Coronavirus : Débit faiblard, forfait mobile explosé… La galère des Français confinés sans Internet fixe ou en zone blanche

Rester en contact avec ses proches, travailler à domicile ou faire l’école à distance sans box internet relève parfois de l’exploit pendant le confinement. — Martin BERNETTI / AFP

  • La population française est confinée depuis le 17 mars dernier pour endiguer l’épidémie de coronavirus.
  • Pour les familles qui ne bénéficient pas d’une bonne connexion Internet ou pour ceux contraints d’utiliser leur téléphone portable, les activités et loisirs du quotidien s’avèrent plus compliqués.
  • Certains ont d’ores et déjà largement dépassé leur forfait habituel et craignent une facture plus salée.

« Vous voyez, là on a de la chance. Ça fait cinq minutes qu’on se parle et ça n’a pas encore coupé, c’est rare ! » A l’autre bout du fil, Dominique Dhumeaux, le maire du village de Fercé-sur-Sarthe, préfère en rire. Mais depuis le début de l’épidémie de coronavirus et du confinement, sa mairie a dû remédier aux difficultés liées à la gestion numérique et dématérialisée du quotidien des Français cloîtrés à domicile.

Pour les 600 habitants de sa commune comme pour d’autres, la mauvaise couverture mobile ou la faiblesse du débit Internet dans certaines zones de France complique un quotidien déjà bousculé. Car depuis le 17 mars dernier, les besoins numériques ont explosé. Et l’accès à une connexion Internet en haut débit ou à des données mobiles suffisantes pour télétravailler, suivre ses cours en ligne, maintenir le lien avec ses proches ou simplement pour se divertir est devenu plus précieux que jamais.

Trouver des systèmes D

Pour Dominique Dhumeaux, l’accès à Internet pour ses administrés était un sujet bien avant le début du confinement. Alors quand l’annonce de la fermeture des établissements scolaires est arrivée, puis celle du confinement obligatoire, l’élu savait que le suivi des cours à distance allait poser quelques difficultés. « L’école du village accueille 50 enfants. Ça représente 37 familles différentes. Trois n’ont pas d’ordinateur à la maison et il y a aussi celles qui n’ont pas d’internet fixe, faute de moyens, et qui utilisent leur téléphone pour aller sur Internet », détaille le vice-président de l’association des maires ruraux de France. Or, pour compléter un devoir ou suivre la classe à domicile, le smartphone a ses limites. « Au total aujourd’hui, 14 familles rencontrent des difficultés numériques. Ça représente près d’un tiers », poursuit Dominique Dhumeaux.

Pour remédier à ces inégalités, c’est la commune qui a pris le relais. Les enseignants envoient les cours à la mairie et deux conseillers municipaux sont chargés de les imprimer et de les éditer. « On a installé des tiroirs en plastique, un par famille, dans d’anciennes cabines téléphoniques transformées en boîtes à livre. Chaque jour, les parents ou les enfants peuvent aller récupérer et déposer leurs devoirs, sans avoir de contact avec un tiers », explique l’édile.

« Ils prennent leurs devoirs en photo et les envoient à leurs copains qui envoient ensuite le mail pour eux à l’enseignant »

Dans le Pas-de-Calais, Sophie et ses enfants ont eux aussi mis en place un « système D ». « Nous habitons Clerques, une toute petite commune et nous sommes en zone blanche pour le réseau mobile et nous avons un très petit débit Internet », explique cette mère de deux adolescents de 14 et 17 ans. Impossible pour les deux enfants de se connecter en même temps, alors la famille s’organise en « se calant » sur les besoins de l’aîné qui doit passer le bac cette année.

Quant aux envois de mails avec des pièces jointes trop lourdes, Sophie et ses enfants ont abandonné. « Ils prennent leurs devoirs en photo et les envoient à leurs copains qui envoient ensuite le mail pour eux à l’enseignant », raconte-t-elle. Cette inégalité d’accès à Internet génère quelques frustrations, reconnaît Sophie : « Je vois autour de moi des gens qui ont des débits pharaoniques. Ici on ne peut même pas regarder un replay, même une vidéo de quelques minutes sur Facebook ou YouTube, ce n’est pas possible ».

