Coronavirus : Davantage de vaccins, de doses et de bras… Le mois d’avril, un tournant pour la campagne de vaccination ?

Illustration du vaccin AstraZeneca. — FRANCOIS GREUEZ / SIPA/SIPA

  • Le candidat vaccin de Johnson & Johnson pourrait obtenir le feu vert européen à la mi-mars. Ce sérum, le seul à ne nécessiter qu’une seule injection, pourrait accélérer grandement la campagne vaccinale.
  • Son arrivée en France, prévue pour avril, correspond à une période où il y aura davantage de bras pour vacciner et de doses disponibles.
  • Peut-on alors espérer un retour à la vie un peu plus normale pour le printemps ? Si ce coup d’accélérateur côté vaccination semble se dessiner, il ne rimera pas forcément avec fin des restrictions.

Avril en terrasse sans masque ? Alors que les chiffres des contaminations inquiètent et qu’un confinement localisé vient d’être décidé dans les Alpes-Maritimes, les dernières informations sur la vaccination contre le Covid-19 donnent un peu d’espoir pour le printemps. Car avril pourrait être le mois de l’accélération, grâce à différents facteurs. 20 Minutes vous explique pourquoi.

Le vaccin Johnson & Johnson en avril ?

Le laboratoire américain Johnson & Johnson a déposé mardi 16 février une demande d’autorisation de mise sur le marché de son vaccin, développé en réalité par sa filiale européenne Janssen. L’agence européenne des médicaments, qui étudie depuis le 1er décembre les documents concernant ce sérum, s’est engagée à donner sa réponse mi-mars. Si elle était positive, ce vaccin serait le quatrième autorisé dans l’Union Européenne, qui a commandé 200 millions de doses, dont 100 millions doivent arriver avant juin. Pour la France, 2,7 millions de doses sont normalement attendues en avril. « Les contacts qu’on a eus avec le laboratoire nous laissent penser que les premières livraisons sont attendues au mieux en avril, mais ils n’excluaient pas un décalage en mai, nuance-t-on au ministère des Finances. Ce qui ne remet pas en cause les livraisons au deuxième trimestre. »

« Sa force, c’est qu’il s’administre en une seule fois », rappelle le ministère de la Santé. C’est le tout premier vaccin ayant cette particularité, qui facilite grandement son utilisation. Outre son faible coût, plus besoin de jongler avec les agendas pour organiser une deuxième injection. A cela s’ajoute le fait qu’il se transporte à – 20 °C, mais se conserve trois mois à 8 °C. Pour Mylène Ogliastro, virologue et chercheuse à l’Inrae de Montpellier, « clairement, cela pourrait changer la donne. Il faut miser sur tous les chevaux pour vacciner au plus vite. » « Ses particularités nous autorisent à être inventifs, reprend le ministère. Il est vraisemblable qu’il puisse s’administrer via divers dispositifs. »

Davantage de professionnels pour vacciner

On peut supposer que ce quatrième vaccin, comme AstraZeneca, serait disponible dans les cabinets des médecins. Cette semaine, pour la première fois, environ 30.000 généralistes vont vacciner en ville. Et de plus en plus de médecins, généralistes ou spécialistes, devraient se porter volontaires au cours des prochaines semaines.

Par ailleurs, Olivier Véran a annoncé jeudi dernier que les vaccinations pourraient être réalisées par les pharmaciens dès mars avec l’AstraZeneca. Voilà qui amplifierait considérablement la campagne, quand on sait que la France compte près de 7.000 officines. Autre coup d’accélérateur : la Haute Autorité de Santé s’est dite favorable à ce que les infirmiers et les sages-femmes puissent vacciner. A condition d’avoir assez de doses…

Davantage de doses prévues

Selon les dernières informations de la Direction générale de la santé, la France attend en avril 19,3 millions de doses de Pfizer, 3,2 millions de Moderna et 9,1 millions d’AstraZeneca. Si tout se passe bien, on pourrait donc vacciner 15 millions de Français supplémentaires avec.

Et chaque jour, de nouvelles informations viennent modifier ce calendrier. Une étude publiée vendredi dernier dévoile par exemple que le vaccin de Pfizer-BioNTech pourrait finalement être conservé jusqu’à deux semaines dans un réfrigérateur classique en pharmacie contre cinq ans actuellement. Ce qui pourrait être un nouveau levier d’accélération.

Une réorganisation temporelle ?

Davantage de bras pour vacciner et de doses à injecter. Voilà pourquoi le calendrier prévu par la Haute Autorité de Santé envisage une ouverture de la vaccination au printemps au reste des adultes, sans comorbidité, mais avec une priorisation en fonction de l’âge et de la profession. « En avril, on aura plusieurs vaccins en très grand nombre, reprend le ministère de la Santé. Le défi pour le printemps, il est organisationnel. » Et les autorités sanitaires réfléchissent déjà à des réorganisations temporelles pour passer la seconde.

« Quand on compare avec les données des autres pays, la France a une capacité de vaccination très importante pendant la semaine, analyse le ministère de la Santé. En avril, il va falloir mobiliser tous les leviers, et on a des marges d’amélioration sur le week-end »

Suffisant pour supprimer les restrictions ?

Est-ce à dire que l’on pourrait voir s’éloigner la menace d’un confinement au printemps ? « Dans la mesure où les doses suivent, où les gens sont prêts à se faire vacciner, ce qui reste difficile à évaluer aujourd’hui, les signaux sont au vert pour qu’on arrive à un niveau de vaccin significatif pour modifier la courbe épidémique », espère Mylène Ogliastro. Qui rappelle que les modélisations évaluaient le nombre de Français fragiles par rapport au Covid-19 à 15 millions.

Si les hôpitaux ne sont alors plus sous pression, les restrictions pourraient-elles être allégées ? « L’exemple israélien m’invite à l’optimisme, reprend la virologue. La moitié de la population y est aujourd’hui vaccinée, on voit une inflexion de la courbe épidémique. » Et une sortie de confinement. Mais pour elle, cette accélération de la vaccination ne doit pas s’accompagner d’un relâchement généralisé, surtout avec l’émergence des nouveaux variants. « En Israël, ils ont vacciné vite et fort pendant qu’ils étaient confinés, en sachant que le variant anglais dominait. On ne peut pas baisser la garde. On voit que les variants sud-africain et brésilien se sont développés là où la population avait un taux d’immunité (naturelle) important. Si on veut vraiment bloquer le développement épidémique, il faut garder au moins un couvre-feu et une vigilance extrême. » D’autant qu’il reste encore des doutes sur l’efficacité des vaccins actuels contre ces variants.

La virologue invite donc à faire (encore) preuve de patience. « J’espère que d’ici à cet été, on pourra retrouver une vie normale. Mais on l’a vu, la situation épidémique peut évoluer vite. » Dans quel sens, ce sera tout l’enjeu des prochains mois.

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