Coronavirus : Après le confinement, « on craint de devoir gérer une seconde vague psychiatrique »

Alors que le nombre de patients se rendant aux urgences psychiatriques s’est effondré, les spécialistes s’inquiètent d’une — Rafael Ben Ari/Newscom/SIPA

Rupture de traitement, anxiété et idées suicidaires liées au confinement. Alors que pendant un mois les urgences psychiatriques ont été délaissées par les patients, le Dr Raphaël Gourevitch qui dirige le centre psychiatrique d’orientation et d’accueil (CPOA)*, basé à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, s’inquiète de voir arriver dans les semaines à venir une vague de patients en rupture de traitement ou particulièrement affectés par la période que nous traversons.

Depuis le début du confinement, avez-vous constaté un afflux de patients qui peinent à gérer cette période ?

Étonnamment, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Lors de l’annonce des mesures de confinement, nous étions dans l’expectative ; on pouvait s’attendre, dans ce contexte de stress généralisé, à un déferlement de patients vers les urgences psychiatriques. En réalité, chez nous, le nombre de patients a été réduit de deux tiers au cours des quatre premières semaines. D’ordinaire, on voit environ une trentaine de patients chaque jour, on tourne aujourd’hui plutôt à dix. Et nous avons des retours similaires un peu partout.

Comment analysez-vous cette baisse ?

On a assez peu de recul mais plusieurs hypothèses pourraient expliquer que les patients renoncent à consulter. Comme pour les urgences classiques qui ont vu leur fréquentation chuter en dehors des cas de Covid, certains patients craignent probablement de se rendre en milieu médical, qu’ils jugent potentiellement contaminant et dangereux. Les circuits de soins sont également bouleversés, certaines structures et associations qui ont un rôle d’orientation ont dû fermer. Sur une note plus positive, on peut également supposer que certains patients sont parvenus à mobiliser d’importantes ressources et à mettre en place, malgré le contexte difficile, des stratégies d’adaptation opérantes.

Quel est le risque de cette situation ?

Notre principale crainte aujourd’hui, c’est de devoir gérer une seconde vague psychiatrique. Le confinement, les nouvelles stressantes à longueur de journée à la télévision, peuvent entraîner de nouvelles pathologies ou contribuer à en décompenser d’autres. La très forte baisse des consultations nous fait craindre dans les semaines à venir un afflux de patients en rupture de traitement qui risquent d’arriver trop tard, dans des états compliqués. A cette situation, pourrait s’ajouter l’arrivée d’une nouvelle patientèle, jusqu’ici inconnue mais qui, dans ce contexte anxiogène, perd pied. C’est déjà ce qui commence à se dessiner d’ailleurs.

C’est-à-dire ? Après un mois de confinement, les patients commencent à revenir ?

Chez nous, les consultations restent encore largement inférieures à notre moyenne quotidienne mais nous ne sommes pas en première ligne. Mes confrères dans les centres médico-psychologiques, dans les services d’urgences ou d’hospitalisation commencent à sentir une reprise d’activité. Et même si on a encore relativement peu de recul, il semble qu’il y ait une proportion importante de nouveaux patients qui présentent des tableaux dépressifs, des idées suicidaires ou des troubles anxieux, en partie liée à la période que nous sommes en train de traverser. On peut craindre que cette situation s’accentue dans les semaines à venir et dure dans le temps. Le plus grand risque, c’est que la crise sanitaire que nous sommes en train de traverser touche tous les domaines.

Y a-t-il des solutions pour éviter cela ?

Exactement comme pour les urgences, il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard, d’être à bout, pour consulter. Les consultations dans les centres publics n’ont jamais cessé, certains médecins ont mis en place des systèmes de téléconsultations, on a assisté à un recentrage de la prise en charge. De notre côté, nous avons mis en place, en lien avec l’agence régionale de santé, une ligne spéciale afin d’écouter et d’orienter les malades et leurs familles.

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