Coronavirus : Appréhension, angoisse ou aubaine… Les confinés solitaires témoignent

Dans les rues de Dijon, le 17 mars 2020, premier jour officiel de confinement total en France. — KONRAD K/SIPA

  • Pour lutter contre l’épidémie de coronavirus en France, Emmanuel Macron a décrété un confinement total de la population à partir du mardi 17 mars 2020.
  • Seuls les déplacements indispensables sont désormais autorisés et soumis à la présentation d’une attestation spéciale.
  • Une situation plus difficile à vivre pour les Français confinés seuls chez eux, coupés de leurs proches et contraints parfois au chômage technique.

Ils sont retraités, veufs, étudiants ou salariés contraints au chômage technique. Depuis le 17 mars et l’instauration du confinement obligatoire, des millions de Français et Françaises doivent désormais composer avec la solitude.

Confinés seuls chez eux, certains appréhendent les quinze prochains jours avec sérénité, « habitués » disent-ils à se retrouver en tête-à-tête avec eux-mêmes. D’autres en revanche souffrent de cet exil à domicile subi, et isolés de leurs proches.

« Les heures semblent durer des jours »

Anna fait partie de ceux-là. Confinée dans un « petit studio en région parisienne », elle livre ainsi son « angoisse » : « Je souffrais de phobie sociale et je venais juste de réapprendre à sortir. Ce confinement me replonge dans la maladie ». Sans remettre en cause la nécessité de ce confinement auxquels tous assurent se plier, plusieurs lecteurs et lectrices de 20 Minutes témoignent d’une résurgence de troubles passés. Denis, lui, se remettait tout juste d’une année 2019 particulièrement éprouvante psychologiquement après un burn-out et la perte de son emploi. Il raconte : « J’ai décidé de me reconstruire en ce début d’année, j’allais à la piscine, je me suis remis au sport, j’ai intégré un groupe de parole, entrepris une formation en anglais, démarré un suivi psychologique. Mais ce confinement me fait perdre tout espoir désormais », écrit-il.

D’autres, pourtant déjà passés par une situation similaire, souffrent aussi de cette solitude. « J’étais en Chine en janvier pour un semestre d’étude. J’ai déjà dû vivre la limitation des déplacements et le retour précipité en France à cause de l’épidémie qui sévissait là-bas », raconte Cindy. Revivre un nouveau confinement dans son pays d’origine est « très difficile à vivre psychologiquement » pour l’étudiante, sujette depuis à des crises d’angoisse. Et les mesures annoncées par le gouvernement entament aussi les solitaires jusqu’ici « habitués » à l’isolement : « D’ordinaire, je gère très bien la solitude, raconte Julie, mais là, les heures semblent durer plusieurs jours et j’ai l’impression de ne plus rien faire d’utile pour moi. » Comme elle, Françoise, veuve depuis plusieurs années et mère de trois « grands enfants » assure ne « jamais s’ennuyer habituellement ». Mais cette situation exceptionnelle altère son moral : « Les quinze jours à venir me font peur, je l’avoue. Ne pas parler à mes proches « en vrai » est une épreuve »

Rester seul pour ne pas contaminer ses proches

Parmi ces confinés, beaucoup disent avoir fait le choix de la solitude pour « protéger » leurs proches. Romane, en stage à Grenoble, va rester dans son studio de 20 mètres carrés aménagé sous les toits. Elle détaille : « Je suis à 700 kilomètres de ma famille. J’avais la possibilité de les retrouver, mais je ne voulais pas les mettre en danger. » Une situation partagée par de nombreux citadins résidant dans des foyers épidémiques. « Je suis confinée seule chez moi dans mon 24 mètres carrés. Je n’ai pas voulu rejoindre mes parents au cas où j’aurais déjà été contaminée à Paris », raconte Alice.

Si toutes les deux appréhendent cette période qui vient de démarrer, le maintien du lien avec leurs proches grâce aux nouvelles technologies s’avère précieux. « Heureusement tous mes proches sont très disponibles sur WhatsApp ou par téléphone. Nous allons nous serrer les coudes et nous soutenir pour passer ce moment compliqué, essayer de faire des dîners en visioconférence ou des jeux vidéo à distance, il va falloir être inventifs », sourit Alice.

Vivre au ralenti 

Et c’est cet optimisme qui permet à la plupart de ces solitaires confinés de « tenir ». Quentin, célibataire sans enfant n’est « pour le moment pas sujet à de l’anxiété » et relativise : « Le télétravail m’occupe pendant la journée, et me fait même gagner du temps de sommeil ! Je joue aussi à des jeux vidéo créatifs pour compenser l’enfermement ». Les plus résilients s’appuient aussi sur un rythme quotidien très structuré, comme Yasmina : « Pour surmonter cette solitude j’ai prévu de garder une bonne hygiène de vie, je vais préparer un planning des tâches à effectuer – ménage, repassage, tri, rangement – me lever tous les jours à heure fixe, m’habiller, ne pas rester en pyjama et faire au moins dans la journée trente minutes de sport ».

Plus surprenant, ce confinement s’avère même être une véritable source de joie pour certains. Annie le sait, son témoignage risque « de détonner ». Mais depuis la mise en place de ce confinement, l’enseignante se réjouit : « Je me lève sans hâte, je ne regarde plus l’heure, j’écoute les oiseaux, je découvre toutes les choses à faire dans ma maison – rangements ou déco – je cuisine, je me repose ! » Sans minimiser la portée de l’épidémie et en saluant l’engagement de tous les soignants, elle voit en ce bouleversement de nos quotidiens une opportunité : « Nos vies vont trop vite, peut-être que c’est le moment de prendre conscience qu’on peut ralentir et être heureux ? »

Paris

VIDEO. Coronavirus à Paris : La ville est désertée et le silence s’installe

Télévision

Coronavirus : un documentaire sur le confinement sera diffusé en avril sur C8

0 partage