Coronavirus : Confinement, masques, tests… La gestion de crise des gouvernants du monde entier remise en cause

Emmanuel Macron et Edouard Philippe, le 19 mars 2020 à l’Elysée. — LUDOVIC MARIN -POOL/SIPA

Le Covid-19, de la « grippe » chinoise à une pandémie mondiale… La grogne monte contre des gouvernements accusés de ne pas avoir assez protégé leurs populations, à l’heure où le coronavirus touche désormais quasiment le monde entier.

« Le temps viendra de la responsabilité, ce temps viendra, il est légitime et démocratique », a reconnu ce mardi le président français Emmanuel Macron, appelant chacun à faire preuve « d’humilité ». Dès le 6 mars, le Journal international de médecine (JIM) s’interrogeait dans une tribune sur « les soupçons d’impréparation » qui « se multiplient » en France. A cette époque où seuls deux décès étaient recensés dans le pays, l’article pointait déjà des situations « inquiétantes » de pénurie de masques FFP2 évoquant le « déni » des autorités.

La prise de conscience trop tardive des dirigeants

Cette gestion des autorités en amont de l’épidémie est épinglée :  en Espagne pour avoir autorisé très tardivement de grands rassemblements, en France pour sa pénurie de masques, au Royaume-Uni pour la très tardive prise de conscience du Premier ministre Boris Johnson, récemment testé positif, qui « serrait la main de tout le monde » dans des hôpitaux au début du mois de mars.

Au sortir de cette crise, la menace d’une sanction des gouvernants dans les urnes pourrait donc devenir réalité. A commencer par les Etats-Unis qui doivent élire leur président en fin d’année. « Il est trop tôt pour tirer des conclusions, mais cette crise pourrait causer plus de mal que de bien à Trump. Sa gestion a été lente et maladroite », estime Charles Kupchan qui enseigne les affaires internationales à la Georgetown University, à Washington.

Des difficultés que pourrait aussi connaître son allié brésilien Jair Bolsonaro, qui parle de « psychose » et rejette carrément la doctrine du confinement. Une stratégie risquée sur le plan sanitaire qui inquiète une partie du Brésil où le mot « destitution » est prononcé par des parlementaires d’opposition ou du centre.

Des plaintes pour « homicide involontaire »

Mais au-delà du sort politique des gouvernants, la question de poursuites judiciaires commence aussi à émerger. En France, des plaintes ont été déposées contre des membres du gouvernement pour homicide involontaire. « La multiplication des recours est le signe que les citoyens restent vigilants », pointe le constitutionnaliste Dominique Rousseau, même si les chances d’aboutir de ces procédures restent minces, selon plusieurs magistrats.

Une question alimente le débat : était-il possible de prendre des mesures drastiques de confinement plus tôt ? Une mission délicate en démocratie sans l’adhésion d’une part importante de la population.

« Si l’opinion n’est pas convaincue par la gravité, si le corpus scientifique est relativement divisé, il vous est difficile en tant que décideur politique de créer un consensus », souligne pour l’AFP Carine Milcent, chercheuse et spécialiste des systèmes de santé. « Les chiffres qui étaient annoncés par la Chine au départ ne faisaient pas peur et plein de gens se demandaient à l’époque pourquoi on en faisait autant », rappelle-t-elle.

Un manque d’informations chinoises

Des voix s’élèvent d’ailleurs en Chine pour dénoncer le manque total de transparence des autorités sur le bilan réel de cette épidémie, faisant craindre un chiffre bien supérieur aux 3.300 morts annoncés. « Le manque d’information au début de la propagation du virus par la Chine a eu encore plus d’impact que la sous-estimation du bilan », abonde Charles Kupchan. « Des deux côtés de l’Atlantique, les gouvernements ont été longs à la détente. Mais si la Chine avait tiré la sonnette d’alarme plus tôt, ces pays auraient pu avoir une meilleure réponse et être mieux préparées », note-t-il.

Et même dans les pays cités en exemple, comme la Corée du Sud qui a pu juguler l’épidémie au prix de mesures liberticides comme le traçage numérique des contaminés, la méthode n’est pas facilement transposable. « Les démocraties occidentales n’ont pas voulu prendre ces mesures car elles sont extrêmement envahissantes. C’est un niveau de surveillance étatique avec lequel ils ne sont pas à l’aise », conclut Jeremy Shapiro, expert à l’European Council on Foreign Relations.

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