Coronavirus en Guadeloupe : Des plaintes après des menaces de mort liées à la gestion de l’épidémie

Insultes, menaces de mort et diffamation en Guadeloupe. Le parquet a été saisi de « plus d’une dizaine de plaintes » a indiqué Patrick Desjardins, procureur de la République de Pointe-à-Pitre. Celles-ci proviennent autant des autorités sanitaires que préfectorales qui font face à une multiplication d’insultes et de menaces de mort pour leur gestion de la crise sanitaire.

Parmi les plaignants, Gérard Cotellon, directeur du CHU de la Guadeloupe, a « déposé trois plaintes » pour « menaces de mort » et pour « diffamation contre toutes les personnes qui disent qu’on pratique l’euthanasie à l’hôpital et qu’on tue les malades », explique-t-il. Ce dernier a notamment reçu son « avis d’obsèques en préparation à J-3. C’est ça l’ambiance ».

Les préfets traités de chiens et « leurs vaccinodromes » appelés à être détruits

Le 3 septembre, la préfecture de Guadeloupe dénonçait l’appel d’un collectif local à la « déportation » du préfet de Guadeloupe, Alexandre Rochatte, qu’il accuse d’une mauvaise gestion de la crise sanitaire. Ary Chalus, le président de la Région Guadeloupe, qui s’était engagé en faveur de la vaccination « selon le libre choix de chacun », reconnaît avoir lui aussi été « menacé sur les réseaux sociaux [par] une dame » sans porter plainte. « On est habitué », relativise-t-il.

Une vidéo signée « Gwada Anonymous » circulant sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines traite par ailleurs de « chiens » les préfets ainsi que les directeurs et directrice des Agences régionales de santé (ARS) de Martinique et Guadeloupe, appelant à détruire « leurs agences régionales de santé et leurs vaccinodromes », ainsi que leurs maisons.

« Les échanges entre les pro-vax et anti-vax trop tendus »

« Depuis quelque temps j’ai arrêté de communiquer et d’en parler sur les réseaux sociaux parce que je me suis rendu compte que les échanges entre les pro-vax et anti-vax étaient trop tendus », confie Jocelyn Sapotille, président de l’association des maires de Guadeloupe, impliqué en faveur de la vaccination, déplorant « un débat [qui] a été politisé ». Patricia Braflan Trobo, enseignante à l’Université des Antilles explique avoir fait l’objet d’« insultes » sur les réseaux sociaux à la suite de la diffusion de l’un de ses textes sur Twitter, alors qu’elle voulait « apporter une autre voix dans ce débat qui était confisqué par certains et que les gens fassent un choix éclairé ».

Selon la radio privée RCI Guadeloupe, une animatrice a aussi fait l’objet d’« insultes, menaces et propos diffamatoires » après avoir appelé en créole les auditeurs à « s’organiser », en pleine 4e vague, afin que la liste des avis d’obsèques, annoncés par la radio, ne cesse de grandir chaque jour. La direction du groupe explique avoir « porté plainte », et dénonce « un tel niveau de haine et un tel appel à la violence », dans un communiqué.

« Le problème essentiel c’est la prise en charge médicale »

« Les excès constatés ces derniers jours nous interpellent et nous désolent tant par leur férocité que par la déraison qui les inspirent », souligne dans le même temps un collectif d’avocats dans une lettre ouverte, appelant à « un sursaut guadeloupéen pour le retour à un débat apaisé ». Interrogé sur les menaces, Gaby Clavier, délégué syndical UTS-UGTG du CHU de la Guadeloupe, dit « comprendre la colère ». « On nous dit que la plupart des personnes décédées ne sont pas vaccinées [mais] le problème essentiel c’est la prise en charge médicale préalable, le dépistage, le traitement et les soins précoces », dénonce encore Gaby Clavier.

Mardi, l’UGTG et le LKP, collectif qui regroupe une cinquantaine d’organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles, ont déposé à leur tour une plainte auprès du procureur de Basse-Terre. Pour « constater la faillite de l’administration, de l’ARS, du préfet, du CHU et des établissements de santé ».