Coronavirus : Emmanuel Macron gère-t-il la crise sanitaire façon Boris Johnson ?

Devant une grande épreuve de la vie, nous nous en sommes tous remis à la providence au moins une fois, abandonnant toute raison logique pour se réfugier dans une pensée magique : « Ca va bien se passer parce que ça doit bien se passer », Si cette stratégie a déjà fonctionné pour quelques-uns de nos partiels ou entretiens d’embauche, elle est plus contestable quand il s’agit de la gestion sanitaire d’une épidémie de coronavirus.

C’est pourtant ce qui semble découler des (non-) décisions de lundi, à la suite du Conseil de défense sanitaire. Alors que le pays connaît plus de 70.000 cas par jour, seules des « mesurettes » ont été décrétés, loin des tours de vis fermes lors de la première et la seconde vague. Peu à peu, l’exécutif se calque sur la gestion pandémique de  Boris Johnson en Angleterre, adoptant de moins en moins de mesures restrictives et se contentant d’espérer que la cinquième vague passe d’elle-même sans faire trop de dégâts.

Choisir ce que l’on veut voir

« Le gouvernement semble s’engager dans une sorte de pensée magique, ou tout du moins d’attentisme irresponsable », confirme le chercheur en santé publique Mickaël Ehrminger. Le tout basé sur un seul fondement scientifique : le variant Omicron, de plus en plus dominant dans le pays, provoque moins de formes graves et des hospitalisations moins sévères chez un individu que le variant Delta.

Si ce fait est confirmé par plusieurs études, l’exécutif semble volontairement diminuer l’impact d’une autre réalité : le variant Omicron est bien plus contagieux. « Or, si la contagiosité est beaucoup plus importante, cela ne réduira pas la valeur absolue des cas graves et des décès par rapport à un variant qui serait peu contagieux mais très létal », note le chercheur. Sans compter que cette vague Omicron intervient lors des fêtes de fin d’année, et alors que la cinquième vague du variant Delta n’est pas finie. Autrement dit, face à un hôpital déjà à bout.

Loin de calmer le lâcher prise des gouvernements, cette tension de l’hôpital est parfois utilisée pour justifier une absence de mesures. Boris Johnson a ainsi justifié son absence de tour de vis lundi en déclarant que la pression hospitalière « provient surtout des absences du personnel plutôt que des unités de soins intensifs surpeuplées ». Tout le principe de la pensée magique : distordre la réalité pour ne la regarder que du point de vue que l’on désire.

Emmanuel Macron prisonnier de son passif

La « Boris-Johnsonisation » d’Emmanuel Macron commence en réalité en janvier-février 2021 lorsque, contre l’avis du Conseil scientifique, le président décide de ne pas reconfiner la France en pleine flambée des cas. Depuis, le président serait prisonnier de cette décision passée, à en croire Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et spécialiste de la politique française : « Il y a une volonté de cohérence face à ses décisions précédentes. Il est très lié à ce choix de janvier et rien ne serait pire pour lui que de donner un sentiment d’une politique en zigzag et revenant sur ses pas ».

Selon le chercheur, la volonté de ne pas imposer des mesures trop fortes permet également à Emmanuel Macron de maintenir un de ses autres narratifs phares : le pass sanitaire. Réimposer couvre-feu ou pire un confinement, lorsque le vaccin et le pass ont été vendus comme empêchant cela, remettrait en cause tout le succès de la campagne de vaccination française, l’un des grands leitmotivs d’Emmanuel Macron.

Le désaveu de novembre 2020

Double raison donc de s’obstiner à ne pas prendre de mesures plus fortes et espérer qu’Omicron ne fasse pas trop de dégâts, sans prêter l’oreille aux alertes des scientifiques et des soignants. « Incontestablement, on avance de plus en plus vers une gestion totalement politique et économique, et les composantes scientifiques sont totalement ignorées », confirme Mickaël Ehrminger.

Un dédain de la part d’Emmanuel Macron qui pourrait bien trouver son origine le 28 octobre 2020. En pleine seconde vague, et dans son discours pour annoncer un deuxième confinement, le président justifie la mesure en déclarant que selon les prévisions scientifiques, il y aura quoiqu’il se passe au minimum un pic à 9.000 réanimations. Finalement, les réanimations n’ont jamais dépassé la barre des 5.000 personnes simultanément.

Optimisme à outrance

Depuis ce jour, le président semble miser plus sur le « et si ça se passait bien ? » que le « et si ça se passait mal ? ». Une philosophie qui l’arrange également bien pour la présidentielle 2022.  « Emmanuel Macron veut renouer aussi avec cette incarnation d’une vision positive et optimiste, élément fondamental de sa narration. Qu’importent les alertes des scientifiques, le politique est là pour tracer une voie vers l’avant », appuie Bruno Cautrès.

Contrairement au non-confinement du printemps 2021, la France partage avec d’autres pays cette stratégie de ne pas trop imposer de mesures : l’Angleterre donc, mais également l’l’Espagne, comptent également sur la seule vaccination pour passer la vague. Des pays qui s’auto-entretiennent mutuellement dans leur choix. « La France s’oriente vers un laisser-faire implicite, prenant pour exemple les nations qui font le minimum », redoute Mickaël Ehrminger. Le chercheur conclut : « Il n’y a plus grand-chose de sanitaire dans la gestion de cette crise, malheureusement. Prévenir est un gros mot dans beaucoup de pays, et encore plus en France. »

Ne reste plus qu’à y croire et à espérer.