Un télétravail au ralenti

Pour les plus grands, le télétravail peut aussi virer au casse-tête. Guillaume est journaliste agricole dans la Marne. Installé dans les Ardennes, il travaille à domicile depuis une semaine. Chez lui, le réseau mobile est « quasi-absent » pour tout ce qui nécessite échange de données en 3G ou au-delà.

Pour Guillaume, journaliste et habitant dans les Ardennes, le télétravail est devenu synonyme de patience. Pour Guillaume, journaliste et habitant dans les Ardennes, le télétravail est devenu synonyme de patience. – Guillaume.P

« L’ADSL est plus stable, mais dès que l’usage dépasse le simple fait de « surfer sur Internet », tout prend un temps démesuré », explique le journaliste, photo de son modem, au débit particulièrement bas, à l’appui. Son épouse, enseignante, tenait à instaurer un temps d’échange quotidien avec ses élèves en visioconférence. « Mais c’est très lourd pour notre modeste connexion », regrette Guillaume.

Des forfaits mobiles qui explosent

Pour Thomas et Julie, un couple de trentenaires installé dans le Cher, la perspective d’un raccordement à du très haut début est arrivée presque en même temps que l’annonce du confinement : « On était enfin éligible à la fibre. Mais dans ce contexte, on ne sait pas du tout si les installations vont avoir lieu et nous n’avons pas de nouvelles pour l’instant. »

Dépourvus d’internet fixe faute d’une ligne ADSL disponible dans leur quartier rural, le jeune homme et sa compagne utilisent au quotidien leurs mobiles respectifs pour se connecter en partageant leur réseau directement sur leurs ordinateurs. Avec deux forfaits de 20 Go et 40 Go, le couple ne dépasse habituellement jamais ce plafond. Mais c’était sans compter sur l’activité numérique intense des derniers jours.

« En début de semaine, je me suis rendu compte que j’étais déjà presque arrivé au bout de mon Internet mobile. Et il me reste dix jours à tenir avant le renouvellement », poursuit-il. Pour économiser des données, sa compagne contrainte au télétravail privilégie les appels aux réunions en visioconférence. Quant aux perspectives d’apéro-Skype avec leurs proches, les échanges seront limités à quelques minutes.

Des solutions au « cas par cas »

À plusieurs milliers de kilomètres du Cher, Benjamin, cartographe de 34 ans, rencontre les mêmes difficultés. Habitant du Gosier en Guadeloupe, ce père de famille travaille lui aussi à domicile depuis le 17 mars. Comme le couple berrichon, son foyer ne dispose pas d’internet fixe et utilise son forfait mobile Internet pour toutes les connexions de la famille.

« Tout s’est enchaîné très vite, et je n’ai pas eu le temps d’anticiper pour voir si je pouvais augmenter mon forfait. En attendant, je vois ma data fondre à toute vitesse et je commence à devoir faire des choix dans mes usages numériques », explique-t-il. Son employeur, qui croule sous les demandes relatives aux connexions à domicile de ses salariés, n’a pas encore pu intervenir pour son cas précis. « J’espérais un geste de la part de mon opérateur mobile, c’est une période exceptionnelle, un renforcement des forfaits devrait pouvoir être possible », estime Benjamin.

Contactée par 20 Minutes, la Fédération française des télécoms précise que les opérateurs étudieront les solutions « au cas par cas » pour les Français confinés dépourvus d’internet fixe et invite les usagers à se mettre en relation avec les services clients. Et précise : « Les opérateurs sont totalement mobilisés pour faire face au confinement et permettre au plus grand nombre de communiquer, travailler, étudier et de s’informer. Nos services clients sont très sollicités en ce moment mais ils restent disponibles pour étudier chaque situation, notamment pour les étudiants, les élèves qui doivent poursuivre leurs cours à distance. L’éducation fait partie des priorités »

Pour Dominique Dhumeaux, la responsabilité revient aussi à l’Etat : « Gérer une crise d’une telle ampleur en faisant tout reposer sur la téléphonie et Internet, c’est scandaleux. C’est dans ce genre de moments qu’on se rend compte de l’importance des réseaux. Une fois l’épidémie passée, j’espère qu’il y aura une réflexion nationale à ce sujet. »

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