Coronavirus en Bretagne : « Continuez à manger du poisson »… Le cri d’alarme de toute une filière

Illustration d’un bateau de pêche dans le port du Guilvinec. — Fred Tanneau / AFP

  • La filière pêche tourne au ralenti depuis le début de la crise du coronavirus.
  • Première région de pêche en France, la région Bretagne subit de plein fouet l’épidémie avec des bateaux qui restent à quai et des criées pour la plupart fermées.
  • De nombreuses voix s’élèvent pour demander aux consommateurs de continuer à manger du poisson et soutenir ainsi la filière.

« Le problème n’est pas tant la volonté d’aller en mer, c’est surtout qu’on n’arrive pas à écouler notre marchandise ». Comme la plupart de ses collègues, Pascal (*), marin pêcheur à Saint-Quay-Portrieux (Côtes-d’Armor), navigue en eaux troubles. Depuis la fermeture des cantines et des restaurants il y a plus de deux semaines, c’est toute la filière pêche qui est à l’arrêt par manque de débouchés. Première région de pêche en France, la Bretagne est frappée de plein fouet par cette crise sans précédent. « Les rares criées qui restent ouvertes tournent au ralenti, souligne Lionel Faure, secrétaire général de l’Association bretonne des acheteurs des produits de la pêche ( Abapp). On doit être à 30 tonnes de poissons vendues chaque jour contre 300 tonnes habituellement ».

Dans ce contexte, beaucoup d’armateurs préfèrent laisser leur flotte à quai en attendant des jours meilleurs. « Pour ceux qui sont sur des petits volumes ça va encore, mais cela ne sert à rien de sortir pour ceux qui font de gros volumes », souligne Pascal. C’est notamment le cas des hauturiers, ces gros navires de pêche qui partent en mer pour dix ou quinze jours. « Tant que le volume d’achat n’est pas assuré, les armateurs n’osent plus faire sortir les bateaux par crainte de ne pas pouvoir payer le gazole ou le salaire des marins », ajoute Lionel Faure.

Bientôt des masques et des tests à bord des bateaux

A cela s’ajoute la crainte d’une contamination au coronavirus qui inquiète certains équipages. « Quand on part quinze jours ou trois semaines dans un bateau, il faut avoir des masques, peut-être qu’il faut essayer de faire en sorte qu’il y ait des tests au départ des bateaux, nous travaillons là-dessus », leur a répondu lundi Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Dans ce contexte, de nombreuses voix se font entendre dans la région pour tenter de sauver la filière. Président de la commission de la pêche au Parlement Européen, le Breton Pierre Karleskind en appelle ainsi aux consommateurs pour qu’ils continuent d’acheter et de consommer du poisson et des produits de la mer.

« Pour notre santé et pour soutenir une filière qui souffre, elle aussi, de la situation ! », indique-t-il. Même son de cloche du côté de l’Abapp. « Les gens ne vont pas tenir en mangeant que des conserves, indique Lionel Faure. Il faut qu’ils retournent dans les poissonneries afin que l’activité reprenne, même si ce n’est qu’au ralenti ».

La grande distribution sollicitée pour aider la filière

Les acteurs de la filière interpellent également la grande distribution en leur demandant, comme pour les fruits et les légumes, de mettre en avant des produits de la mer locaux sur les étals.

Nouveau gestionnaire du port de Saint-Malo, la société Edeis a ainsi lancé un appel aux supermarchés et hypermarchés de la région afin de les approvisionner en circuit court. Une initiative à laquelle ont répondu favorablement deux enseignes des magasins Système U pour l’instant. « Souhaitons que leur exemple inspire leurs concurrents et que l’exemple de Saint-Malo puisse gagner l’ensemble des ports de France et contribuer ainsi à secourir la filière pêche, encourager nos compatriotes à consommer des produits de qualité, de la pêche fraîche et locale », souligne Edeis dans un communiqué.

Dans le Finistère, certains pêcheurs se sont même lancés dans la vente directe pour tenter d’écouler leur marchandise. Des méthodes de survie que dénonce Lionel Faure, estimant que « toute la filière doit rester unie dans la tempête ». Mais il redoute l’après. « On sort déjà d’une succession de crises avec trois mois de tempêtes ainsi que les incertitudes liées au Brexit, indique-t-il. Cela faisait déjà beaucoup et je crains désormais que ce soit la crise de trop ».

* Le prénom a été modifié à sa demande.

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