Coronavirus : « Des bénéfices supérieurs aux risques », « mes parents ne veulent pas »… Les ados à l’heure de la vaccination

Illustration d’une vaccination. — Pixabay
  • A partir de mardi, les adolescents français âgés de 12 à 17 ans pourront se faire vacciner contre le Covid-19, de manière volontaire.
  • Mais cette ouverture suscite des débats.
  • Si certains adolescents ont hâte de se faire vacciner pour profiter de l’été plus sereinement, certains parents estiment qu’il y a trop peu de recul sur ces vaccins à ARN messager.

Une ruée sur les créneaux ce mardi ? A partir de demain, les adolescents âgés de 12 à 17 ans pourront prendre rendez-vous pour se faire vacciner contre le Covid-19.

Décision précipitée pour certains, soulagement pour d’autres… L’avis de la Haute Autorité de santé, qui a préconisé d’ouvrir progressivement la vaccination aux adolescents, génère des réactions contrastées. Chez les premiers concernés, mais également chez leurs parents. Car à ces âges, il faut forcément obtenir l’accord parental ou le feu vert de son représentant légal avant l’injection…

Immunité collective et effets secondaires

Pour l’heure, seul le sérum de Pfizer sera utilisé pour les 12-17 ans. Mais l’Agence européenne des médicaments (EMA) a déclaré qu’elle espérait se prononcer dès juillet sur la possibilité d’utiliser le vaccin de Moderna.

Quoi qu’il en soit, l’ouverture des vaccins anti-Covid aux mineurs fait débat. Jusqu’au Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui regrette un timing bousculé. « Y a-t-il une urgence absolue à commencer la vaccination dès maintenant, alors que plusieurs indicateurs sont au vert et que la rentrée scolaire de septembre pourrait signer le début de la campagne ? » s’interrogeait-il dans un communiqué mercredi dernier. Il ajoute qu’il est « peu probable » que l’objectif de l’immunité collective, qui nécessite de vacciner 80 % à 85 % de la population, « puisse être atteint grâce à la seule vaccination des adultes ». Mais « est-il éthique de faire porter aux mineurs la responsabilité, en termes de bénéfice collectif, du refus de la vaccination (ou de la difficulté d’y accéder) d’une partie de la population adulte ? »

Une question récurrente à laquelle Alain Fischer, le « Monsieur Vaccin » du gouvernement, a répondu dans l’interview qu’il nous a accordée. « Il ne serait pas éthique de vacciner les ados en remplacement des adultes. Mais ce n’est pas « à la place », c’est « en plus ». Imaginons qu’on arrive à vacciner 100 % des adultes, ça serait bien de vacciner aussi les ados. Car ils jouent un rôle dans la transmission du virus. » Tout en souhaitant que l’école et l’université participent à l’effort de vaccination. Et ce dernier d’en rajouter dans le 
Journal du Dimanche, en évoquant un « impératif arithmétique ».

« Le bénéfice est largement supérieur au risque »

Parmi les jeunes que nous avons interrogés, les craintes sont limitées. Enzo, 17 ans, a creusé le sujet avant de prendre sa décision. « J’ai étudié les effets des différents vaccins contre le Covid-19 sur des sites fiables affiliés au Ministère de la Santé, et j’ai pu remarquer que le bénéfice était largement supérieur au risque. Si l’on a la volonté de sortir de cette situation sanitaire préoccupante, il faut se vacciner. »

Thomas, 16 ans, n’avait aucun doute… et assez peu de patience. « J’ai réussi à me faire vacciner début mai. Lorsque la question des comorbidités m’a été posée, je n’ai pas menti j’ai dit que je voulais profiter de cet été en étant plus serein que cette dernière année. Ma mère était bien sûr d’accord et m’a tout de suite accompagnée dans ma démarche, même si elle était un peu sceptique… »

Dans la famille de Matiss, 15 ans, les craintes vont au-delà du scepticisme. « Je souhaiterais me faire vacciner, mais malheureusement, mes parents ne veulent pas », confie-t-il. Pourquoi ? « On avait vu un médecin qui disait que l’ARN messager pouvait avoir des répercussions sur la reproduction et des possibilités d’avoir des enfants anormaux. » Lui assure qu’il en parle beaucoup avec ses amis, et que beaucoup hésitent. Mais il insiste : « Je souhaiterais me faire vacciner dans un but collectif. Mais aussi pour me protéger moi et mes proches, d’autant que j’ai un parent à risque. Je ne cesse de leur dire qu’il y a plus de risque en ayant le virus que de recevoir le vaccin. »

« La circulation du virus était hyperactive dans les collèges et les lycées »

Et du côté des parents ? Certains, comme Anne, 59 ans, ne cachent pas leur opposition : « Je suis absolument contre ces vaccins contre le Covid-19, sur lesquels nous n’avons pas de recul. » Ils sont tout de même nombreux à partager leur joie de retrouver une vie normale… en évitant qu’un coton-tige chatouille (ou pire) le nez de leurs enfants tous les deux jours. Hédi est ainsi rassurée que sa fille Elodie, qui va fêter ses 12 ans cet été, souhaite et puisse se faire vacciner au plus vite. « Nous sommes évidemment pour et heureux de voir qu’elle comprend le principe de l’immunité collective. Elle a hâte, comme nous tous, de pouvoir sortir de cette situation. »

Même écho chez Christel, 36 ans, mère de deux ados de 13 et 14 ans. Qui vont se faire vacciner le 23 juin. « Pour nous, c’est une totale évidence ! C’est notre seule arme efficace actuellement contre le Covid-19. » Rebecca, 40 ans, a une fille de 12 ans, et elle avance trois raisons pour lesquelles, évidemment, elle se fera vacciner. « D’abord, pour la protection de nos proches à risque, d’autant que sa petite sœur a eu le Covid-19, mais pas elle. Ensuite, parce que ça pourrait nous permettre de voyager et retrouver notre famille en Italie, qu’on n’a pas vu depuis deux ans. Surtout, c’est une démarche citoyenne. Si assez d’ados se vaccinent, j’espère qu’on aura moins de classes fermées à la rentrée prochaine. » Rebecca enseigne la biologie au lycée. Si bien que les répercussions sur les adolescents des ruptures de scolarité, elle connaît. « J’entends parfois que si tous les adultes sont vaccinés, ça suffira. Mais j’ai vu comment la circulation du virus était hyperactive dans les collèges et les lycées cette année ! »

Pour Sylvie, 44 ans et mère de deux adolescents de 12 et 17 ans, la vaccination rime avec protection. « J’étais très à risque, nous avons donc fait très attention et depuis plus d’un an, les restrictions se sont multipliées : pas de cantine, pas de fête d’anniversaire, pas d’invités… C’était difficile, surtout pour les enfants. Mon grand va partir en études supérieures et je veux qu’il puisse profiter de la vie étudiante ! Le plus jeune a besoin de voir ses nouveaux copains, la sixième est un cap à passer. » Et Sylvie d’ironiser : « mon grand est tout à fait partant, mon plus jeune craint seulement la piqûre ! »

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