Coronavirus : « C’est l’angoisse de recommencer », « Ça va être la double journée »… La fermeture des écoles inquiète les parents

Un enfant qui suit l’école à la maison en mars 2020. — Eric BARADAT / AFP
  • Mercredi soir, Emmanuel Macron a annoncé que les crèches, écoles, collèges et lycées seraient fermés dès vendredi soir et que les vacances scolaires de printemps seraient unifiées sur l’ensemble du territoire à partir du 12 avril.
  • Une perspective qui stresse beaucoup de parents, lecteurs de 20 Minutes. Car ils vont devoir se réorganiser très rapidement.

« Ça va être la galère ! », prévoit Anaïs. « Aucune envie de revivre les 2 mois de l’an dernier ! », s’exclame à son tour Alexandra. L’annonce, mercredi soir par Emmanuel Macron, d’une fermeture des établissements scolaires et des crèches à partir de lundi, ne passe pas comme une lettre à la poste chez les parents qui nous lisent. Car ils doivent réorganiser la vie de famille en deux temps, trois mouvements.

Pour ceux qui se rattachaient aux vacances de printemps pour garder le moral et qui avaient prévu de partir s’aérer, c’est la douche froide. Car non seulement les déplacements interrégionaux seront interdits sur l’ensemble du territoire sauf motifs impérieux dès lundi soir, mais le calendrier des vacances a lui même été modifié. Elles seront unifiées pour toutes les zones à partir du 12 avril.

Les familles de la zone A ne sont pas impactées par cette modification du calendrier. Mais pour les autres, tous les plans sont souvent à revoir. C’est le cas de Coralie, qui a répondu à notre appel à témoins : « Mon mari et moi avions prévu depuis des mois une semaine de congés pour nous occuper de notre fils. Nous avions réservé une location pour changer d’air et découvrir une nouvelle région de la France. Résultat, nous serons en vacances au moment où notre fils sera à l’école. N’ayant que 5 semaines de congés par an, je préférerais les passer avec lui. Et comme je dois les solder avant le 31 mai, impossible de les reporter ».

« Nos vacances de Pâques sont annulées comme l’an dernier. Ras de bol ! »

Caroline doit aussi renoncer à la réservation qu’elle avait prévue et cela lui fait aussi mal au moral qu’au portefeuille : « Le décalage des vacances scolaires n’est pas une clause d’annulation. Je suis vraiment déçue, car on a perdu notre réservation ». Isabelle, elle, a l’impression de revivre un mauvais souvenir : « Nos congés payés ne pourront pas être déplacés, donc nos vacances de Pâques sont annulées comme l’an dernier. Ras de bol ! », s’écrit-elle.

Devoir renoncer à des vacances n’est d’ailleurs pas un crève-cœur que pour les parents, mais aussi pour leurs enfants, comme le montre le témoignage déchirant de Marie : « Mon fils de 15 ans a très mal vécu l’arrêt des cours l’année dernière : plus 10 kg sur la balance, décrochage scolaire, dépression… Il a réussi à se remotiver avec beaucoup de difficultés mais là, je l’ai retrouvé en pleurs dans sa chambre… Nous devions partir nous aérer en Charente-Maritime la première semaine de mai, nos premières vacances depuis le début de cette crise, mais impossible de les décaler », explique-t-elle.

Autre source de stress : la semaine du 5 au 12 avril, les cours pour les écoles, collèges et lycées se feront à la maison. Et rebelote la semaine du 26 avril pour les collégiens et les lycéens. Ce qui pose des problèmes de garde d’enfants. Certes, les salariés du privé pourront bénéficier de l’activité partielle s’ils doivent garder un petit de moins de 11 ans. Et les indépendants, professions libérales ou de santé et contractuels peuvent poser un arrêt maladie s’ils ne peuvent télétravailler. Mais beaucoup d’entre eux ne comptent pas bénéficier de ces dispositifs, ne pouvant s’absenter. C’est le cas de Lætitia : « Nous sommes cadres commerciaux, donc toujours au travail, et pendant ces 3 semaines, je ne sais pas comment nous allons faire car notre fille n’a que 8 ans ».

« Ça va être la double, voire la triple journée »

Même recherche de la solution miracle pour Morgane : « Comment puis-je trouver en deux jours une solution de garde pour mes deux enfants en primaire ? Les grands-parents sont trop âgés et à risques, je ne vais pas leur confier les enfants un mois en espérant qu’ils n’attrapent pas le virus ». Alison, qui est frontalière, ne pourra pas bénéficier de ces dispositifs : « Mon emploi est régi par le régime du travail suisse, pays non confiné. Je suis mère célibataire d’un petit garçon de 3 ans scolarisé en France et me voilà donc, dès mardi matin, sans solution de garde durant 3 semaines », déplore-t-elle. Valoris, qui élève seul son fils, n’aura pas d’autre choix que de demander à être en  chômage partiel pour le garder, « ce qui va nous impacter au niveau financier », déplore-t-il. Et comme lors de la fermeture des écoles en mars 2020, cette réorganisation va être plus complexe pour les parents séparés : « Le gouvernement a-t-il pensé aux parents qui suivent des décisions de justice concernant la garde alternée ? C’est déjà compliqué en temps normal, mais là, je ne sais pas comment on va gérer ça avec le papa », s’inquiète Sandra.

Pour ceux qui ne pourront pas s’arrêter, il va encore falloir jongler entre télétravail, école à la maison et activités à prévoir pour occuper les enfants. Une perspective qui ne réjouit pas Myriam : « J’ai deux collégiens et un enfant au CE1. Ça va être la double, voire la triple journée ». Tiffany sait déjà que sa productivité en prendra un coup : « Je suis commerciale en sécurité incendie et ma compagne acheteuse. Soyons honnêtes, notre fils n’a que 6 mois et quand il est là, on ne travaille pas comme on aimerait. Il va falloir adapter nos temps de travail en fonction de ses siestes ».

« Nous avons un ordinateur familial pour trois enfants »

Enfin, beaucoup de parents voient avec inquiétude revenir l’école à la maison. Car lors du confinement de mars 2020, ils avaient bien compris qu’ils n’avaient ni les compétences, ni la patience des enseignants. Et que les apprentissages de leurs enfants en avaient pris un coup : « C’est l’angoisse de recommencer l’enseignement en distanciel pour mes deux enfants, en 5e et CM1. Le plus grand avait déjà 1 à 2 jours de distanciel par semaine dans son collège. Il est en situation de handicap. Je dois donc être à la fois professeur, AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) et en plus m’occuper de ma fille… », confie Emilie.

Alison, maman de trois enfants de 9, 12 et 15 ans, sera elle confrontée à un problème très pratique : « Nous avons un ordinateur familial pour trois enfants ». Difficile de les faire travailler dans ces conditions. Magali, mère de trois enfants a le cœur lourd aussi : « Notre vie ne nous appartient plus depuis plus d’un an », résume-t-elle, fataliste.

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