Coronavirus : Des cuistots engagés livrent 500 repas par jour au personnel des hôpitaux

Le chef Bruno Viala préparant les plats d’Ecotable. — Ecotable © Mika Cotellon

  • Depuis le 1er avril, l’association Ecotable livre 500 repas par jour à une dizaine  d’hôpitaux franciliens.
  • Deux recettes végétarienne et deux recettes carnées sont disponibles, faites à partir de produits bio ou en circuit court, issus de producteurs indépendants ou de coopératives.
     

Se rendre utile aux soignantes et soignants plutôt que de se tourner les pouces, en leur livrant des repas frais, cuisinés avec de bons produits écolos, et livrés sans polluer : c’est le pari d’Ecotable, un réseau de restaurateurs et restauratrices engagées, qui achemine près de 500 repas par jour à divers hôpitaux d’Ile-de-France, pour les garder en bonne santé et continuer à faire vivre les producteurs et productrices locales.

Ecotable est une association « qui réunit tous les acteurs du champ à l’assiette », et qui attribue un label aux restaurants écoresponsables, à partir d’un cahier des charges. Parmi ces restaurants on trouve par exemple la crêperie Lulu la Nantaise, le café-restaurant L’Oratoire, ou encore Les Marmites Volantes à Montreuil.

« Restaurer les corps, restaurer les forces »

Tout a commencé par un groupe WhatsApp le lundi 16 mars, quelques heures après l’annonce du Président de la République. Sur ce réseau, une quinzaine de cheffes et chefs cuistots échangent, bouleversés par la situation. Après avoir fermé le rideau de leur restaurant, ils et elles comprennent vite que le personnel des hôpitaux ne va plus pouvoir se nourrir sur place. Et ces citoyens et citoyennes engagées, comme ils et elles se nomment, ont envie de se rendre utiles. « L’action c’est le meilleur moyen de pas se laisser manger par l’angoisse », explique Alix Gerbet, très active dans cette initiative et par ailleurs fondatrice de La Table du Recho, qui mélange habitants et habitantes de la capitale et réfugiés d’un centre d’hébergement d’urgence.

Est alors lancée l’idée de livrer des repas aux femmes et hommes médecins, infirmiers, aides-soignants qui se battent tous les jours contre le virus, tout en soutenant les productrices, maraîchers, éleveuses et agriculteurs qui n’arrivent plus à écouler leur marchandise. « Restaurer les corps, restaurer les forces, de celles et ceux qui en ont besoin » tout en soutenant « celles et ceux qui produisent le contenu de nos assiettes avec soin », affirme Ecotable, parce que l’aliment est aussi l’une des premières médecines, selon Hippocrate.

Produits bio ou en circuit court

Une cagnotte est ouverte sur la plateforme de financement participatif KissKissBankbank et un premier message est envoyé le 22 mars sur les réseaux sociaux. Le lendemain, Ecotable a déjà réuni de l’argent pour 2.000 repas. De quoi financer l’achat de matières premières mais aussi assurer la livraison des repas en véhicule électrique via Coursier Privé, rémunérer les chefs, cheffes, commis et plongeurs ou plongeuses, ou encore acheter les masques qu’il faut changer toutes les trois heures, et les gants encore plus souvent.

Les livraisons commencent le 1er avril dans trois hôpitaux d’Ile-de-France, Lariboisière, la Fondation Alphonse de Rothschild et l’hôpital Beaujon. Tout est préparé dans la grande cuisine du restaurateur Bruno Viala à Arcueil, avec chaque jour huit personnes différentes. Deux recettes végétariennes et deux recettes carnées sont disponibles, faites à partir de produits bio ou en circuit court, issus producteurs indépendants ou de coopératives, comme l’épicerie de quartier Le Zingam, la ferme urbaine souterraine La Caverne, le magasin Au Bout Du Champ qui propose fruits et légumes frais à moins de 150 km du point de vente, et d’autres encore…

« Je me sentais très inutile, j’avais besoin d’aider »

Depuis samedi 4 avril, ce sont les cheffes Bérangère Boucher et Bérangère Fagart qui sont aux fourneaux. La première a fondé il y a deux ans Nomikaï à Paris, un restaurant d’inspiration japonaise qui sert de petites assiettes à partager, et la seconde dirige Sélune, un « restaurant français aux inspirations de voyages ».

Pour Bérangère Boucher, qui s’est reconvertie en cheffe après avoir travaillé dans l’édition, et qui compte beaucoup de membres de sa famille dans le milieu médical, dit-elle, agir était une « évidence ». « Je me sentais très inutile, j’avais besoin d’aider, et comme la nourriture c’est très réconfortant, et que ça peut apporter du bonheur… », complète à ses côtés Bérangère Fagart.

Initiatives en régions

Samedi, elles ont éteint la lumière à 22h. Mais le résultat est là, grâce à un gros travail collectif. Près de 9000 repas ont été financés, qui peuvent assurer des livraisons pour 18 jours à raison de 500 unités par jour, à 8 euros le repas. Et les soignants et soignantes sont ravies, à en juger par les nombreux messages reçus par l’équipe, et les photos postées sur les réseaux sociaux. « Voir que l’intelligence collective fonctionne c’est assez dingue » s’enthousiasme Alix Gerbet.

Le personnel de l’hôpital Lariboisière, remerciant Ecotable. Le personnel de l’hôpital Lariboisière, remerciant Ecotable. – Elise Muller / Ecotable

Aujourd’hui Ecotable essaie de trouver des subventions pour pérenniser son action, puisque le confinement semble être appelé à durer. Et aussi pour faciliter le lancement d’initiatives en régions, notamment en Touraine, à Marseille ou à Lille. Des projets qui se rapprochent de dizaines d’autres idées, comme celle du gagnant de « Top chef » Pierre Augé à Béziers, de ces 30 chefs et cheffes nantaises, les croque-monsieur à la truffe de Michel Sarran à Toulouse ou bien sûr, les presque 400 pointures réunies par le chef du palais de l’Elysée Guillaume Gomez et le journaliste Stéphane Méjanès, sous la bannière #chefsXsoignants. Des fourneaux aux hôpitaux, il n’y a parfois qu’un tout petit pas.

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