auraient ainsi connu une hausse lors de la première semaine : + 18,3 % à la frontière avec l’Espagne. La deuxième semaine, la hausse se serait accentuée encore un peu plus : + 19,6 %, poursuit la Seita. Avec des consommateurs qui seraient de plus en plus nombreux à se tourner vers les produits de tabac à rouler ou à tuber, moins chers que les cigarettes. Des hausses inédites : la société de tabac rappelle que d’ordinaire, chaque année, les ventes sont en baisse en moyenne de 10 %, voire 15 % dans les zones frontalières, comme l’Occitanie.

La Confédération des buralistes constate aussi un boom des ventes, jusqu’à 30 à 40 % dans certaines zones frontalières, notamment les Pyrénées-Orientales. « Nous retrouvons des clients perdus ces dernières années », confiait le 3 avril à l’AFP Philippe Coy, son président. Mais, ajoutait-il, il faut rester prudent. Certains points de vente peuvent avoir bénéficié d’un report de clientèle d’un concurrent », qui a fermé ses portes.

« Il y a des fumeurs du quartier que je ne connaissais pas »

« C’est de la folie, l’augmentation est largement au-dessus des 30 % d’augmentation de vente de tabac, confie à 20 Minutes le gérant d’un bureau de tabac de Perpignan, qui n’est qu’à une trentaine de minutes de la première ville espagnole. Il y a des clients que je n’avais pas vus depuis trois, quatre ou cinq ans. J’en ai à la pelle, toute la journée. Ce sont des gens que nous risquons malheureusement de perdre à nouveau, quand les frontières rouvriront. Les gens font attention à leur portefeuille, c’est évident. »

« Ce n’est pas le cas sur tous les points de vente, notamment chez mes collègues dans le centre-ville, mais chez moi, il y a un gros boom des ventes de cigarettes, reprend un autre buraliste de Perpignan. Il y a des fumeurs du quartier que je n’avais jamais vus. »

« Ah, vous êtes encore là ? Je pensais que vous aviez déménagé. »

Dans l’Aude, Frédéric Martin, responsable départemental de la Chambre syndicale des buralistes, dont le commerce est situé à Narbonne-Plage, ressent lui aussi l’effet de la fermeture des frontières, même à près d’une heure et demie de route de l’Espagne.

« Pas partout, mais dans l’Aude, il y a des endroits où l’on constate des augmentations, souligne le buraliste. C’est entièrement lié à la fermeture de la frontière espagnole, bien évidemment, mais aussi par rapport à l’Andorre. Je retrouve des clients, fumeurs, qui, je pensais, avaient déménagé de Narbonne-Plage… Cela faisait deux ans, trois ans, peut-être, que je ne les avais pas vus. « Ah, vous êtes encore là ? Je pensais que vous aviez déménagé. » Je ris jaune, mais c’est un peu ça. Et on sait très bien, malheureusement, que quand les frontières vont rouvrir, ils vont repartir, on ne les reverra pas. »

Et après ?

Une hausse soudaine des ventes à relativiser, ajoute le responsable de la Chambre syndicale des buralistes de l’Aude : dans le même temps, dans certains coins d’Occitanie, notamment sur le littoral, certains buralistes ont perdu la clientèle touristique, qui a annulé ses vacances en raison de la pandémie de Covid-19.

Pour les professionnels de la vente de tabac, ce retour soudain des consommateurs qui se servaient de l’autre côté de la frontière doit pousser les pouvoirs publics à agir. « Aujourd’hui, force est de constater que les achats de produits du tabac transfrontaliers sont une réalité, qui provoquent 2,5 milliards de pertes de recettes fiscales chaque année, déplore Hervé Natali, le responsable des relations territoriales de la Seita. Ils ont également un impact direct sur les 24.000 buralistes, des commerçants d’utilité locale, provoquant la fermeture de près de 500 d’entre eux chaque année. Une politique de hausse fiscale, sans autre forme d’accompagnement, montre ici toutes ses limites. »

Et l’augmentation du prix du tabac, prévu en novembre prochain, n’est pas de nature à arranger les affaires des buralistes, quand une partie des fumeurs aurait fui en Espagne, une fois le confinement levé, reprend le buraliste audois Frédéric Martin.

En France, le tabagisme est la première cause de mortalité évitable, avec environ 73.000 décès chaque année, selon Tabac Info Service. En moyenne, un fumeur régulier sur deux meurt prématurément des causes de son tabagisme.​

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