Coronavirus : Confinement, fermeture des marchés… La mauvaise passe des agriculteurs de France

Coronavirus: Confinement, fermeture des marchés… La mauvaise passe des agriculteurs de France — 20 Minutes

  • Le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé, le 23 mars, la fermeture des marchés ouverts et couverts, pour tenter d’endiguer la propagation du coronavirus sur le territoire.
  • La disparition soudaine d’un circuit de vente directe menace de prendre à la gorge les plus petits exploitants.
  • Des solutions alternatives se mettent en place pour remédier à un trou conséquent dans la trésorerie des producteurs, mais ne permettront pas à tous de survivre à la crise.

« C’est une situation qui nous inquiète terriblement ». Monique Rubin n’en revient toujours pas. La présidente de la Fédération des marchés de France est encore sous le choc de l’annonce brutale du premier Ministre, le 23 mars, de la fermeture des marchés ouverts et couverts, pour tenter d’endiguer la propagation du coronavirus sur le territoire. « Ça fait plusieurs jours que nous bataillons, explique-t-elle. De nombreux producteurs sont en colère et ne comprennent pas cette décision ». Car, malgré la possibilité d’obtenir une dérogation, toutes les demandes des maires pour rouvrir certains marchés doivent passer par les préfets. « Or, de nombreux préfets refusent systématiquement ! » assure la présidente.

Alors, la Fédération s’est adjoint l’aide des syndicats agricoles, comme la Confédération paysanne et la Fédération nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) pour faire entendre raison au gouvernement. « Nous avons pris contact avec l’Association des maires de France, et nous avons adressé plusieurs courriers aux sénateurs pour leur demander d’appuyer les demandes de maintien des marchés », détaille Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne et éleveur de vaches laitières dans le Jura. Un guide des bonnes pratiques sur les gestes barrières et le protocole sanitaire à mettre en place sur les marchés ouverts a été créé à destination des préfets. Un outil censé rassurer les plus frileux d’entre eux.

Le maintien des marchés, une question de survie

Si le confinement a paralysé une partie du pays, de nombreux agriculteurs n’ont d’autre choix que de poursuivre leur activité. Question de survie. Mais la disparition soudaine d’un circuit de vente directe menace de prendre à la gorge les plus petits exploitants.

« Moi, le lundi, quand ils ont annoncé la fermeture des marchés, j’avais déjà plumé mes volailles pour mes ventes du mercredi, raconte Sylvie Colas, agricultrice dans le Gers. Ce n’est qu’à 17h, le mardi, que j’ai su que la préfecture avait finalement accepté la demande de dérogation du maire de Billère (Pyrénées-Atlantiques) pour l’ouverture du marché ». Une chance pour l’éleveuse de volailles. La suppression du marché de Billère aurait pu coûter très cher à Sylvie dont la vente directe de ses produits sur les étals représente 80 % de son chiffre d’affaires.

Des circuits alternatifs, mais pas pour tous

Ailleurs, des solutions alternatives se mettent en place pour remédier à un trou conséquent dans la trésorerie des producteurs, et à une perte sèche de produits frais en attente d’être consommés. « L’enjeu, finalement, ce n’est pas de trouver d’autres circuits, car ils existent déjà. Mais c’est surtout de réussir à sécuriser juridiquement ces alternatives », précise Nicolas Girod.

Marchés à la ferme, plateformes de vente en ligne, magasins de producteurs ou livraisons : les agriculteurs s’organisent malgré la crise. « Le but, c’est aussi de réussir à sortir de cette crise-là sans un paysan de moins, assène l’éleveur. Parce que des paysans, on n’en a déjà pas suffisamment, en France, pour réussir à répondre à une demande alimentaire de produits de qualité ». Revers de la médaille : la plupart des plateformes de vente en ligne s’octroient un pourcentage conséquent sur chaque transaction, et les produits des petits producteurs, notamment biologiques, ne sont bien souvent pas calibrés pour être mis en rayon dans les supermarchés.

L’importance de « recréer une dynamique territoriale »

Au total, sur les 10.005 marchés existants en France, la Fédération des marchés de France estime à 3.000 le nombre de marchés maintenus, pour la plupart dans des petites communes. Trop peu, selon les syndicats, pour permettre aux paysans de survivre et de tenir bon face à la crise sanitaire et au confinement qui pourrait être à nouveau prolongé.

« Ce serait sacrément utile que, pendant cette pandémie, on réussisse à se reconnecter à ce qui est vital et prioritaire comme l’alimentation. Et qu’on en profite pour recréer une dynamique territoriale autour d’une agriculture qui se relocalise. Ça, ça serait une sacrée victoire », assure Nicolas Girod. De là à ce que l’Etat envisage d’indemniser en totalité les producteurs ? Rien n’est moins sûr.

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