Coronavirus: Accord Berlin-Bruxelles sur les conditions du sauvetage de Lufthansa

Une partie de la flotte de Lufthansa, à Munich le 26 mai 2020. — Matthias Schrader/AP/SIPA

C’est une nouvelle étape cruciale pour sa survie que vient de passer Lufthansa. Vendredi, le gouvernement allemand et la Commission européenne se sont mis d’accord sur les conditions du sauvetage à 9 milliards d’euros du géant du transport aérien.

Laisser plus de place à la concurrence

Pour éviter la faillite, Lufthansa devra notamment laisser plus de place à la concurrence sur ses deux principaux aéroports allemands. Le compromis prévoit que le groupe cède jusqu’à 24 créneaux horaires de décollage et d’atterrissage (slots), droits très convoités et précieux pour les compagnies, représentant 8 avions stationnés. Ces droits, répartis à parts égales sur les aéroports de Francfort et de Munich, seront réservés à « de nouveaux concurrents » pendant un an et demi avant que des compagnies déjà présentes dans ces deux villes puissent les racheter s’ils sont encore disponibles. « Les slots ne devront être repris que par un concurrent européen qui n’a pas reçu lui-même d’aides publiques en raison de la pandémie de coronavirus », précise le groupe allemand.

Pour entériner l’accord, une assemblée générale extraordinaire des actionnaires doit être convoquée « prochainement ». Ceux-ci doivent en effet approuver le sauvetage car il passe par une augmentation du capital. Mais le temps presse, alors que la pandémie a mis quasi à l’arrêt le transport aérien mondial. Les réserves de cash du groupe allemand, qui perd un million d’euros par heure et ne transporte en ce moment que 1 % du nombre habituel de passagers, ne suffisent plus que pour quelques semaines. Il ne s’attend pas, de surcroît, à un redémarrage rapide. Il a donc lancé une restructuration visant à réduire sa flotte de 100 avions, menaçant environ 10.000 emplois.

Par ailleurs, les négociations se poursuivent pour la filiale belge Brussels Airlines, qui a annoncé mi-mai un projet de suppression d’un quart de ses effectifs, et Austrian Airlines, qui a demandé 767 millions d’euros à l’Autriche. Enfin, Berne va garantir 1,2 milliard d’euros de prêts aux filiales Swiss et Edelweiss.

L’Etat Allemand entre au capital

Au total, le sauvetage prévoit que l’Etat prenne 20 % du groupe pour 300 millions d’euros, en plus d’injecter 5,7 milliards d’euros de fonds sans droit de vote, dont un milliard peut être converti en actions. Ce serait la première fois que l’Etat allemand reviendrait au capital de la compagnie depuis sa privatisation complète en 1997. Berlin se réserve par ailleurs le droit d’augmenter sa participation à 25 % et une action, soit la minorité de blocage, mais uniquement « en cas d’offre publique d’achat par un tiers » ou de non-paiement des intérêts.

L’Allemagne garantit également un prêt de 3 milliards d’euros et obtient deux sièges au conseil de surveillance de Lufthansa, qui a l’interdiction de verser des dividendes et de payer des bonus à ses dirigeants.

Rien n’est cependant encore complètement gagné pour la compagnie aérienne. Ryanair a d’ores et déjà annoncé vouloir contester le plan devant la justice européenne, le qualifiant « d’aide d’Etat illégale qui va énormément fausser la concurrence ».

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