Coronavirus aux Antilles : Pourquoi de nouvelles mesures drastiques ont-elles été mises en place ?

La situation épidémique s’aggrave aux Antilles. Les autorités ont renforcé lundi les mesures de restriction en Martinique, impliquant notamment la fermeture des plages et commerces non-essentiels. L’île connaît, comme la Guadeloupe, un sévère rebond de Covid-19.

La crise sanitaire est « extrêmement grave » aux Antilles avec des taux d’incidence « jamais connus » en France, s’est alarmé Sébastien Lecornu, avant une « visite de crise » ce mardi. Le ministre des Outre-mer a précisé qu’un durcissement du confinement était également inévitable en Guadeloupe « tant il y a urgence ». 20 Minutes fait le point sur la situation.

Pourquoi de telles mesures ?

Depuis plusieurs jours, l’évolution du virus dans les Antilles est alarmante. La Martinique est passée de 410 cas le 6 juillet à 4.171 la première semaine d’août, et 35 décès. En quatre semaines, 350 personnes ont été hospitalisées. « Il faut comprendre que nous accueillons au moins 15 patients chaque jour, c’est l’équivalent d’une unité d’hospitalisation de médecine », rappelle à l’AFP Jérôme Viguier, le directeur général de l’ARS. Sur l’île, le variant Delta représente 40 % des contaminations et le taux d’incidence s’est envolé à 1.162 cas pour 100.000 habitants, selon l’Agence régionale de Santé, bien au-delà de la moyenne nationale à 232,53 et très loin du seuil d’alerte fixé à 50.

En Guadeloupe, les chiffres explosent aussi : du 2 au 8 août, le taux d’incidence a atteint 1.769 pour 100.000 habitants, contre 876 la semaine précédente, et 6.669 cas ont été recensés, dont 2.500 environ durant le seul dernier week-end. « La situation est catastrophique, car les hospitalisations aujourd’hui sont un reflet des contaminations il y a dix jours. Avec l’augmentation des cas ces derniers jours, elles risquent de continuer à s’envoler, voire de doubler en Guadeloupe. Le pic des décès ne sera lui atteint que 20-30 jours après le confinement », constate Michaël Rochoy, médecin généraliste, chercheur en épidémiologie et membre du collectif « Du côté de la science ».

Comment expliquer cette explosion ?

Sur ces territoires, la vaccination ne connaît pas un grand succès. Seuls 21,47 % des Martiniquais et 21,13 % des Guadeloupéens ont reçu une première dose (contre 66,66 % de la population française totale). Mais ce n’est pas la seule raison, selon Michaël Rochoy : « Il y a moins de vaccinés et plus de personnes à risque, avec un taux d’obésité plus important notamment, c’est vrai. Mais le gouvernement a pris du retard dans les mesures de restriction. Cette explosion montre l’échec de la stratégie du couvre-feu annoncée par le président de la République le 12 juillet dernier pour la Guadeloupe et la Martinique, alors que les taux d’incidence s’envolaient déjà ».

Quelles conséquences sociales ?

Outre le bilan sanitaire, cette explosion épidémique risque d’avoir des répercussions économiques importantes. Le secteur du tourisme, déjà fort touché par plus d’un an de pandémie, devrait être au point mort avec la limitation de circulation, la fermeture des hôtels et des restaurants, et l’invitation faite aux voyageurs de « quitter le territoire » en Martinique.

La visite du ministre Sébastien Lecornu pourrait d’ailleurs être mouvementée, alors que des tensions ont eu lieux ces derniers jours après des manifestations contre le pass sanitaire et les nouvelles mesures de restriction.