Coronavirus : Donald Trump a-t-il « toujours su que c’était une pandémie » comme il l’affirme ?

Donald Trump fait le point sur le coronavirus depuis la Maison Blanche, le 18 mars 2002. — Kevin Dietsch – Pool via CNP/Newscom/SIPA

Donald Trump l’a certifié mardi lors d’un briefing sur le coronavirus à la Maison Blanche : « Je l’ai toujours su, c’est une pandémie. J’ai eu le sentiment que c’était une pandémie bien avant que ça soit qualifié de pandémie. » Sa déclaration a beaucoup fait réagir car le président américain, qui parle désormais de « guerre contre un ennemi invisible », a pendant deux mois minimisé l’importance de la crise.

FAKE OFF

Les propres paroles de Donald Trump le contredisent, même s’il a pris une mesure forte en fermant la frontière américaine aux personnes venant de Chine le 31 janvier. Voici l’évolution de ses déclarations sur le coronavirus.

22 janvier : Faut-il s’inquiéter d’une pandémie ? « Non, pas du tout »

Dans une interview sur CNBC, le journaliste demande au président américain s’il a été briefé par le Centre pour le contrôle des maladies (CDC), et s’il faut s’inquiéter d’une pandémie. « Non, pas du tout. Nous contrôlons totalement la situation. Il n’y a qu’une seule personne (infectée) venue de Chine. Tout est sous contrôle. »

30 janvier : « Tout est sous contrôle, nous n’avons que cinq cas » aux Etats-Unis

« Tout est sous contrôle. On a très peu de problèmes ici. Nous n’avons que cinq cas. Et tout le monde se rétablit », dit le président américain. Le même jour, l’Organisation mondiale de la santé déclare que le coronavirus est « une urgence internationale de santé publique », avec 7.711 cas confirmés en Chine et 170 décès.

31 janvier : Donald Trump ferme la frontière des Etats-Unis à la Chine

Les Etats-Unis ont été un des premiers pays à interdire l’entrée sur le territoire américain aux voyageurs venant de Chine. L’immunologue Anthony Fauci estime que cette mesure de Donald Trump a contribué à ralentir la progression de l’épidémie outre-Atlantique.

10 février : Le virus « devrait s’en aller avec la chaleur en avril »

Donald Trump se dit persuadé que tout ira mieux en avril. Les chercheurs, eux, avertissent qu’il est trop tôt pour savoir si le virus est sensible à la chaleur. Et quand ce sera l’été dans l’hémisphère nord, ce sera l’hiver au sud, avec des vagues probables de résurgence du virus en attendant un vaccin.

26 février : « On sera bientôt à seulement cinq personnes, on pourrait vite être à une ou deux »

A la Maison Blanche, Donald Trump parle de 15 cas aux Etats-Unis, qui devraient « bientôt passer à cinq ». Il y a en fait 60 cas aux Etats-Unis, et la Californie signale sa première infection d’origine inconnue.

28 février : Le coronavirus est « le nouveau hoax des démocrates »

Lors d’un meeting politique, il l’assure à ses supporteurs, « le coronavirus est le nouveau hoax des démocrates ». Donald Trump a par la suite clarifié qu’il qualifiait ici les attaques des démocrates, et pas le virus lui-même.

2 mars : « Un vaccin sera bientôt disponible »

Contrairement à ce qu’affirme le président américain, la plupart des scientifiques estiment qu’il faudra entre 12 et 18 mois pour mettre au point un vaccin, le tester et le déployer. Des traitements actuellement en phrase de test, notamment l’hydroxychloroquine (un anti-paludéen), pourraient cependant arriver bien avant.

6 mars : « Tous ceux qui le désirent peuvent être testés »

Le locataire de la Maison Blanche jure que « tous ceux qui le désirent peuvent être testés ». En réalité, il y a une pénurie des dépistages. Au 6 mars, moins de 8.000 Américains ont été testés, soit un taux par habitant 150 fois inférieur à celui de la Corée du Sud. Le professeur Anthony Fauci dénonce « les manquements » du CDC. En 2018, l’administration Trump a notamment dissous la Taskforce « pandémie » du Conseil à la sécurité nationale qu’Obama avait mise en place lors de l’épidémie d’Ebola.

10 mars : « Restez calme, ça va s’en aller »

A la Maison Blanche, Donald Trump appelle la population au calme « Ça (le virus) va s’en aller ». L’immunologiste Anthony Fauci le contredit devant le Congrès, prévenant que « la situation va empirer avant de s’améliorer. »

11 mars : « Il y a quatre semaines, personne ne pensait que ça serait un problème »

L’Organisation mondiale de la santé reclasse l’épidémie en pandémie. Lors d’un point presse, le président américain s’agace : « Nous devons régler ce problème, il y a quatre semaines, personne ne pensait que ça serait un problème. »

14 mars : Trump déclare l’état d’urgence

Il dévoile un partenariat avec le privé, assure que 500.000 tests seront disponibles d’ici une semaine, et promet un grand « site (Internet) national » de Google pour le triage des patients. Le laboratoire Roche tempère aussitôt ses annonces et Google précise que le projet en est à un stade « préliminaire », et sera d’abord testé à San Francisco.

17 mars : « J’ai toujours su que c’était une pandémie »

Le président américain change de ton et se fait plus grave. Il fait des points quotidiens, et le professeur Fauci a rejoint son équipe.

18 mars : 7.000 cas au Etats-Unis, et sans doute beaucoup plus

Les 50 Etats américains sont touchés, principalement la Californie, New York et l’Etat de Washington. Officiellement il y a à ce stade 7.253 cas confirmés aux Etats-Unis, et le cap des 100 morts vient d’être passé. Marty Makary, professeur de médecine à l’université John Hopkins, juge pour Yahoo News que le véritable chiffre est au minimum dix fois supérieur, car peu de personnes sont testées et que certaines sont asymptomatiques. Son estimation ? « Il y a entre 50.000 et 500.000 personnes infectées aux Etats-Unis. »

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